Dès que Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, a annoncé le retrait des LBD pour les policiers municipaux, les médias lui sont tombés dessus. Elsa Marcel, conseillère municipale pour Révolution permanente, rappelle que l’armement de la police municipale ne va pas de soi, et qu’il faut se mobiliser pour le combattre.
27 mars
Historiquement, la police municipale a été majoritairement non armée pendant longtemps. A Saint-Denis, il y a seulement six ans, la police n’avait ni moto, ni chiens, ni LBD et encore moins de 9 millimètres. Au moment où Hanotin a décidé d’armer la police, la quasi-totalité de syndicats de la mairie étaient contre. Personne n’a accueilli cette nouvelle comme une évidence, bien au contraire. Présenter aujourd’hui la décision de retirer les LBD comme la promesse d’un chaos dans la ville est un pur délire réactionnaire. Penser qu’il est absolument hors de portée d’arriver à un désarmement total de la police est plus l’expression de la pression exercée par ce paradigme sécuritaire que d’un rapport lucide à la réalité.
Il existe de nombreux travaux scientifiques et universitaires qui déconstruisent les idées principales véhiculées par la police elle-même, par l’État, les médias et la classe politique. Par exemple, Paul Rocher dans son livre Que fait la police ? montre que l’idée selon laquelle la « police manquerait de moyens » est absolument fausse. Depuis 1995 la part des dépenses de police dans le budget de l’État français a augmenté de manière constante. Dans ce cadre, les effectifs de la police municipale constituent un pilier du durcissement sécuritaire et autoritaire des dernières années, leur effectif national étant passé d’environ 20 000 agents en 2013 à 28 000 en 2023, soit une augmentation de 40 %. De la même manière l’armement létal s’est généralisé, passant de 38 % des effectifs en 2012 à 58 % en 2023.
Augmentation constante des moyens donc, qui permet de déconstruire une autre idée reçue selon laquelle la police ferait « baisser la délinquance ». Lorsqu’on regarde les chiffres, il existe une contradiction entre l’augmentation croissante des forces et de leur financement, et la stagnation objective des faits de « délinquance » depuis trente ans. Cette réalité tranche avec le discours martelé sur tous les plateaux télé sur « l’ensauvagement de la société ».
En d’autres termes, il faut avoir le courage de regarder les choses en face. Ce qui génère de la violence dans la société, c’est le système d’exploitation et d’oppression qui produit la précarité, la misère, l’absence d’avenir pour la jeunesse, les exilés contraints de survivre après avoir fui des guerres. Tout le reste n’est qu’un mythe, destiné à maintenir par la force les inégalités qui structurent une société profondément injuste. Refuser de s’adapter au consensus sécuritaire construit de toutes pièces depuis les années 1980 pour imposer les offensives néolibérales brutales à des centaines de milliers de travailleurs est donc absolument vital. Ça veut dire que réclamer le retrait du LBD est une mesure minimale et urgente et qu’il faut même aller plus loin, en exigeant le désarmement total et immédiat et la dissolution des corps spéciaux (BAC, CSI 93, CRS).