Bardella, ses grands écarts électoralistes et le cap fasciste maintenu

Antoine Montpellier

Bardella, ses grands écarts électoralistes et le cap fasciste maintenu, la preuve par son trumpisme tourmenté…
Bardella en ses virevoltes autour d’un trumpisme qu’il approuve et le rejet que celui-ci suscite, y compris, parmi les sympathisant.e.s du RN. C’est ce que montre le journaliste dans cette vidéo, en rappelant que, cherchant à prendre ses distances vis-à-vis de Trump, dont il découvre qu’il n’est pas soutenu pas la majorité des sympathisant.e.s du RN, il n’en est pas moins président du groupe europarlementaire des Patriotes d’extrême droite, organisateur d’un colloque aujourd’hui sur …la « liberté d’expression » à Strasbourg avec nombre de très proches, parmi les plus extrême-droitiers, de Trump. Façon claire de chercher à trumpiser les esprits en Europe comme le souhaite le président américain, contre les peuples européens. Alors, certes, la présence de Bardella n’est pas annoncée à ce rassemblement, mais piteuse est la manoeuvre pour éviter de rendre visible ce que met en évidence l’analyse du journaliste : le grand-écart, pas trumpiste fou mais trumpiste fou, purement électoraliste attrape-gogo dans lequel il patauge et qu’il aurait pu, par cohérence argumentative, éviter en démissionnant d’un groupe politique qui contredit ce qu’il dit par ailleurs. Mais la cohérence de Bardella est politique politicienne, c’est celle du double langage du fascisme d’aujourd’hui tant qu’il n’est qu’aspirant au pouvoir.
De ce point de vue, faisons un petit rappel historique, le fascisme nazi est arrivé au pouvoir sans double langage. Il n’a eu recours à celui-ci que pour enfumer les démocraties occidentales, à l’international, sur leur engagement à ne juste prendre qu’un territoire et puis « basta » tout en préparant la Guerre mondiale. Ou, rebondissons sur ce mot espagnol, pour nier qu’il intervenait militairement (avec les fascistes italiens) en Espagne en soutien actif du putsch de Franco et de la guerre civile que celui-ci déclencha. Et ainsi obtenir la non-intervention de l’Angleterre de droite et de la France du Front Populaire, en faveur du gouvernement républicain espagnol mais surtout d’un peuple espagnol mobilisé, seul apte à faire barrage au fascisme franquiste mais, pour avoir été révolutionnaire (malgré les efforts de Staline et du PC espagnol pour en neutraliser la radicalité), peu du goût des conservateurs anglais au pouvoir dont la pleutre gauche gouvernante française fit dépendre qu’elle franchisse le cap de l’intervention !
Le double langage de Bardella et du RN tient, différent de ses précurseurs en fascisme, à ce que les temps nouveaux sont, pour lui, nécessairement électoralistes dans la définition de sa stratégie d’accès au pouvoir. Evitant donc le rentre-dedans des fascismes des années 30 et, par exemple, la constitution, irréaliste en l’état, de milices paramilitaires comme moyen de se gagner dans la rue, avant les urnes, le rapport de force et les adhésions populaires. Disons que les traces de la défaite des fascismes au sortir de la Seconde Guerre mondiale et de la prégnance, en crise plus qu’avancée, des politiques d’Etat Providence, fondées sur les compromis passés avec les PC autour du pacte de Yalta, même autoritaires (comme notre Ve République), subsistent encore qui ne permettent pas de faire retour aux méthodes musclées classiques du fascisme. Le choix est donc fait d’en passer par la conquête électorale du pouvoir.
Cependant le fil avec les ancêtres du fascisme pur et dur, le néofascisme trumpiste nous en fait une éclatante démonstration, n’est pas rompu : basculant toujours plus fasciste sans plus de -néo (1), il le retrouve, ex post, après l’accès électoral au pouvoir. Aux Etats-Unis, avec la tentative avortée de coup d’Etat par la prise du Capitole à la fin du premier mandat de Trump, quand il s’agissait de décrocher du pouvoir en entérinant la défaite électorale. Et aujourd’hui, prévenant une prochaine défaite électorale, par la constitution de la milice paramilitaire de l’ICE, s’attaquant aux boucs émissaires migrants, en tuant au passage de pleins citoyens blancs, par la tentative de militariser les Etats qui lui sont hostiles, en envisageant d’annuler les « midterms » de novembre, ces élections de mi-mandat, qui s’annoncent catastrophiques, en démantelant la séparation des pouvoirs, en cherchant à s’émanciper des votes du Congrès et, internationalement, en droite ligne, pour le coup, des agressions territoriales et criminelles des prédécesseurs fascistes, semant annexions, guerres, etc. Avec, cerise sur le gâteau, un remake du pacte germano-russe, mais sui generis (la Russie est dans le giron capitaliste-impérialiste), avec encore des louvoiements et des sous-contradictions propres au « transactionnisme » capitaliste de Trump et de son clan (la politique internationale guidée par une série de deals), contre le peuple ukrainien et menaçant les peuples européens.
Par où on revient à Bardella et au RN qui est trumpiste-poutiniste, abonné à l’opportunisme électoraliste du double langage dont cherchent à tirer profit les concurrentes en fascisme que sont Marion Maréchal Le Pen ou la zemouriste Sarah Knafo jouant, elles, totalement la carte trumpiste (en légitimant les meurtres commis par une ICE qu’elles voient à instaurer en France) dans le pari, contraire de celui de Bardella, de l’ex ante du discours univoquement fasciste comme voie d’accès au pouvoir. Probablement pour pouvoir faire l’appoint de voix permettant au RN de gouverner avec elles et leurs mouvances en favorisant, au chantage s’il le faut de faire gouvernement ensemble avec quelques philipottistes, devilliéristes et ciottistes, voire darmanien.ne.s), le basculement proprement fasciste que Bardella hésite à ce stade à déclarer ouvertement.
Le fascisme, à cette nuance de tactique électorale près entre RN et ses comparses à venir, se confirme dans une de ses caractéristiques, sa capacité à prendre les gens pour des imbéciles pour se gagner leur confiance. Et surtout leur vote pour ensuite avoir les mains libres pour développer ce qui est son fond de commerce politique aujourd’hui, le trumpisme (on rappelle que Trump, via le triste sire Bannon (et Musk), soutient nos fascistes) et ses attaques contre les droits démocratiques, contre la séparation des pouvoirs, avec recours à l’arbitraire tous azimuts. Et un recours à la violence en mobilisant des forces paramilitaires type ICE américain auquel est concédé le droit de tuer en toute impunité (« on ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs » a rappelé, avec originalité, Marion Maréchal Le Pen).
Trop dur à comprendre qu’il faut déjouer les projets de ces boutefeux fascistes dont les incendies qu’ils allumeront ne toucheront pas que les migrant.e.s ?
(1) J’écrivais ceci en novembre 2024 : « Le trumpisme pourrait apparaître comme dérogeant à cette caractéristique propre au néofascisme de se dispenser d’une mobilisation de masse. Je crois qu’en fait le néofascisme actuel conserve cette capacité à mobiliser en masse…électoralement comme moyen d’accès au pouvoir. A ceci près qu’avec l’assaut du Capitole, le trumpisme a montré et, envoyé le signal à ses alter ego néofascistes du monde, que la mobilisation de masse non électorale, anti-électorale dans ce cas, restait un recours à ne pas négliger. (…)
La suite dira s’il tentera de transformer cette mobilisation de l’instant électoral en force de percussion de masse durant son mandat pour tenter de…fasciser, ce qui se dit fasciser, l’Etat américain. Et à quel prix ! En somme, la caractéristique du fascisme historique de la mobilisation de masse, qui, d’une part, est absente du néofascisme qu’analyse, très justement, Ilya Budraitskis (essayiste russe marxiste en exil) et qui, comme cela est le cas dans le poutinisme d’Etat, parie sur le maintien de la population dans la passivité la plus totale, mais, d’autre part, n’est pas absente dans le cas du trumpisme, pourrait se retrouver opérante à l’avenir, en aval ou/et en amont d’une conquête électorale néofasciste renouant ainsi avec sa préhistoire fasciste, par des dynamiques de radicalisation dudit néofascisme devant des résistances qui lui seraient opposées et de par l’appui qu’il recevrait, pour ce faire, de couches conséquentes du capital. De ce point de vue, il nous faudrait avoir une vision du néofascisme comme virtuellement capable de retrouver, comme cela se dessine en pointillé dans le trumpisme, avec toutes ses spécificités, le recours proprement fasciste au mouvement de masse. » (https://blogs.mediapart.fr/…/061124/etats-unis-poutine-elu)