Guerre en Iran : Entre le coup de gueule de Pedro Sanchez et la visite de « fan » de Friedriech Merz à Trump, l’UE fait le grand écart

Des alliés aux antipodes. Depuis l’attaque lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’Europe, fidèle à elle-même, a du mal à s’exprimer d’une seule voix. Et ça donne lieu à un grand écart, où le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez condamne fermement les attaques, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz est qualifié par la presse de « fan » de Donald Trump. Même la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a dû réagir, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article, assurant que la solidarité entre les 27 États membres est « indéniable ».

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Dès le lendemain des attaques, les ministres européens des Affaires étrangères font une réunion d’urgence. Elle donne lieu à une déclaration commune plutôt molle – mais qui a le mérite de convenir aux 27 États membres – en appelant à la désescalade, sans se prononcer sur la légalité des frappes américaines et israéliennes.

Mais cette cohésion de façade a bien vite volé en éclats. Les divisions se sont affichées lorsque Pedro Sanchez a été le seul à condamner sans équivoque les frappes contre l’Iran dès le 1er mars, critiquant « Les États-Unis et Israël [qui] ont attaqué unilatéralement l’Iran sans consulter la communauté internationale » et affirmant qu’« on peut s’opposer à un régime odieux, comme la société espagnole dans son ensemble s’oppose au régime iranien, et en même temps s’opposer aussi à une intervention militaire injustifiée et dangereuse, contraire au droit international ».

Merz laisse tomber l’Espagne devant Trump

Cette position tranche d’autant plus que le même jour, Friedrich Merz a choisi au contraire de ménager les États-Unis et Israël lors d’une conférence de presse en plaidant que « ce n’est donc pas le moment de donner des leçons à nos partenaires et alliés ».

En disant cela, Friedrich Merz annonce la couleur aux Européens. Car, hasard de calendrier, le chancelier allemand est le premier dirigeant étranger à rencontrer Donald Trump depuis les frappes puisqu’une visite était prévue de longue date le 3 mars.

Il s’est montré complaisant avec le président des États-Unis, au point que le journal de gauche « Die Tageszeitung » parle d’une « visite de fan » et dit en une que Merz ressemble à « un touriste candide bloqué en zone critique », comme l’a repéré Courrier international.

Mais surtout le chancelier allemand n’a pas défendu son allié espagnol quand Donald Trump s’est mis à le critiquer, après avoir déjà déclaré la veille vouloir cesser tout commerce avec l’Espagne. Pire, il semble même ricaner quand le président américain a reproché à l’Espagne son refus d’augmenter ses dépenses militaires au sein de l’OTAN.

Un État membre de l’UE ciblé

Une scène très mal reçue côté européen. Emmanuel Macron a appelé Pedro Sanchez « pour lui dire la solidarité européenne de la France en réponse aux récentes menaces de coercition économique, dont l’Espagne a été la cible » Friedrich Merz a tenté de rassurer après coup, mais trop tard, son manque de solidarité n’est pas passé inaperçu.

De son côté, Pedro Sanchez n’a pas infléchi sa position répétant que « la position du gouvernement espagnol se résume en quatre mots : non à la guerre ».

L’Union européenne a beau avancer à tâtons, elle se retrouve engagée dans le conflit malgré elle, à mesure qu’il s’étend. Des attaques ont eu lieu à Chypre, pays membre de l’UE. De quoi pousser à afficher un front commun : plusieurs États se sont engagés à fournir une aide militaire à l’île, dont l’Allemagne et l’Espagne.