Lyon 7e Antifa
Rappel des faits
Le 12 février alors que Rima Hassan intervenait lors d’une conférence à l’IEP de Lyon, le groupe de « féministes » identitaires racistes Némésis accompagné de son service d’ordre ont tenté de s’introduire dans la conférence et de la perturber. Elles ont été repoussées en dehors de l’Université. Un peu plus tard un affrontement a éclaté entre les militants identitaires et des antifascistes. Les antifascistes ont fini par prendre l’avantage et plusieurs identitaires sont tombés au sol. Alors qu’il avait quitté la scène, l’un des nationalistes finit par perdre connaissance avant de se retrouver en état de mort cérébrale a l’hôpital.
Autodéfense populaire et violence de l’extrême droite à Lyon
Bien que nos joues soient sèches, il n’y a aucune satisfaction a tirer d’un tel événement tragique. La mort de Quentin D. est le résultat symptomatique d’une situation extrêmement tendue depuis des années à Lyon. La ville est connue pour être un bastion de l’extrême droite, favorisé par l’implantation historique d’une bourgeoisie catholique réactionnaire. Elle a vu pululer au fil du temps nombre de groupuscules d’extrême droite de différentes obédiences (royalistes, identitaires, catholiques traditionalistes, nationalistes-révolutionnaires etc …). Depuis, ces groupes ont commis de nombreuses attaques, que ce soit en s’attaquant à des rassemblements de gauche, à des locaux d’organisations ou en commetant des agressions racistes ou homophobes. Ces violences, exercées par les militants-es de ces groupes, sont consubtantielles à la nature du projet politique d’extrême droite qu’ils portent : le nationalisme, le racisme, le masculinisme, bref le maintien de la hiérarchie sociale et la suprémacie blanche.
Pour en faire une rapide liste rien que ces dernières années à Lyon :
- 19 juillet 2019 : agression de supporters algérien-nes qui fêtaient la victoire de leur équipe
- Aout 2020 : incendies criminels de la mosquée de Bron et de Perrache à 1 semaine d’intervalle
- 31 janvier 2021 : attaque du contre rassemblement de la manif « marchons enfants » contre la PMA par une cinquantaine de militant-es nationaliste ayant fait plusieurs blessés
- 20 mars 2021 : attaque du local de la Plume Noire alors que 10 personnes se trouvaient à l’intérieur.
- 24 avril 2021 : attaque du rassemblement de la fierté lesbienne à hôtel de ville
- 27 novembre 2021 : attaque du rassemblement des familles des victimes de crimes sécuritaires devant le palais de justice de Lyon par une dizaine de militant-es nationalistes
- 15 avril 2022 : attaque du blocage de Science-Po Lyon par la Cocarde étudiante pendant l’entre deux tours
- 9 juin 2022 : Un cadre des identitaires attaques 2 jeunes avec un couteau dans le bas des Pentes de la Croix-Rousse
- 16 octobre 2022 : attaque d’un piquet de grève des agents de nettoyage de Perrache syndiqué à la CNT–SO
- 5 décembre 2022 : 2 militants du collectif « fermons les locaux fascistes » sont agressé dans le vieux lyon
- 11 novembre 2023 : plusieurs dizaines de militant-es nationalistes attaquent une conférence sur la Palestine organisée à la Maison des passages dans le vieux Lyon
- 2 février 2024 : attaque de 2 jeunes racisés à la sortie d’une boite de nuit par des identitaires, dont Sinisha Milinov leader de la cocarde étudiante et inscrit sur une liste du FN par le passé
- 25 mai 2024 : agression raciste de deux supportrices de l’OL au Groupama Stadium
- 6 octobre 2024 : attaque au couteau contre le groupe de supporters « multiculturel » de six neuf pirates par des supporters d’extrême droite
- 11 octobre 2024 : agression d’une femme qui portait une casquette du club de foot antifasciste St-Pauli place Carnot
- 7 juillet 2024 : attaque du rassemblement de gauche suite au résultat des législatives
- 8 janvier 2026 : meurtre d’Ismaïl Aali après un traquenard organisé à Lyon
- 5 février 2026 : agression d’étudiant-es à l’entrée de Lyon 3 par des militant-es de la cocarde accompagné par des militants NR et identitaires
Face à cela les militants-es progressistes et a fortiori les révolutionnaires, ne croyant pas au recours a l’État ni à sa police qui se contente de protéger l’ordre établie, ont toujours répondu par l’autodéfense populaire et l’organisation antifasciste. Cette autodéfense n’est pas une fin en soi, c’est une première mesure nécessaire pour faire face à l’extrême droite mais elle doit forcément s’accompagner de la construction d’un horizon révolutionnaire d’émancipation désirable afin de contrecarrer la tentation fasciste. Elle passe par le fait de connaitre l’extrême droite et ses courants, de former les gens a les reconnaitre, de contrecarrer leur propagande, d’organiser les solidarités mais aussi par le fait de savoir se défendre physiquement face à eux et de les empêcher de s’organiser.
La violence antifasciste n’existe qu’en réponse à celle de l’extrême droite. C’est l’extrême-droite qui définit le niveau de violence et pas l’inverse. Par exemple dans l’histoire, face à l’arrivé au pouvoir d’une dictature militaire les antifascistes ont du prendre les armes pour lutter. Aujourd’hui, face à des militants nationalistes entraînés à se battre, les antifascistes leur font face dans la rue. Au delà de la violence, à d’autres moments historiques ou sur d’autres territoires où l’extrême droite reste minoritaire et faiblement implantée, c’est le travail de veille et d’information qui prévaut afin d’endiguer son développement
La mort de Quentin D. était prévisible
La mort de Quentin D. n’est pas le fruit d’un événement isolé, que l’extrême droite et la presse tentent de présenter comme une agression ou un lynchage. C’est le fruit d’affrontements répétés entre l’extrême droite et celleux qui s’y opposent. C’est le fruit d’un climat de violence dans laquelle l’extrême droite mène la danse. Car il faut en être conscient, chaque affrontement physique peut avoir un débouché fatal, autant pour les militants nationalistes que pour les antifascistes, comme nous le rappelle la mort tragique de Clément Meric en juin 2013. Le narratif qui tente de faire passer Quentin D. pour un jeune garcon innocent et bon croyant est grossier. On sait d’ores et déjà qu’il était passé par des groupes comme l’Action francaise vienne, et qu’il était un militant actif du milieu nationaliste révolutionnaire local. En jouant les gros bras dans des services d’odre lors d’actions comme celles de Nemesis, il savait pertinemment qu’il acceptait à minima de blesser des gens et qu’il risquait lui même de l’être. Quand son projet politique est basé sur l’écrasement des autres il est malvenu de se présenter comme la victime parfaite.
Médiatiquement, l’événement a été transformé en véritable campagne contre les « antifas » par l’ensemble de la classe politique. Partout, c’est le discours de Némésis qui est répété en boucle sur les plateaux. Même à gauche, nombreux se sont empressés d’envoyer des messages de soutien à l’extrême-droite, jetant d’un même geste sous le bus les militant-es antifascistes qui les protègent bien souvent des nervis l’extrême-droite dans les manifs et les rassemblements. L’événement rentre d’ores et déjà dans une offensive globale de diabolisation de la figure de l’antifasciste en terroriste intérieur, que l’on voit se dérouler en Europe en Hongrie, en Allemagne, en Italie mais aussi outre-Atlantique aux États-Unis.
Depuis 13 ans et la mort de Clément Méric, le climat politique a bien changé et la fascisation s’est accélérée avec une vitesse inédite, portant l’extrême droite aux portes du pouvoir et infusant ses idées nauséabondes dans l’ensemble de la société.
Il importe de tenir bon face à cette offensive et de serrer les rangs afin de ne pas se faire emporter par la vague brune. Il s’agit pour cela de garder une ligne claire, et de rappeler la raison d’être de l’antifascisme.


