| Message du tête de liste Moulins en commun, des projets en partage, que LFI veut former à Moulins : |
| Cher Vincent, |
| Il y a quelques mois, ton interpellation semi-publique à l’adresse des différentes forces progressistes de l’agglomération avait retenu toute notre attention. Des démarches unitaires avaient déjà été engagées par LFI Moulins en ce sens (l’unité de la gauche s’inspirant du NFP). Ton appel avait permis d’échanger et d’accélérer cette démarche d’unité. Face à la droite sortante et à l’extrême droite montante, nous avions l’opportunité de changer la donne politique à Moulins. |
| Comme tu le sais, l’ensemble des composantes de la « gauche » moulinoise a catégoriquement refusé toute discussion avec nous. Sans avoir préalablement discuté de quoi que ce soit, le PS et EELV n’ont pas daigné répondre, Place publique a clairement dit « tout sauf LFI », le PCF a indiqué que chacun devait concourir sous ses couleurs et que nous nous retrouverions au 2ème tour (le passage précis de sa réponse était : « Le premier tour doit permettre de clarifier ce que souhaitent les Moulinoises et les Moulinois. Nous aurons ensuite tout le loisir de discuter des perspectives communes dans un second temps »). |
| Aussi, depuis que Yannick Monnet a changé d’avis en annonçant cette semaine son adhésion à la stratégie du refus de toute unité et du « ni ni », emboitant le pas aux LR et aux macronistes, notre liste se retrouve, dans les faits, la seule unitaire. C’est un engagement encore valable aujourd’hui que de rassembler la gauche au second tour à Moulins. Nous constatons qu’il s’agissait précisément du sens de ton appel et de ton engagement. |
| Une autre évidence apparaît avec cette annonce. La stratégie de Yannick Monnet est suicidaire pour la gauche, son score aux législatives est trop vite oublié. En tant qu’homme politique aguerri, il ne peut l’ignorer. |
| Par conséquent, on peut légitimement se demander : quelles sont ses arrières-pensées ? A-t-il d’autres intérêts personnels ? Doit-on collectivement à nouveau décevoir les électeurs de gauche ? Et ceci pour combien de temps encore ? |
| Ce qui se passe dans le pays est grave, notamment au regard du contexte que tu as bien décrit. Par conséquent, il serait assez cohérent politiquement, de notre point de vue, que tu puisses prendre toute la place qui te reviens à nos côtés dans la lutte sincère contre des idées que nous combattons avec la même force de conviction. Notre liste fait largement la place a plusieurs sensibilités de gauche malgré le soutien d’un seul parti politique. Nous sommes ouverts à toute discussion, toujours. Pour autant que chacun veuille bien débattre pour dépasser et avancer. |
| Fraternellement, |
| Pour la liste « Moulins en commun, des projets en partage », |
| Thierry Bonnet. |
| Réponse de Vincent Présumey : |
| A Thierry et aux camarades de LFI Moulins, |
| Comme annoncé l’autre jour, je réponds maintenant à ton message. En renouvelant d’abord le fait que je t’en remercie : nous avons besoin de débats publics, respectueux et contradictoires. Les contradictions dans l’histoire de la gauche ont toujours été un élément de force lorsque l’unité était réalisée. |
| A mon avis, la principale faiblesse de ce que tu expliques dans ton message tient à son caractère trop local, trop « moulino-moulinois », et fortement centré sur les arrière-pensées éventuelles de Yannick Monnet. Par un apparent paradoxe, ce qui me parait discutable dans son approche est aussi qu’elle se veut strictement locale. Or, plus que jamais, les élections municipales sont surdéterminées par des évènements globaux majeurs. |
| Sur le plan local, la menace sur l’IUT et le petit « campus » il y a un peu plus d’un an, l’opération « Murmures de la Cité » visant à introduire à la fois extrême-droite et union des droites dans tout l’Allier – ce qui est en train de se produire j’y reviendrai-, et, fait majeur, énorme, le choix du patron de Bosch de sacrifier 270 emplois dans l’agglomération, déterminent la situation locale. |
| Là-dessus, depuis quelques jours, la provocation lyonnaise ayant conduit à la mort d’un jeune fasciste, provocation dans laquelle des militants proches de LFI sont tombés jusqu’au meurtre, est exploitée pour verrouiller la marche au pouvoir de l’union des droites en France : la diabolisation de LFI, en interdisant l’unité à gauche, est le moyen de cette opération. Pas question de hurler avec les loups. |
| Dans ce cadre, le maire de Montluçon, après avoir fait venir le « Canon français », réalise une liste allant de Renaissance à Reconquête, organisation racialiste. Et à Moulins, tout à l’heure place d’Allier, les « cavaliers » de « Murmures de la Cité » (cette cité qui murmure, c’est Sophia-Polis, club de rencontre des cathos tradis et des néo-païens c’est-à-dire des nazis), paradaient, parallèlement au RN qui diffusait. |
| Je suis pour l’unité d’action et j’ai de la sympathie pour les militantes et militants notamment jeunes qui rejoignent LFI (ou d’autres organisations) parce qu’elles et ils veulent changer la vie. Mes désaccords avec LFI sont connus mais je les résume : une organisation conçue initialement sur un schéma plébiscitaire, qui, au plan international, ignore la réalité des impérialismes russe et chinois notamment envers l’Ukraine (j’étais hier, au nom de l’intersyndicale, à la manifestation de défense de l’Ukraine à Paris). |
| Ces désaccords n’interdisent ni l’unité d’action ni le débat. Cela dit ils sont sévères : certains secteurs de LFI, au niveau le plus haut, sont pour moi quasi « poutiniens », alors que Trump et Poutine misent en France sur l’union des droites dont l’instrument d’arrivée au pouvoir est la diabolisation de LFI … |
| C’est en raison de ces données globales, fondamentales, et de ma propre histoire de militant intervenant sur ces sujets, que je pense que l’unité d’action et le débat au moment présent, moment grave, ne seraient pas résolus par ma propre jonction avec la liste que LFI veut impulser sur Moulins. |
| Ce que la situation exige, c’est un 12 février 1934 pour la défense de l’Etat de droit. C’est d’ailleurs ce que nous avons amorcé au plan départemental dans le meeting organisé notamment par la FSU et la CGT à Saint-Pourçain le 14 janvier dernier. Si chaque force politique et élu agissait à l’aune de ce qu’exige cette gravité, alors les deux listes de gauche à Montluçon (la liste principale où se trouvent PS et LFI et la liste comportant le PCF officiel et le PRG !!!) fusionneraient quand il est encore temps, alors la petite liste dite de « gauche radicale » à Vichy s’ouvrirait et se transformerait en vraie liste d’unité de la gauche pour la défense de la démocratie et de l’Etat de droit. « I had a dream » … |
| Concernant Moulins, il est évident qu’une chance de changement réel, Yannick étant député et la droite étant usée et divisée, réside dans son élection. Il n’a pas défini sa liste par le refus de LFI, mais plus généralement par un caractère se voulant a-partidaire. Mais si cette liste gagne, elle gagnera comme liste réunissant la majorité des composantes de la gauche, poussée par la volonté de changement et la résistance démocratique de la population, pour les services publics et la défense de l’emploi. J’estime que nous devrions (« nous » : les partisans du changement social au sens large) consacrer nos forces à cela, c’est plus important que l’affirmation autonome de telle ou telle force politique, et, à vrai dire, cela la permettrait tout autant voire mieux. |
| Quoi qu’il en soit, poursuivons et élargissons ce type d’échange. L’horizon s’assombrit suffisamment pour l’exiger, et les remarques que je fais ici à Thierry et aux camarades de LFI Moulins concernent toute la gauche locale et départementale … |
| Amitiés militantes, |
| Vincent Présumey. |