Cher lecteur, chère lectrice
Le 2 mars dernier, comme nous vous l’avions annoncé, le président Macron a prononcé un discours consacré à la dissuasion nucléaire.
« Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher », écrivait Albert Camus le 8 août 1945 dans le journal Combat. Des propos qui s’appliquent encore aujourd’hui suite au discours du président, tant les médias ont peu interrogé les conséquences juridiques et sécuritaires des décisions annoncées.
« On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée », poursuivait Camus. Or, les mots du président « un seul de nos sous-marins, emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est près de mille fois la puissance des premières bombes nucléaires » …
L’attention des commentaires s’est surtout concentrée sur ce qui a été présenté comme le point central : le « non-partage du bouton » et l’idée d’une « dissuasion nucléaire avancée » à destination de certains pays européens. Les partis politiques, pour la plupart, ont également salué cette nouvelle posture, et les critiques ou interrogations sont restées rares.
« Il est permis de penser qu’il y a quelque indécence » à multiplier les annonces tout en ignorant les conséquences pour notre sécurité et la pérennité du Traité de non-prolifération nucléaire :
- « Un rehaussement de notre arsenal est indispensable » : la France dispose déjà d’environ 290 ogives nucléaires, représentant une puissance destructrice équivalente à plusieurs milliers d’Hiroshima. Que ne pourrait-on déjà détruire avec un tel arsenal pour qu’il soit jugé nécessaire de l’augmenter encore ?
- « Il ne s’agit pas ici d’entrer dans une quelconque course aux armements » : l’affirmation interroge. Comment dénoncer (à juste titre) l’augmentation des arsenaux chinois ou russes comme une dynamique de course aux armements, tout en affirmant que la France, lorsqu’elle renforce son arsenal, ne participerait pas à cette même logique ?
- « Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire avec une dissuasion nucléaire avancée » : une telle orientation va être perçue par de nombreux États — tout particulièrement ceux engagés dans le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) — comme une contradiction avec l’engagement pris par la France dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de réduire le rôle des armes nucléaires dans les doctrines militaires et de progresser vers le désarmement.
Ces choix ont été élaborés dans une opacité quasi totale, par le président avec un cercle restreint de conseillers, sans débat parlementaire, avec pour conséquences la poursuite de la banalisation de l’arme nucléaire (voir notre tribune ci-dessous, publiée dans Le Monde) et de la dynamique prolifération verticale plutôt que de renforcer la sécurité collective.
Albert Camus nous alertait déjà au lendemain de la destruction de la ville d’Hiroshima, qu’il allait « falloir choisir entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ».
Nous refusons ainsi cette vision d’insécurité nucléaire proposée par le président. Un refus que nous avons fait savoir à travers nos rencontre avec la presse (lire ci-dessous) et que nous porterons à travers notre travail de plaidoyer lors de l’actualisation de la Loi de programmation militaire en mai prochain.
Mais auparavant, nous ferons entendre notre voix en participant à la 11e conference d’examen du TNP (27 avril – 22 mai, siège des Nations unis), aux côtés de nos partenaires européens pour dénoncer cette dynamique de prolifération promise par la France plutôt que de renforcer la sécurité collective.
Enfin, nous vous invitons ce samedi 11 avril pour notre événement « Face au « nouvel âge nucléaire » comment agir ? » (lire ci-dessous) qui sera un moment fort de mobilisation de notre campagne.
Merci pour votre engagement à nos côtés.
Pour le Comité d’animation d’ICAN France,