il y a 77 ans, la vie s’est arrêtée

Ici, il y a 77 ans, la vie s’est arrêtée. L’horreur dans sa brutalité, sa sauvagerie, sa monstruosité. Le fondement même du fascisme : la négation de la vie.
J’ai vécu plusieurs années à quelques encablures, où les gens d’un hameau proche racontaient comment ils n’avaient pas pu prendre le trolley pour aller ce jour là à ORADOUR. Les barrages des nazis.
Les fumées et les explosions, si proches.
Et cette odeur insupportable, pendant des jours.
En 1980, j’y ai emmené mon père, malade du cœur. J’ai bien cru qu’il allait en mourir, suffocant, assis sur un muret, après avoir vu les restes de la vie calcinés de ces hommes, femmes et enfants.
J’y retournerai bientôt comme à la racine humaine de tous mes combats. Avec ma fille. Juste pour transmettre.
A l’entrée d’Oradour, il y a un panneau “REMEMBER”…
En parler en poésie (elle sert aussi à ça…)
Oradour n’a plus de femmes
Oradour n’a plus un homme
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus de pierres
Oradour n’a plus d’église
Oradour n’a plus d’enfants
Plus de fumée plus de rires
Plus de toîts plus de greniers
Plus de meules plus d’amour
Plus de vin plus de chansons.
Oradour, j’ai peur d’entendre
Oradour, je n’ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom.
Oradour je crie et hurle
Chaquefois qu’un coeur éclate
Sous les coups des assassins
Une tête épouvantée
Deux yeux larges deux yeux rouges
Deux yeux graves deux yeux grands
Comme la nuit la folie
Deux yeux de petits enfants:
Ils ne me quitteront pas.
Oradour je n’ose plus
Lire ou prononcer ton nom.
Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos coeurs ne s’apaiseront
Que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.
Oradour n’a plus de forme
Oradour, femmes ni hommes
Oradour n’a plus d’enfants
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus d’église
Plus de fumées plus de filles
Plus de soirs ni de matins
Plus de pleurs ni de chansons.
Oradour n’est plus qu’un cri
Et c’est bien la pire offense
Au village qui vivait
Et c’est bien la pire honte
Que de n’être plus qu’un cri,
Nom de la haine des hommes
Nom de la honte des hommes
Le nom de notre vengeance
Qu’à travers toutes nos terres
On écoute en frissonnant,
Une bouche sans personne,
Qui hurle pour tous les temps.
Jean Tardieu
Eliane Mévouillon et 199 autres personnes
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