Mort de Steve : l’avocate de la famille et la vidéos de l’intervention policière

Mort de Steve : l’avocate de la famille juge le rapport de l’IGPN « partial » et « très contestable »

  • Par Aude Le Gentil

Après la découverte du corps de Steve Maia Caniço, l’avocate de sa famille épingle les lacunes du rapport de l’IGPN sur la disparition du jeune homme, fin juin à Nantes. Ce texte, qui dédouane les policiers, « est d’une partialité qui me dérange hautement », a déploré Me Cécile de Oliveira.

Les proches de Steve ont tapissé les murs et monuments de Nantes d'affiches demandant "Où est Steve?"
Les proches de Steve ont tapissé les murs et monuments de Nantes d’affiches demandant « Où est Steve? » (Sipa)

Dévoilé mardi par le Premier ministre Edouard Philippe, le rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) sur la disparition de Steve Maia Caniço, durant la Fête de la musique à Nantes, dédouane les forces de l’ordre. Selon le texte, « il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police (…) et la disparition de M. Steve Maia Caniço après 4 heures dans le même secteur ». Pourtant, l’avocate de la famille, Me Cécile de Oliveira, « craint qu’il ne soit rédigé de manière très contestable, très critiquable », s’est-elle inquiétée au micro d’Europe 1mercredi matin. « Ce rapport est d’une partialité qui me dérange hautement », a-t-elle asséné.

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Steve, jeune animateur périscolaire de 24 ans, était porté disparu depuis la nuit du 21 au 22 juin, au soir de la Fête de la musique. Il avait été aperçu pour la dernière fois lors d’un sound-system quai Wilson, à Nantes. Une nuit confuse au cours de laquelle les forces de l’ordre sont intervenues pour déloger les participants, violemment selon des témoins. Dans la confusion, plusieurs personnes sont tombées à l’eau.

Un rapport lacunaire et rédigé dans « la hâte »

Retrouvé lundi, le corps du jeune homme a été identifié le lendemain. Quelques heures plus tard, le Premier ministre détaillait les conclusions du rapport de la police des polices, promettant de faire « toute la lumière » sur ce drame et annonçant l’ouverture d’une enquête de l’Inspection générale de l’administration.

Mais pour Me Cécile de Oliveira, le texte présente plusieurs lacunes. Elle déplore « la hâte avec laquelle il a été fait, c’est-à-dire pas d’audition de témoins qui étaient dans l’eau au même moment que Steve, pas d’auditions complètes des personnes présentes sur les lieux […], pas d’expertise balistique sur le nombre de projectiles lancés par la police, balles de défense, grenades lacrymogènes… » Elle poursuit : « On ne peut pas faire un rapport sur une affaire aussi complexe en quelques jours, alors même qu’on n’a pas le corps de la victime au moment où le rapport est rédigé, donc aucun élément médico-légal. »

Europe 1

« La hâte avec laquelle il a été fait est contestable. Pas d’audition des témoins qui étaient dans l’eau au même moment que Steve, pas d’expertise balistique sur le nombre de projectiles lancés »

« Quand il est pris comme un élément de solidité par le Premier ministre, qui dans le même temps annonce qu’il va organiser une inspection générale de l’administration, j’avoue que je suis un peu surprise », s’étonne l’avocate. Elle dit attendre les résultats de l’enquête judiciaire.

Un choc « doublement violent » pour la famille

Autre grief de Cécile de Oliveira : la date choisie par Edouard Philippe pour diffuser le rapport de l’IGPN, quelques heures après l’identification du corps de Steve, alors que le Premier ministre détenait le document depuis plusieurs jours. L’avocate juge ce choix « relativement imprudent, au regard de la qualité de ce rapport » mais aussi « extrêmement gênant » : « La famille apprend hier, le même jour, la mort certaine de son fils et les conclusions de ce rapport, vous me permettez de penser que pour eux le choc était évidemment doublement violent. »

Mardi, elle avait déjà fait la remarque auprès de l’AFP : « Je suis tout à fait étonnée que le Premier ministre ait pris la parole aujourd’hui. On annonçait plutôt une prise de parole du ministre de l’Intérieur pour qu’il donne connaissance des conclusions du rapport de l’IGPN. Le Premier ministre lui-même prend la parole, clairement, l’affaire devient une affaire d’Etat. »


Après la chute de 14 personnes dans la Loire à Nantes, voici les 3 critiques adressées aux autorités

14 personnes sont tombées dans la Loire au cours d’une opération de police controversée à Nantes, au soir de la Fête de la musique. Un jeune homme est porté disparu. Depuis, la polémique grossit sur la gestion par la police et les autorités de cette soirée.

14 personnes ont chuté dans la Loire, le long du quai Wilson à Nantes, au cours d'une opération de police polémique.
14 personnes ont chuté dans la Loire, le long du quai Wilson à Nantes, au cours d’une opération de police polémique. (Sipa)

Presque une semaine après, la controverse continue d’enfler autour de l’opération policière du 21 juin à Nantes, lors de la Fête de la Musique, au cours de laquelle 14 personnes sont tombées dans la Loire. Cette nuit-là, les forces de l’ordre sont intervenues pour mettre fin à une soirée électro qui dépassait l’heure prévue, provoquant un mouvement de foule. Un jeune homme de 24 ans est porté disparu. Depuis, les critiques pleuvent contre les autorités et ce, au sein même de la profession des policiers.

Lundi, l’IGPN, la police des polices, a été saisie par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. La maire de Nantes, Johanna Rolland, s’est fendue d’une lettre mardi au préfet de la région, Claude d’Harcourt, pour demander que « la lumière soit faite, extrêmement rapidement ». Voici les reproches adressés aux autorités et comment les forces de l’ordre se défendent.

1 – Le choix d’un quai sans barrière

Première critique, le choix du lieu de cette soirée. Pour la Fête de la Musique, et comme tous les ans à Nantes, des dizaines de sound systems ont pris leurs quartiers quai du Président Wilson. Ces équipes de DJ s’installent avec leur sonorisation et diffusent de la musique électro. Situé à l’extrême ouest de l’île de Nantes, ce quai est bordé par des entrepôts. Il jouxte le quai des Antilles, où se trouvent les principales boîtes de nuit de la ville. Mais cet espace exigu n’a pas de barrières, car il sert encore à accueillir des navires.

Fallait-il autoriser une fête, alcoolisée, dans ce lieu? Contactée par le site Médiacités, la mairie de Nantes affirme que cette manifestation « n’avait pas été autorisée mais pas interdite non plus, compte tenu du caractère exceptionnel de la Fête de la musique ». Elle explique que les sound systems, « vu le niveau sonore, ne sont jamais autorisés à l’intérieur du périmètre » de la fête officielle, décidé par un arrêté municipal. Mais des mesures de sécurité auraient été prises : « Deux agents de sécurité étaient présents toute la nuit, et un canot patrouillait sur le bout de l’île. »

2 – La décision d’intervenir malgré la dangerosité du lieu

Deuxième reproche, adressé aux forces de l’ordre cette fois-ci : la décision de lancer une opération de police. Rembobinons le fil de la soirée. Selon plusieurs témoignages cités par les médias locaux, la police se déplace au cours de la nuit pour rappeler l’heure limite tolérée : 4 heures du matin. A l’heure dite, la plupart des équipes coupent le son mais la dernière, située au bout du quai, continue. Une vingtaine de fonctionnaires de la compagnie départementale d’intervention (CDI) et de la brigade anticriminalité sont dépêchés sur place. Les enceintes sont éteintes… puis rallumées. Par provocation ou par esprit festif? Les témoignages divergent.

A partir de là, l’histoire est floue. Les forces de l’ordre affirment avoir été visées par des jets de bouteilles et autres projectiles. Mais des participants expliquent n’avoir constaté des lancers qu’une fois l’intervention de police enclenchée. Les policiers tentent d’évacuer la zone. Gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement et tirs de LBD sont employés. Désorientées, 14 personnes tombent à l’eau, repêchées par les pompiers ou le bateau de secours.

On n’intervient jamais au bord de l’eau ou sur un pont, même s’il y a des garde-corps

Fallait-il intervenir, malgré la dangerosité du lieu? Cette décision suscite le malaise parmi les policiers. Un haut-gradé confie au Monde : « On n’intervient jamais au bord de l’eau ou sur un pont, même s’il y a des garde-corps, c’est trop risqué. » Mardi, c’est le syndicat majoritaire dans la police nationale, Unité SGP Police, qui s’insurge. Dans un communiqué cité par Presse Océan, le syndicat charge le commandant de l’opération, le commissaire Grégoire Chassaing, et fustige « une faute grave de discernement, un ordre aberrant, mettant d’abord nos collègues en danger et les usagers ».

Entre l’absence de barrière, l’alcoolisation et la nuit noire, le syndicat estime que les conditions n’étaient pas réunies : « Il y avait déjà une compagnie de CRS sur Nantes ce soir-là, mais il [le commissaire] décide d’intervenir avec seulement une quinzaine de policiers sans attendre les renforts… Intervenir sans tenir compte du rapport de force, à 15 contre plusieurs milliers de personnes, qui à 4h30 du matin sont forcément dans un état éthylique et/ou stup avancé, dans l’incapacité de raisonner ou comprendre l’intervention de la police un soir de fête de la musique : c’était la confrontation assurée! »

D’autant qu’il n’y avait, selon le syndicat, pas d’urgence. En l’absence de voisinage, la fête ne générait pas de nuisances.

3 – Les armes utilisées par les forces de l’ordre

Autre critique : l’arsenal employé par les policiers (gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement, chiens, lanceurs de balle de défense…). Plusieurs participants ont déploré une réplique jugée disproportionnée et trop violente, dans le contexte de la Fête de la musique.

Le site Nantes Révoltée, qui se définit comme un média « sur les luttes sociales » et classé à l’extrême-gauche, a recueilli quelques images. On y voit notamment des policiers molester, à la matraque, des participants. L’association Média’son a également collecté des témoignages et compte déposer une plainte collective.

Plusieurs témoins confient à Médiacités ne pas avoir compris ce qui leur arrivait. « On était dans un espace festif, il n’y a absolument rien qui justifiait ça, raconte l’un d’eux. En cinq minutes, il y a eu un mouvement de foule de ‘ouf’. » Un autre ajoute : « Il n’y avait aucune confrontation, on n’a pas compris, comme si les policiers se défoulaient. »

Les forces de l’ordre se défendent de toute « charge »

Thierry Palermo, le directeur départemental adjoint à la sécurité publique de Loire-Atlantique, qui pilotait l’opération depuis la salle de commandement ce soir-là, a tenu une conférence de presse mercredi. Dans un entretien à Presse Océan, il affirme qu’à « aucun moment, il n’y a eu de charge de policiers avec pour objectif de repousser les jeunes en direction de la Loire ».

Rien ne permet d’établir le lien entre l’action de police et le fait que des jeunes se sont retrouvés dans l’eau

Pourquoi des jeunes ont-ils chuté? « L’enquête dira pour quelles raisons certains jeunes ont sauté à l’eau. Pour l’instant, je n’ai pas la réponse et rien ne permet d’établir le lien entre l’action de police qui est à 50 mètres de la Loire et le fait que des jeunes se sont retrouvés dans l’eau, sinon le gaz de nuage lacrymogène. » Il ajoute que, « bien avant les événements, on nous a signalé trois jeunes qui avaient sauté à l’eau ».

Pour lui, les policiers se sont défendus face à des jets de projectile. Thierry Palermo décrit « vingt policiers qui sont en sécurisation, qui n’ont comme équipement à ce moment-là, que le casque qu’ils mettent sur la tête […] face à plusieurs centaines de jeunes très excités ». L’un d’eux « est roué de coups à terre […]. En tout et pour tout, on comptera cinq policiers blessés ».

Les recherches se poursuivent pour retrouver Steve

En attendant, les recherches continuent pour retrouver Steve, jeune homme de 24 ans porté disparu, mais l’espoir s’amenuise. Au moment de l’intervention, Steve Maia Caniço dormait entre deux murs d’enceinte lorsque l’opération de police a débuté. Personne n’a revu cet animateur périscolaire qui, d’après sa famille, ne sait pas nager.

Pour le moment, impossible de déterminer si la disparition de Steve est liée à l’action de la police. Interrogé mercredi lors des questions au gouvernement, Christophe Castaner n’a pas écarté cette hypothèse : « Peut-être est-ce lié à une opération, à une intervention de la police sur laquelle j’ai demandé des explications à la police des polices pour y voir plus clair. » Jeudi après-midi, le parquet a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire.


FETE DE LA MUSIQUE : DES IMAGES DES VIOLENCES

juin 23, 2019

Des milliers de nantais et de nantaises ont vécu des violences inacceptables le soir de la fête de la musique à Nantes. Lors d’un sound system sur l’île de Nantes, la police a débarqué en nombre, et a littéralement attaqué le rassemblement, en gazant et en tirant des grenades, provoquant un mouvement de panique : des fêtards sont tombés dans la Loire, d’autres ont été blessés et arrêtés.

Les images de ce moment sont très rares : l’heure tardive, la confusion, la violence, l’état d’ébriété des personnes présentes sur place ont rendu très difficile l’enregistrement d’image photos ou vidéos de cet épisode. C’est aussi pour cela, sans doute, qu’un tel déchainement a été rendu possible.

Un lecteur nous a malgré tout transmis quelques bribes d’images captées sur le vif. Merci à lui. On y voit la police débarquer avec des chiens, et tirer des grenades sur des fêtards qui ne présentent aucune agressivité. On voit aussi des policiers se déchainer, avec notamment le passage à tabac au sol d’une personne par plusieurs policiers. C’est dans cette confusion que 14 personnes sont tombées dans le fleuve, il n’y a pas d’images de ce moment de frayeur.

Les fêtards arrêtés ce soir là doivent être relâchés. Une enquête doit être menée pour éclairer ces faits graves. L’impunité doit cesser.

Les témoignages, accablants, sont à retrouver ici :

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