Les pompiers dénoncent leur sous-mobilisation pendant la crise du Covid

04/07/2020 

Dans un rapport destiné à l’Intérieur, la Fédération nationale des Sapeurs-pompiers étrille la gestion de crise sanitaire du gouvernement.

PASCAL GUYOT VIA GETTY IMAGES

« Le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers »: Les pompiers regrettent de ne pas avoir été davantage mobilisés pendant la crise du Covid

CORONAVIRUS – ”Là le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers”. À l’inverse des soignants dans les hôpitaux en “première ligne” pendant le pire de l’épidémie de coronavirus, les pompiers déplorent eux d’avoir été sous-mobilisés, dans un rapport sur la gestion de la crise à destination du ministère de l’Intérieur.

Dans ce document de travail interne dévoilé par Le Parisien ce samedi 4 juillet, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France étrille la gestion du gouvernement. Et en premier lieu, elle déplore que ses forces – 250.000 personnes dans 7000 casernes – n’aient pas été davantage sollicitées pendant le pic de l’épidémie, malgré les signaux envoyés.

“Nous sommes rompus à la gestion de tous les événements. On a fait face à l’H1N1, à la grippe aviaire, aux accidents industriels, aux attentats… À chaque fois, on s’adapte, et là le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers”, confirme au Parisien le colonel Grégory Allione, président la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.

Il évoque, chez les sapeurs-pompiers, l’impression que leurs “capacités opérationnelles” n’ont “pas été prises en compte” par les gestionnaires de la crise… qui pourtant en auraient eu grand besoin.

Une crise “du leadership de communication”

Car pour les pompiers, de nombreuses erreurs stratégiques ont été commises, à commencer par la multiplication des superviseurs de la crise: le ministère de la Santé dans un premier temps, puis celui de l’Intérieur ensuite, qui n’ont pas assez écouté les remontées des terrains, à savoir, les préfets.

“Les événements ont été administrés plus que gérés conduisant à privilégier le contrôle sur la prise d’initiatives et de responsabilités des acteurs de terrain”, ponte le rapport. “Plutôt qu’une crise sanitaire, cette crise a surtout été celle du leadership de la communication.”

Parmi les autres points faibles, les pompiers évoquent également le renvoi des appels liés au coronavirus sur le numéro unique du 15, devenu “un numéro de renseignement, pas d’un numéro d’urgence” et le manque de mobilisation des cliniques privées (qui avaient elles-mêmes demandé à être réquisitionnées). ”Était-il efficace de faire faire des centaines de kilomètres aux victimes alors que souvent il y avait de la place dans la clinique d’en face?”, s’insurgent les pompiers, très critiques vis-à-vis des évacuations par TGV.

“Nous avons tendu la main à des administrations qui n’ont pas l’habitude de gérer des situations de crise. Rien dans leur organisation et leur culture ne les prédisposait à assurer ce rôle. On ne demande pas à des musiciens qui ne répètent pas des gammes quotidiennement de jouer un concert” tacle le président la Fédération.

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