Jeune Garde : ce que dit le jugement qui a condamné Raphaël Arnault pour violences en réunion

Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a prié mardi les journalistes de bien vouloir regarder le jugement ayant condamné le fondateur de la Jeune Garde, devenu député LFI. Selon lui, le document judiciaire montrerait que Raphaël Arnault n’a fait que pratiquer l’autodéfense. Problème : le jugement dit l’inverse.

Matthieu Suc

Lors d’un entretien à la matinale de France Inter mardi 17 février, largement consacré à la mort de Quentin Deranque, Manuel Bompard est interrogé sur la condamnation du cofondateur de la Jeune Garde devenu député La France insoumise (LFI), Raphaël Arnault, pour des violences commises en 2021.

En réponse, le coordinateur de La France Insoumise s’agace : « Est-ce que vous avez lu le procès-verbal de cette condamnation ? Est-ce que vous connaissez le contexte de cette condamnation ? Il y avait une manifestation LGBT à Lyon, et il y a quatre-vingts néonazis qui ont tenté d’attaquer cette manifestation. Et Raphaël Arnault, il s’est interposé. Attendez, lisez les procès[-verbaux] avant de jeter des accusations. Il [n’]y a eu aucun coup qui [aie]nt été portés, c’était sous une caméra de vidéosurveillance, et on lui a reproché d’avoir fait le travail de la police à la place de la police. C’est ça qu’il y a exactement dans les comptes rendus de cette enquête. Montrez le procès-verbal de cette enquête. »

Raphaël Arnault à l’Assemblée nationale, le 6 mai 2025. © Photo Sébastien Calvet / Mediapart

Relancé à plusieurs reprises, notamment sur le fait que son parti ait investi puis conservé dans ses rangs un homme à présent définitivement condamné, Manuel Bompard s’offusque à nouveau : « Il faut faire attention sur les faits, il faut faire attention à ce qu’on dit, il ne faut pas raconter n’importe quoi. » Quelques instants plus tard, il prend de nouveau la défense du député du Vaucluse en expliquant qu’il le soutient, car « Raphaël Arnault a toujours été dans la défense et jamais dans l’attaque ! ».

Mediapart l’a pris au mot et a retrouvé le jugement ayant condamné Raphaël Arnault. Le document établit des faits que le principal intéressé ne conteste plus lui-même : il a en effet renoncé à faire appel, rendant définitive sa condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour violences volontaires en réunion ayant entraîné une incapacité totale de travail d’un jour.

À la recherche de tatouages nazis

Le 24 avril 2021, il y a bien eu une manifestation pour la fierté lesbienne et des militants d’extrême droite ont bien foncé vers le rassemblement, avant d’être repoussés par la police, comme l’avait rapporté Rue89 Lyon. Mais les violences de Raphaël Arnault sont intervenues après et le jugement ne raconte pas la même histoire que Manuel Bompard.

Le 25 avril 2021, au lendemain donc de la manifestation, un jeune homme de 18 ans se rend dans un commissariat pour déposer plainte. La veille, vers 17 h 20, cinq à sept individus l’ont agressé alors qu’il marchait dans le Ier arrondissement de Lyon. Il indique que l’un des membres du groupe l’a saisi par le bras gauche et lui a demandé s’il était « affilié politiquement ». Il répond par la négative et continue son chemin. Les hommes le suivent, le bloquent contre un mur et lui demandent de retirer sa veste afin de vérifier s’il n’a pas de tatouages nazis.

Puis ils lui demandent de déverrouiller son téléphone afin de contrôler qu’il n’envoie pas de messages « fachos » et « faf » sur les réseaux sociaux. Il refuse. Ses agresseurs le secouent, le plaquent contre le rideau de fer d’un magasin puis le poussent au sol, où il se blesse légèrement au coude droit. Il parvient à se relever et s’en va. Ses déclarations seront corroborées par un certificat médical mentionnant « la présence de dermabrasions et d’un hématome au poignet gauche » et « fixant un jour d’interruption totale de travail ».

Trahi par la géolocalisation

Quatre jours plus tard, la victime se manifeste de nouveau auprès des policiers : il a identifié un de ses agresseurs sur Internet, celui qui a des cheveux mi-longs attachés en arrière avec une forme de chignon. Sur Instagram, il se fait appeler Raphaël Arnault et se présente comme le porte-parole de la Jeune Garde.

Auditionné le 3 juin 2021, le militant antifa conteste les faits reprochés. Il ne se souvient plus de son emploi du temps du 24 avril 2021 mais affirme qu’il n’était pas présent lors de l’agression. Les policiers lui présentent des images de vidéosurveillance montrant une partie de l’agression, Raphaël Arnault répond qu’il ne se reconnaît pas.

Mais il va être trahi par la géolocalisation de son téléphone, qui révèle qu’il était à proximité des lieux de l’agression lorsqu’elle a été commise.

Lors de son procès devant le tribunal correctionnel de Lyon le 18 février 2022, Raphaël Arnault finit par reconnaître les faits. Il explique qu’un groupe de jeunes lui avait désigné le plaignant comme étant un militant d’extrême droite et qu’en conséquence, il avait décidé de l’interpeller. Il reconnaît également lui avoir demandé s’il avait des tatouages de nazi et avoue l’avoir empêché de partir en le maintenant contre le mur. Enfin, précise le jugement, « il concédait que son action avait pu être perçue comme violente pour le plaignant et affirmait ressentir un sentiment de honte d’être prévenu devant un tribunal ».

À l’issue du délibéré, le tribunal correctionnel estime que « l’infraction de violences volontaires en réunion est ainsi caractérisée en tous ses éléments » et que « la preuve a été rapportée de ce que l’intéressé s’est directement et personnellement rendu l’auteur des faits ». Pour le tribunal, « la nature, les circonstances des faits […] justifient le prononcé d’une sanction pénale » à l’égard du prévenu, mais le dispensent d’une inscription de la condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire, « au regard de l’absence d’antécédent judiciaire du condamné, de sa personnalité et de sa situation professionnelle ».

Contactés en fin d’après-midi, ni Manuel Bompard ni Raphaël Arnault n’ont répondu à nos sollicitations.