« Ça fait 31 ans qu’on attendait ça ! » …

… à Crest, une liste citoyenne renverse le maire de droite

Municipales — À Crest, dans la vallée de la Drôme, une liste de gauche et citoyenne est parvenue à faire basculer la mairie. Un siège occupé par le républicain Hervé Mariton depuis plus de trente ans.

Crest (Drôme), reportage

« Ça fait trente-et-un ans qu’on attendait ça ! » s’exclame Françoise, attablée devant son expresso au Tribouli. En ce jour de marché, ce café du centre-ville est bruyant et une certaine euphorie règne. Dans les conversations, le basculement politique intervenu le 15 mars au premier tour des municipales n’est jamais loin. « Je crois que je n’arrive pas à réaliser », confie Muriel, 67 ans, en serrant dans ses bras un panier rempli de légumes.

Comme beaucoup d’habitants de longue date, cette Crestoise a connu l’arrivée de la droite à la tête de la municipalité. C’était en 1995, avec l’élection de Hervé Mariton. Un tremplin pour le premier édile qui conservera son siège pendant trois décennies, avant de céder sa place, en juillet 2024, à sa première adjointe, Stéphanie Karcher.

Lors du scrutin du 15 mars, cette dernière est arrivée en deuxième position, avec 36,65 % des voix. Derrière elle, une autre candidate divers droite, ancienne conseillère municipale de Hervé Mariton, Audrey Corneille, a remporté 12,30 % des suffrages. Et en première position, c’est la liste citoyenne Avec (Agir et vivre ensemble à Crest), regroupant différentes sensibilités de gauche, qui l’a emporté avec 51,05 % des suffrages. À sa tête, Athénaïs Kouidri, Crestoise de 31 ans et attachée parlementaire de la sénatrice socialiste Marie-Pierre Monier.

Athénaïs Kouidri, 31 ans, encartée au Parti socialiste et tête de liste d’Avec, est la nouvelle maire de Crest. © Magali Stora / Reporterre

« Jamais une campagne n’a autant mobilisé »

Si beaucoup racontent leur surprise à l’annonce de cette victoire, d’autres, au contraire, l’avaient anticipée. Pêle-mêle, les sympathisants évoquent les nouveaux arrivants « souvent favorables à la gauche et aux courants écologistes », la « lassitude de l’époque Mariton » et l’autre camp « occupé à s’envoyer des balles »… Un basculement qui aurait même pu avoir lieu quelques années plus tôt. « En 2020, la droite a gagné à 137 voix près, c’était très serré », rappelle Martin Chouraqui, rédacteur en chef du Crestois, journal historique de la vallée de la Drôme.

À l’époque, au premier tour, deux listes de gauche étaient représentées, face à l’indéboulonnable Hervé Mariton. « Cette fois que ce soit LFI [La France insoumise], les Verts, le PS [Parti socialiste], ils ont réussi à se rassembler », se réjouit Camille, Crestoise d’une trentaine d’années. « Ça donne confiance », complète son amie Claire, installée face à elle à la terrasse du Tribouli.

Camille, 35 ans, à Crest depuis trois ans et demi, a notamment fait du tractage dans les boîtes aux lettres. © Magali Stora / Reporterre

Ici, tout le monde semble connaître de près ou de loin le collectif qui a amené la liste vers la victoire. Pierre-David, un commerçant de 45 ans, assure avoir « des amis qui en font partie ». Il voit d’un mauvais œil ces années Mariton, marquées par un manque de soutien à la culture, affectant, selon lui, le dynamisme de la commune.

Camille, elle, a « juste » fait un peu de tractage dans les boîtes aux lettres, Claire a cuisiné des crêpes pour financer la campagne, Françoise est allée aider quelques heures à plier des prospectus… « Jamais une campagne pour des élections municipales n’a autant mobilisé », témoigne Alain Bâtie. Crestois de toujours, l’homme de 67 ans s’est engagé dans les élections locales dès 1995 et a même siégé comme conseiller municipal d’opposition de 2008 à 2020.