Inversion du front républicain : du rempart contre le fascisme à la diabolisation de la gauche

©Crédit Photographie : Wikimedia Commons / Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella

Le « barrage républicain » a changé de camp. L’arsenal rhétorique et politique bâti contre l’extrême droite cible désormais la gauche française.

Marine Tondelier (EELV) ? « Extrême » pour Jean-Michel Aulas. La France insoumise (LFI) ? Hors du « champ républicain » pour Elisabeth Borne (Renaissance). Dans le sillage des appels au « barrage » contre LFI aux législatives de 2024, Jordan Bardella (RN) a appelé au « cordon sanitaire » contre LFI. L’expression a été reprise ensuite par de nombreux irresponsables, de Bruno Retailleau (président des Républicains) à la ministre (Renaissance) chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Aurore Bergé. Cette dernière a même suggéré à Jordan Bardella de retirer ses candidats dès le premier tour pour empêcher LFI de l’emporter lors des élections municipales 2026. Un retournement complet.

Ces stratégies tendent à faire oublier le racisme et l’antisémitisme débridés toujours bien vivant au sein du RN. Un seul exemple : après la mort du militant Quentin Deranque à Lyon, déjà connu comme néonazi, le vice-président du RN Sébastien Chenu a estimé que ce dernier « était des nôtres ».

Comment une telle inversion est-elle possible ? La France insoumise s’éloigne-t-elle plus des valeurs républicaines que d’autres partis, comme le Rassemblement National ? Menace-t-il la République et ses valeurs ? Quelles sont les conséquences de ces débats pour la démocratie française ? On répond à ces questions dans notre article.

Aux municipales 2026, un “front républicain” contre LFI

La liste qui suit permet de prendre la mesure de l’inversion du barrage républicain lors des élections municipales de mars 2026. Une grande partie de la classe politique et médiatique est désormais alignée derrière le slogan « Aucune voix pour LFI » de Bruno Retailleau et Jordan Bardella. Après les annonces de fusion entre certaines listes PS et certaines listes LFI, les mots « accord de la honte » ont été partagés par Bruno Retailleau (LR) mais aussi Jean-Michel AulasLe Figaro, le président (LR) du Finistère Maël de Calan, la radio d’extrême droite Sud Radio, le candidat (LR) de Besançon Ludovic Fagaut…

Montage Bon Pote

L’ancien socialiste Manuel Valls a dénoncé « l’humiliation du parti de Jaurès », tout comme l’hypermédiatique Nicolas Bouzou a décrit « un crachat au visage de Blum, Jaurès, Mendès France ». Un contresens historique puisque ces figures furent les cibles de l’extrême droite nationaliste, pas de l’alliance des gauches.

À Nantes, le candidat Foulques Chombart de Lauwe (LR) (qui s’est affiché avec un influenceur d’extrême droite connu pour avoir présenté un faux pass sanitaire au nom d’Adolf Hitler) désigne carrément LFI comme un parti « antisémite » qui trahit les « valeurs républicaines ».

La ministre Aurore Bergé (Renaissance) pointe aussi « une trahison de la République » et appelle même les candidats RN à se désister pour faire barrage à LFI, avec des mots très proches de ceux de Marine Le Pen (RN), de la secrétaire nationale (LR) Shannon Seban ou de la sénatrice (LR) Laurence Garnier (qui ajoute une pointe de misogynie et de putophobie), de Gabriel Attal (Renaissance)… Enfin, l’éditorialiste Jean-Michel Apathie conteste contre toute évidence la nécessité de lutter contre le fascisme qui légitime ces alliances de gauche, de même que le leader Place publique Raphaël Glucksmann, à l’unisson avec le député (RN) Jean-Philippe Tanguy.

Qu’est-ce que le “Front républicain”, en France ?

Spécialiste de l’histoire des droites au XXe siècle, Gilles Richard rappelle à Bon Pote que l’idée de faire bloc contre une force politique jugée radicale est un outil structurel et très ancien de la vie politique française, et qu’il a déjà été beaucoup utilisé contre la gauche. Un point confirmé par son confrère Pierre Salmon, spécialiste de l’histoire de la lutte contre l’extrême droite et co-auteur de La guerre d’Espagne 1936-1939 La démocratie assassinée : « Faire barrage à la gauche, ou à ce qu’on a appelé “les rouges”, c’est une construction de l’ennemi politique, parfois même de l’ennemi intérieur, qu’on retrouve de manière paroxystique lors de la Commune de Paris ou dans l’entre-deux-guerres. »

Dans les années 1930, l’anathème frappe indûment Léon Blum, grande figure du socialisme victime de l’antisémitisme et de campagne de l’extrême droite. En miroir, Victor Basch, fondateur de la Ligue des droits de l’homme, appelle déjà à l’union des bonnes volontés républicaines. Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que les concepts de « front » et de « barrage » républicains vont s’affiner.

La nécessité de s’allier contre des groupes hostiles aux valeurs démocratiques est une évidence, mise à l’épreuve dès les années 1950 par l’extrême droite guidée par Pierre Poujade, célèbre pour sa croisade antisémite contre Pierre Mendès France. A l’époque, naît une alliance politique qualifiée de « front républicain ». L’expérience sera de courte durée et n’empêchera pas cinquante députés d’extrême droite d’entrer à l’Assemblée… dont un parachutiste bientôt impliqué dans une affaire de torture en Algérie : Jean-Marie Le Pen.

Le Front républicain a-t-il déjà été utilisé de façon systématique ?

L’année 1983 marque un tournant. Jacques Chirac (RPR) cautionne une alliance municipale avec le FN pour contrer les communistes. Face à lui Simone Veil (UDF) – rescapée de la Shoah et si souvent cible des commandos d’extrême droite et de Le Pen lui-même – tente de mobiliser dans un réflexe républicain. En vain, l’alliance se noue, elle est victorieuse.

Il faut attendre la fin des années 1980 pour que le parti à la flamme soit tacitement banni du champ républicain, après le choc de la profanation antisémite du cimetière juif de Carpentras (par une organisation proche du Front national) et les sorties et propos antisémites répétées de son leader. Naissent des stratégies de désistement pour barrer la route à l’extrême droite lors de seconds tours de scrutin.

L’apogée du front républicain est atteinte en avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen accède au second tour et que la quasi-totalité du monde politique (sauf Arlette Laguiller) et médiatique se lève pour lui faire barrage. Jacques Chirac refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen (après avoir toutefois mis en avant les thèmes chers à l’extrême droite pendant sa campagne), Johnny Hallyday appelle à voter Chirac au nom de la “liberté” et du “respect”, la télé-réalité pleure, un député de droite est au bord des larmes. Le report des voix de gauche vers Jacques Chirac est massif.

De quand date le délitement du “barrage” ou front républicain ?

Dans les années 2000, le principe du désistement contre l’extrême droite est appliqué de façon fluctuante. Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, l’UMP adopte peu à peu le « ni-ni » (ni FN, ni PS). Des événements qui font dire à l’historien Gilles Richard, que « le front républicain n’a jamais réellement existé à droite ». En 2014, l’UMP abandonne pour de bon le front républicain et l’idée de désistement, contrairement au Parti Socialiste.

A la présidentielle 2017, Marine Le Pen passe au second tour et ce n’est plus un séisme. Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon ne donnent pas de consigne de vote (le leader LFI sera beaucoup plus clair aux législatives), contrairement à François Fillon (LR) et Benoît Hamon (PS).

En 2022, les élections législatives confirment que le barrage est dépassé pour beaucoup d’électeurs, surtout à droite :

– En cas de duel Nupes-RN, les électeurs macronistes ont préféré massivement l’abstention, seuls 16 % font barrage et votent pour la gauche et 12 % votent RN.

– En cas de duel Nupes-RN, les électeurs LR ne sont que 12 % à faire barrage, et 35 % choisissent le candidat lepéniste.

– En cas de duel Ensemble (macronistes)-RN, 37 % des électeurs de la Nupes ont fait barrage, et 18 % ont choisi le Rassemblement national.

Si les législatives anticipées de 2024 marquent un sursaut – face aux résultats du Rassemblement National, les appels à ne pas se maintenir là où l’extrême droite peut s’imposer ont été appliqués par quasi tous les candidats de gauche et par beaucoup de macronistes – beaucoup d’électeurs se disent fatigués de jouer les « castors », contraints de voter dans le seul but de faire échouer le RN. À cette occasion, certaines personnalités ayant œuvré à disqualifier LFI dans le débat public bénéficieront du désistement de candidats de la gauche unie. C’est notamment le cas d’Elisabeth Borne, élue dans le Calvados .

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Qu’est-ce qu’un parti « républicain » ? 

Si la notion est en permanence mobilisée dans le débat public, ce terme est souvent très mal défini. Interrogé par Bon Pote, Albin Wagener (professeur en analyse de discours et communication à l’Institut catholique de Lille) souligne à quel point cette notion relève de « l’idéologie ». « C’est un mot-totem, un symbole. En tant que totem, il est sacré et ne se discute pas, n’a pas besoin d’être défini. C’est une religion d’Etat avec un dogme et des femmes et des hommes politiques s’auto-désignant comme les gardiens du temple républicain », déroule le spécialiste. Un exemple marquant : celui de Clément Beaune, alors secrétaire d’Etat aux affaires européennes, qui a déclaré en 2021 que la majorité « [incarnait] le camp de la raison et de la République. » 

Sur ce terrain, la gauche, et a fortiori LFI, peine à se faire entendre. « La bataille médiatique a été perdue », constate Albin Wagener. C’est en partie le fruit d’un glissement sémantique progressif : dans un article paru sur The Conversation, il rappelle que « l’usage actuel des notions républicanistes dans le monde politique a dérivé par rapport aux principes républicains ayant inspiré la Révolution française à la fin du dix-huitième siècle », aboutissant à un modèle favorisant les discriminations (notamment sur l’islam, religion confondue avec le fondamentalisme islamiste et présentée comme une menace pour les valeurs républicaines.)

Une notion « malléable »

Le fruit d’un long travail de réappropriation du « républicanisme » par les forces de droite, rappelle à Bon Pote le professeur en sociologie politique Vincent Tiberj. Notamment dans les années 2000 sur la notion de laïcité, qui a été « retravaillée par certains intellectuels de droite pour qu’elle devienne d’abord et avant tout anti-musulmane, et pas du tout anti-catholique. »

Historiquement pourtant, « le lien entre droite et République a longtemps été ténu, au profit d’autres récits notamment sur la France catholique ou la France éternelle », souligne le sociologue dans son ouvrage La droitisation française, mythes et réalités (éd. PUF, 2024), en s’appuyant sur les travaux d’Émile Chabal. L’extrême droite, elle, est même historiquement opposée à l’idée de République et fantasme le retour de la monarchie.

Le républicanisme est donc une notion hautement « malléable », qui n’a rien à faire sur le terrain du droit, estime Albin Wagener. Rien à voir avec celle d’anticonstitutionnalisme, pouvant être caractérisée par des éléments juridiques et objectifs. Ainsi  la « préférence nationale » ou « priorité nationale » prônée par le RN rompt le principe d’égalité des citoyens, à tel point qu’elles sont considérées par des experts et expertes du sujet comme contraires à la Constitution.

Le Rassemblement national est-il devenu plus respectable ? 

Depuis le début des années 2010, le RN peaufine une stratégie qu’il appelle de « dédiabolisation », néologisme laissant entendre que le reste de la classe politique l’aurait diabolisé à tort. Ces opérations, bâties grâce à des moyens humains et financiers conséquents, visent à masquer les racines idéologiques du parti. L’étiquette d’extrême droite est questionnée par le parti : ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella ne s’y reconnaissent, arguant qu’ils respectent le jeu démocratique. Sauf que des travaux universitaires (Cas MuddeElisabeth Carter) s’accordent à classer à l’extrême droite des partis qui certes se présentent aux élections mais nient certaines valeurs incontournables de la démocratie.

Des chercheurs et chercheuses comme Cécile Alduy ont analysé des années de discours du RN et montrent que la discrimination reste centrale dans son projet, et que les changements opérés par rapport à sa création ne sont que cosmétiques. Notons aussi que Marine Le Pen n’a jamais renié l’antisémitisme de son père, tandis que Jordan Bardella a longtemps tergiversé sur le sujet avant de reconnaître l’antisémitisme de ses propos sans pour autant accepter de déclarer que « Jean-Marie Le Pen a été le déshonneur » du RN.

Enfin, en menaçant les contre-pouvoirs que sont la presse et la justice et en fantasmant une société ethniquement ou culturellement homogène, le RN s’attaque aux fondements mêmes du pluralisme démocratique. Derrière le lissage, les racines demeurent : le parti a été cofondé par des membres d’Ordre Nouveau, de l’OAS et d’anciens Waffen-SS, et la présence de plus de 150 « brebis galeuses » (racistes, antisémites, homophobes, etc.) dans ses listes municipales confirme que l’ADN du mouvement est intact.

Peut-on mettre « les extrêmes » sur le même plan ? 

Disons-le clairement, non.

La rédaction de Bon Pote est opposée à toutes les discriminations et racismes et ne tolère, bien sûr, aucune légèreté ni compromission. D’abord, d’après la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), l’antisémitisme observé à gauche est « sans comparaison avec celui observé à l’extrême droite et chez les proches du Rassemblement national ».

Ensuite, nous avons répertorié pour les municipales les cas d’antisémitisme et les brebis galeuses de tous les partis.

Les résultats sont clairs : le RN est structurellement problématique, ce n’est pas le cas de LFI. Cela n’empêche bien sûr pas LFI et notamment Jean-Luc Mélenchon d’avoir des prises de position questionnables, voire inacceptables.

Mettre LFI et le RN sur le même plan revient forcément à normaliser la violence des idées du RN, ou à imiter le chemin des États-Unis : diffamer la gauche avant de rendre plus respectable l’extrême droite, y compris les néo-nazis. La stratégie n’est pas sans rappeler les années 1930, lorsqu’une partie du patronat français a adopté la maxime « Plutôt Hitler que le Front populaire. »

Comment la rhétorique des « extrêmes » bénéficie au RN

Au cœur de ce processus, la « notion floue des extrêmes » portée par des « ténors de la majorité présidentielle » pour renvoyer dos-à-dos la gauche et le RN, est souvent pointée du doigt par des analystes. La décision du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez de classer LFI à l’extrême gauche, validée par le Conseil constitutionnel, est également contestée. Interviewé par Mediapart, le politiste Manuel Cervera-Marzal, auteur du livre Le Populisme de gauche (La Découverte, 2021), souligne : « La qualification d’extrême gauche appliquée à LFI en dit davantage sur ceux qui la mobilisent que sur ceux qu’elle est censée désigner. Il n’y a pas de gauchisation de LFI, mais une droitisation du champ politique, et une extrémisation du centre. »

Interviewé par Bon Pote, Étienne Ollion, directeur de recherche en sociologie (CNRS) et professeur à l’école Polytechnique, explique que « la symétrisation des extrêmes est très récente. Elle est le produit du centre macroniste. » Une mise en équivalence qui s’accompagne d’un glissement sémantique. Le directeur de recherche note en effet l’apparition de l’expression d’« arc républicain » au sein du bloc central pour remplacer celle de « front républicain » : « L’arc est bien pratique, parce qu’il a un bord gauche et un bord droit qui lui permet d’intégrer ou de désintégrer certains partis. Bon, il se trouve qu’aujourd’hui, l’arc républicain tire plutôt ses flèches contre la gauche… »

La symétrisation des extrêmes fonctionne en vases communicants : plus le RN devient fréquentable, moins LFI l’est. « On oublie tout ce qu’il y a d’antirépublicain chez le RN et on ne voit plus que de l’antirépublicanisme, voire l’“anti-France” (Aurore Berger) de LFI », nous fait remarquer le professeur en sociologie politique Vincent Tiberj.

Ce « double mouvement » s’est accentué depuis l’attaque terroriste du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, note Etienne Ollion, par ailleurs co-auteur avec Michaël Fœssel d’Une étrange victoire (éd. Seuil, 2024). La « dédiabolisation très rapide du RN avec tout un tas d’événements dont l’invitation des cadres du RN à la panthéonisation du groupe Manouchian, qui est quand même mort aux mains des ancêtres du RN », poursuit-il, va alors de pair avec « la diabolisation de LFI à la faveur de prises de position réelles ou attribuées sur Gaza, sur l’antisémitisme et sur toute une autre série de sujets. »

Rien d’étonnant à ce que le processus se soit cristallisé autour de la question de l’antisémitisme. C’est Louis Aliot lui-même, maire RN de Perpignan depuis 2020, qui le dit : « La dédiabolisation [du FN/RN] ne porte que sur l’antisémitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, ce n’était pas l’immigration, ni l’islam, raconte ce cadre du RN, maire de Perpignan depuis 2020. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. »

Et c’est bien ce qui s’est produit au cours des dernières années. Résultat, les idées d’extrême droite ont infusé dans les débats. « Avec la montée en puissance électorale du FN/RN, certains se sont dit qu’en parlant comme eux, on allait les dégonfler. Les données électorales, notamment européennes,montrent pourtant que quand les partis conservateurs adoptent cette stratégie, cela profite essentiellement à l’extrême droite, qui s’en trouve légitimée », souligne Vincent Tiberj.

Quelles conséquences sur l’électorat ?

Une certitude : normaliser le RN le conforte dans sa stratégie. Les autres conséquences électorales sont plus difficiles à mesurer. Vincent Tiberj rappelle que ces discours viennent des acteurs politiques et médiatiques, mais qu’ils ne se répercutent pas forcément chez les citoyens. Le politiste estime ainsi peu probable de voir naître dans les urnes « un bloc qui irait du Rassemblement National jusqu’au PS pour faire barrage à LFI ». Certains observateurs estiment même que la diabolisation actuelle de LFI pourrait servir une candidature Mélenchon à la présidentielle 2027.

Mais il faut surtout questionner l’impact plus général de ces déclarations sur la vie démocratique française. Interrogé par Bon Pote, l’ancien chef de Viginum (service gouvernemental de détection des actions d’ingérences étrangères en France) Hervé Letoqueux confirme que le climat actuel peut favoriser les actions d’ingérences (et vice-versa) dans le cadre des élections :« Depuis 2016, tous les grands scrutins ont été la cible de tentatives d’ingérence. Mais le contexte chaotique et hyperpolarisé en France favorise ces tentatives, puisque les acteurs qui cherchent à déstabiliser le modèle démocratique occidental visent justement les sujets clivants. »

Selon le désormais membre de l’entreprise finlandaise de lutte contre la désinformation Check First, les tentatives de manipulation et désinformation contre les candidats LFI à Marseille et à Toulouse font partie des manœuvres « les mieux élaborées techniquement » qu’il ait pu observer. Si leurs auteurs n’ont pas été identifiés, le lobby pro-israélien Elnet a été pointé par Le Monde, qui rappelle le conflit entre ce lobby et LFI à la suite de la dénonciation du génocide à Gaza par ce parti.

Dans ce contexte, il est légitime de s’inquiéter de toutes les actions politiques qui pourraient contribuer à brutaliser le débat public et/ou à légitimer des forces politiques si habiles pour utiliser les outils démocratiques contre la démocratie elle-même. A ce titre et à beaucoup d’autres, accorder une minute de silence au militant fasciste Quentin D était déjà une faute. L’assumer après les révélations de Médiapart sur l’antisémitisme du militant, comme l’a fait Yaël Braun-Pivet est plus grave encore. S’amuser avec la prononciation de noms à consonance juive (Jean-Luc Mélenchon) est une autre faute. Utiliser de vieux thèmes du collaborateur antisémite Philippe Pétain comme l’anti-France (Aurore Bergé) ou « Travail, famille, patrie » (Martine Vassal), l’est tout autant.

 

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