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Les gendarmes engagés dans la lutte antidrogue révèlent que l’organisation criminelle de la cité phocéenne utilise des drones thermiques DJI et Autel Robotics pour protéger ses « go fast » dans les quartiers nord. Des dispositifs de brouillage GNSS complètent cette contre-surveillance.
Dans les quartiers nord de Marseille, les guetteurs ne sont plus seulement postés aux entrées d’immeubles. Selon plusieurs membres de la Gendarmerie nationale engagés dans la lutte contre le narcotrafic, l’organisation criminelle DZ Mafia déploie désormais des drones thermiques pour surveiller ses axes logistiques et sécuriser certains convois.
Les observations remontées par ces sources concernent notamment plusieurs secteurs du nord de la ville : La Castellane, La Bricarde, Frais-Vallon, La Busserine ou encore La Paternelle. Ces cités constituent depuis plusieurs années des points structurants du narcotrafic, avec des zones de stockage, des points de vente et des axes de circulation vers l’autoroute A7.
Surveiller les convois
Plusieurs enquêteurs décrivent l’apparition récente de drones de la gamme DJI, dont des modèles Mavic 3T, dans certains secteurs des quartiers nord. Ces équipements sont accessibles sur le marché à moins de 6 000 euros. Leur technologie, conçue à l’origine pour des missions d’inspection industrielle ou de recherche nocturne, combine une caméra optique stabilisée et un capteur thermique. Cette configuration permet d’observer des mouvements humains ou des véhicules dans l’obscurité et de couvrir plusieurs axes urbains depuis une altitude relativement discrète.
Les drones sont utilisés pour surveiller les axes d’approche de convois rapides, les « go fast », reliant l’Espagne aux zones de stockage et aux points de redistribution situés dans les quartiers nord. Les capteurs thermiques embarqués permettent aussi de repérer certains dispositifs de surveillance déployés par les forces de l’ordre. Les signatures thermiques générées par des équipes en planque, des véhicules banalisés stationnés ou certains équipements d’observation peuvent ainsi être détectés à distance.
Interceptions radio
Cette capacité d’observation nocturne offre aux opérateurs du réseau un moyen supplémentaire d’anticiper la présence des services d’enquête avant le passage de convois liés au trafic. Les informations recueillies auprès de la gendarmerie mentionnent également l’usage de drones Autel Robotics, notamment des appareils de la gamme EVO Max 4T. Considéré comme professionnel, ce modèle dispose aussi de capteurs thermiques et optiques et intègre des fonctions de navigation renforcée face aux perturbations électromagnétiques.
Pour les enquêteurs, l’usage combiné de plateformes DJI et Autel Robotics montre une volonté d’assurer une continuité d’observation malgré un environnement radio dense. Les mêmes sources évoquent par ailleurs la présence de dispositifs capables de perturber les signaux de navigation satellitaire. Dans certaines parties des quartiers nord, des perturbations GNSS ont été observées lors de surveillances aériennes menées par les forces de sécurité.
Parmi les équipements cités figure un dispositif de type SSH100 produit par Skyfend, société chinoise spécialisée dans les technologies de lutte contre drones. Ces systèmes sont normalement destinés à la protection d’infrastructures sensibles contre des drones intrusifs.
Outil dépassé
Face à cette montée en gamme technologique, certaines unités de la gendarmerie continuent de s’appuyer sur le système Aeroscope, développé par DJI, pour détecter les drones dans leur zone d’opération. L’équipement repose sur l’interception des transmissions radio émises par les drones du fabricant chinois. Il permet, lorsque le signal est exploitable, d’identifier l’appareil en vol et de localiser la position approximative de son opérateur.
Mais plusieurs opérateurs de la gendarmerie reconnaissent aujourd’hui que cet outil atteint ses limites. D’une part, Aeroscope ne couvre qu’une partie de l’écosystème des drones civils et reste dépendant de la signature radio des appareils détectés. D’autre part, dans un environnement urbain saturé en émissions électromagnétiques, la lisibilité des transmissions devient aléatoire. Pour certains officiers, cette dépendance à un outil de détection passif illustre le retard capacitaire auquel sont confrontées certaines unités face à l’évolution rapide des technologies accessibles sur le marché civil.
Les autorités anticriminalité décrivent également une évolution interne du réseau. Au sein de la DZ Mafia, certains se spécialisent désormais dans le pilotage avancé de drones, l’exploitation des flux vidéo et la gestion d’équipements radio.