Violences judiciaires
Raphaël Kempf
Un livre qui propose des solutions pour corriger les dysfonctionnements du système judiciaire,
en se fondant sur des exemples concrets.
« La focalisation sur la répression de l’action militante – entendue au sens large – permet de diriger un miroir grossissant sur l’action de la justice, et donc d’éclairer ce qu’elle peut faire à tout un chacun. Elle permet surtout de voir un double mouvement de criminalisation de l’action politique et de dépolitisation des infractions commises pour des raisons politiques. Ce mouvement est en apparence contradictoire, mais il révèle précisément la manière dont la justice se saisit des militants et prétend justifier leur répression. le droit et la procédure pénale sont détournés de leur objet – rechercher les auteurs d’infractions, déterminer s’ils en sont coupables et les condamner à une peine individualisée et proportionnée – dans le but de réduire les rangs des manifestants.
En retour, et c’est une manière de légitimer cette opération, les personnes arrêtées dans un contexte politique sont dépolitisées et réduites à leur statut présumé de délinquants. »
L’illusion n’est plus de mise : il n’y a de justice que pour le plus fort. Par fort, entendons celui ou celle qui ne conteste pas l’ordre social, voire le soutient. De manifestations (contre la Loi travail) en mouvements sociaux (les gilets jaunes), en révoltes (les Soulèvements de la Terre) et en émeutes dans les banlieues (après une meurtre policier), la violence de la justice s’exprime sans retenue. Cette violence, dont la violence policière est le bras armé, s’exprime de différentes manières, visibles comme invisibles : des humiliations en salles d’audience aux appels à prolonger des gardes à vue sans justification, en passant pas des procès expéditifs. Bien sûr, ces pratiques touchent surtout un certain type de prévenu : de préférence prolétaire, de préférence non blanc, de préférence précaire — des préférences dont le cumul aggrave la situation des victimes.
Loin de l’idée angélique selon laquelle les décisions de justice ne relèvent que du droit, ce livre part au contraire de ce qui devrait être pour montrer qu’une ingérence de l’État fait en sorte que ce ne soit pas. Cette ingérence est le point de départ de Raphaël Kempf qui analyse les violences judiciaires mise au service de politiques conservatrice et réactionnaires.
À l’heure ou un sursaut sociétal serait salutaire, sursaut qui passerait nécessairement par la société civile, et par la rue, par les actions militantes et syndicales, par une forme ou une autre de révolte, connaître et comprendre les rouages d’une justice qui n’en a plus que le nom peut s’avérer vital. Il faut faire reculer le traitement juridique en fonction du milieu social. Et, plutôt que de se résigner, il faut s’outiller afin de rappeler à la justice son indépendance et son devoir de protection des plus faibles comme de la liberté de contestation sans laquelle la liberté d’expression est une liberté vide.