Hôpital : 95 services d’urgences en grève, la colère s’étend dans toute la France

Emilio Alvarez, aide-soignant à l’hôpital Saint-Antoine interrogé par LCI devant le ministère de la Santé, où les membres des services d’urgences se sont rassemblés, se montre pour le moins critique envers Agnès Buzyn. “Je défie Mme la ministre de gagner 1700 euros par mois pour faire notre travail”, déclare-t-il, estimant qu’Agnès Buzyn tente de faire passer les grévistes pour des personnels “avides d’argent”.

Face au congrès des urgentistes, Agnès Buzyn avait bien tenté d’apaiser la colère mais la “stratégie d’ensemble” annoncée, jeudi 6 juin dernier n’a guère convaincu. Pas plus que la mission confiée au député LaREM, Thomas Mesnier pour “adapter nos urgences aux nouveaux besoins”. Celle-ci devra aboutir à un rapport à l’automne, à l’issue d’une concertation incluant médecins et paramédicaux. “Ils ont trop tiré sur la corde. On ne tiendra pas jusqu’à l’automne. Il faut des mesures maintenant”, expliquait un soignant interrogé par LCI, le jour de cette annonce


Des revendications inchangées depuis trois mois

Partout en France, les personnels soignants des urgences en ont “ras-la-blouse”. Si les problématiques peuvent parfois différer entre les différentes régions, les revendications sont les mêmes : plus de moyens humains et financiers, la reconnaissance de la spécificité du travail aux urgences avec une revalorisation salariale, des locaux plus sécurisés, entre autres. Cela fait presque trois mois que le mouvement de grève des soignants, débuté à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, a démarré, s’étendant petit à petit à de nombreux hôpitaux à travers le territoire.

Le collectif InterUrgences, un collectif de soignants coordonnant les différents mouvements en France dénombre désormais e 95 services d’urgences en grève et 111 autres services sont en contact avec le collectif. Ce qui pourrait, potentiellement faire grimper le chiffre des services grévistes à 206. De Paris, à l’île de la Réunion en passant par Auvergne-Rhône-Alpes et la Bretagne, peu de régions sont épargnées par cette colère aux racines profondes.

A la crise des moyens humains et financiers s’ajoute la colère des soignants

Un palier a été franchi ces quinze derniers jours dans la crise. A Lons-le-Saunier, le personnel soignant de cet hôpital relativement sinistré, avait été mis en arrêt maladie, fin mai. La préfecture avait dû réquisitionner le 28 mai des personnels parfois eux-mêmes en arrêt, pour faire face à la situation. L‘ARS de Bourgogne-Franche Comté s’était fendue d’un communiqué assez virulent à l’encontre de ces derniers : “la déontologie médicale et le sens des responsabilités des professionnels concernés doivent les conduire à placer l’intérêt des patients au-dessus de toute autre considération”. Le syndicat Jeunes Médecins a d’ailleurs annoncé porter plainte contre X pour “mise en danger de la vie d’autrui”. Le président du syndicat Jeunes médecins, Emanuel Loeb, espère interpeller le gouvernement et faire “toute la lumière” sur la situation de Lons-le-Saunier qui “existe malheureusement dans de nombreux autres hôpitaux”, expliquait-il d’ailleurs à LCI. Un rassemblement s’est tenu ce lundi, devant les urgences de Lons, à l’initiative d’un “collectif citoyen de défense des urgences de Lons le Saunier”, en écho à la visite d’Emmanuel Macron dans la région.

A Lariboisière et Saint-Antoine, des arrêts maladie pour épuisement

Quelques jours plus tard, c’est au service des Urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris que des personnels ont été mis en arrêt de travail, une action “coup de poing” justifiée au regard de l’épuisement physique et psychique de ces personnes. La Ministre de la Santé a jugé que la mise en arrêt maladie de 15 infirmiers et aides-soignants de l’équipe de nuit de cet établissement était “un dévoiement de ce qu’est un arrêt maladie”. Une déclaration qui a suscité un tollé dans les services d’urgences en grève. D’autant que la veille, le Conseil de l’Ordre des médecins avait réclamé “une concertation d’urgence” après “des réquisitions préfectorales” à Lons-le-Saunier. Les soignants malades ont été convoqués pour un contrôle médical de ces arrêts maladie, des contrôles finalement annulés.

Ce week-end à l’hôpital Saint-Antoine, comme à Lariboisière en début de semaine dernière, des soignants mis en arrêt maladie n’ont pu prendre leur garde. D’après le communiqué d’InterUrgences, “15 paramédicaux sur 19, épuisés par leurs conditions de travail, n’ont pas pu prendre leur poste” et “trois paramédicaux de l’équipe de jour ont dû rester pour continuer de prendre en charge les patients”, travaillant ainsi “18 heures d’affilée” en attendant “la relève de l’équipe du lendemain”.

Dans la nuit de dimanche 9 à lundi 10 juin, même situation mais cette fois, “la direction s’est débrouillée avec des intérimaires”, indique à LCI, une personnel en grève. Mais faire appel à des intérimaires ne règle pas le problème du manque de personnels au quotidien. “On prend des intérimaires mais on ne créé pas de poste”, précise cette soignante. Le directeur de l’AP/HP a promis 45 postes supplémentaires selon les besoins des services. “Mais il manque 700 postes pour assurer la sécurité des patients”, s’indignait Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et cégétiste, s’appuyant sur un référentiel établi par l’association Samu-Urgences de France et cité, selon les syndicats, par la direction.

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Reste que si le rapport est prévu à l’automne et qu’Agnès Buzyn a annoncé des mesures d’urgences, le député LaREM Thomas Mesnier a expliqué ce lundi matin qu’il n’y “a pas de solution miracle”.  Mais surtout, entre maintenant et l’automne, il y a l’été : une période critiquepour ces services en manque de personnels.

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