Répétition générale?
Pour renvoyer dos à dos comme frères siamois un « macronisme de droite » de Dati et un « macronisme de gauche » ou une « gauche de droite » de Grégoire, là où tout (campagnes, programmes annoncés, soutiens récoltés) documente en réalité l’opposition entre un centre-gauche droitier et une ultra-droite trumpiste hyper-agressive, annonçant des modalités et un rythme de nettoyage social et racial de la ville sans précédent, une chasse hargneuse aux migrants, une reprise en main et une épuration politique de toute la vie associative qui fait tenir un peu les classes populaires de la ville, et j’en passe, il faut vraiment un niveau de mépris des faits, ou un niveau d’égoïsme et un rang social à ce point élevé qu’on n’aura pas ou peu à souffrir d’un règne de l’équipe Dati.
Cette radicalité de posture et sans aucun coût, ou pire : dont le coût (immense) sera payé par d’autres (très) en-dessous de soi, fait partie de tout ce qui m’a toujours dégoûté dans ces fractions du monde militant ou éditorialisant qui se décline comme révolutionnaire ou radical ou se prévaut d’être la vraie gauche. Et qui, pour se contrefoutre à ce point de celles et ceux qui vont morfler de leurs petits choix égotistes et (pour parler comme eux) « individualistes bourgeois » (« y’en a marre de voter contre », « je les hais, le PS, ils doivent payer »), ne sont tout simplement pas de gauche. C’est dit.
L’autre chose qui m’écoeure, m’enrage et surtout me fait vraiment flipper pour la suite dans ce pays, c’est lorsqu’en prime tout cela s’autorise d’une conception de la responsabilité qui est celle que nous avions gamins pour excuser nos plus inexcusables conneries (et auxquelles il me semble qu’on ne croyait même pas nous même à l’époque) : en prétextant l’existence d’autres responsables pour se défausser de la sienne propre (en passant de « Grégoire est responsable » à « C’est Grégoire le responsable » et donc « je n’y suis pour rien »)…
Là où tout le monde sait très bien que, des plus petites embrouilles quotidiennes aux plus grands crimes historiques, la responsabilité fonctionne toujours en chaine et non en gâteau dont on retranche des parts. C’est pas moi qui ai mis le feu, je suis quand même responsable de pas appeler les pompiers. Ce n’est pas moi qui ai jeté le gamin dans l’eau, je suis quand même responsable de le laisser se noyer ou de plonger. Ce n’est pas moi qui ai donné l’ordre, j’ai tout de même le pouvoir d’y obéir ou pas. Etc etc etc. Aucune situation n’est équivalente, mais toutes ont cela en commun: un « premier responsable » dont la responsabilité est accablante n’épuise jamais toute la responsabilité, la chaine de responsabilité se poursuit et chaque maillon disposant d’un pouvoir dispose d’une entière responsabilité de ce qu’il en fait.
Je suis sidéré d’être réduit à expliquer ces évidence, qu’en réalité tout le monde connait très bien. Après « la faute de Grégoire », indiscutable, immense, gravissime, il restait un pouvoir, intégralement dans les mains de Chikirou, qu’avait aussi Delogu et qu’il a utilisé, et que l’autre n’a pas utilisé : le pouvoir de stopper le désastre. En ravalant sa rancoeur personnelle et politique, ses frustrations sur les limites (immenses) de la politique de Grégoire et la rage légitime devant son « refus de main tendue ». Pour la simple raison que si on est de gauche, on mesure que tous ces griefs additionnés, aussi sérieux et légitimes soient-ils, ne sont pas au final grand chose au regard de l’immensité de la menace que constitue Dati. Quand bien même on n’est pas soi-même en première ligne.
Encore une fois Delogu l’a fait à Marseille, où pourtant Payan n’a pas été moins odieux et méprisant et sectaire que Grégoire. Le bilan et le programme de Payan était plus à gauche? Et le RN marseillais un fascisme plus pur que celui de Dati? Assurément, mais les écarts ne sont pas non plus si abyssaux, surtout au regard d’un autre écart que tous minimisent à outrance: entre le centre gauche de Grégoire et le trumpisme de Dati.
Ce qui me dégoûte et m’effraie le plus, c’est que ce ne sont pas des gamins qui jouent aux cons comme ça avec la notion de responsabilité (« puisque Grégoire est responsable, c’est que nous ne le sommes pas »), mais des parents, des professeurs ou des gens en âge de l’être, voire des « responsables » politiques.
Et que ce ne sont pas des petites conneries de gamin que ces sophismes grossiers viennent justifier, mais l’abandon de Paris aux mains d’une droite trumpiste fascisante.
Prochaine étape ? Le même « y en a marre de faire le castor pour des salauds », mais face à Bardella dans un an ?