La « gauche » à la peine dans les manifestations contre le « pass-sanitaire »

Les vociférations entendues à Forcalquier le 24 juillet quand un camarade soulignait que les partis en général et la France Insoumise en particulier n’avaient pas lancé au niveau national un appel clair à manifester méritent examen. C’est l’occasion de remplacer l’invective par le débat politique particulièrement important par les temps troublés qui s’annoncent.

Bien évidemment, la FI n’a pas appelé à manifester, comme la plupart des partis et confédérations syndicales, même la prise de position du NPA, pourtant sensible aux mouvements sociaux est bien alambiquée : « nous nous opposons à la nouvelle loi [adoptée] à l’assemblée, tout comme aux mesures antisociales qui visent à faire payer la note de la crise sociale au monde du travail. » C’est ce que nous continuerons de défendre dans les jours et les semaines qui viennent, y compris en nous joignant, partout où il est possible de porter une telle politique, aux initiatives de mobilisation. »

Nous sommes peut-être confrontés au tout début d’un mouvement de masse d’opposition centrale au pouvoir en place, il est susceptible de troubler le train-train des campagnes électorales et leurs prébendes financières  hautement toxiques. Ceci explique peut-être la gêne de tous les politiciens.

Comme au début des gilets jaunes, certains militants anticapitalistes refusent de se joindre aux manifestations contre le pass sanitaire au prétexte qu’il s’agirait d’un mouvement proto-fasciste. Cette erreur d’analyse – temporaire, espérons-le – retarde l’émergence de revendications sociales et le nécessaire combat contre l’extrême-droite. Tout le monde a pu voir qui en était et pointé des absents remarquables.

Fort heureusement, dans le 04, la qualité des liens tissés entre les gilets jaunes et l’UDCGT a laissé des traces, et des liens prolongés dans la campagne contre la fermeture des urgences de nuit à Sisteron. Les mobilisations autour des cafés des libertés à Forcalquier puis le regroupement des organisations derrière « la marche des libertés » ont naturellement ancré ce mouvement contre le pass-sanitaire clairement à gauche. La réaction des personnels de santé a conforté la CGT Santé à entrer dans la danse. Bravo à eux ! Ici le travail a été fait pour limiter l’expression des dérives complotistes.

Les absents ont tort et gagneront à lire par ordre d’intérêt ces tribunes qui déposent la question sur le tapis.

https://lesgiletsjaunesdeforcalquier.fr/index.php/2021/07/28/tu-es-anticapitaliste-et-tu-hesites-a-rejoindre-les-manifs-contre-le-pass-sanitaire-lis-cet-article/

https://lesgiletsjaunesdeforcalquier.fr/index.php/2021/07/28/a-propos-de-remarques-entendues-dans-la-mobilisation-contre-le-pass-sanitaire/

https://lesgiletsjaunesdeforcalquier.fr/index.php/2021/07/26/le-debut-dun-mouvement-de-masse/

Aux bons lecteurs et amateurs d’écrits classiques, voici un recueil de citations extraites d’un texte publié avant la première manifestation des gilets jaunes, pour faire face déjà aux réticences de certains militants. Décidément, l’histoire se répète …

Ecrit en novembre 2018

« Le président Máo Zédōng disait : « un révolutionnaire doit être au sein du peuple comme un poisson dans l’eau », le grand Karl Marx expliquait lui, que les révolutionnaires devaient être la plaque sensible du peuple à l’écoute de ses besoins et de ses intérêts avec cette image : «Il faut savoir, en révolutionnaire, « écouter l’herbe qui pousse ». Certains n’entendent même pas l’orage quand il tonne !

A touTEs ces militantEs  le dos courbé par tant de défaites qu’ils renoncent à la nécessaire mobilisation des masses, Gramsci rappelait  que sans le peuple « personne n’a de solutions, mais qu’avec lui, tous, nous sommes la solution », il expliquait aussi que « Le pessimisme de l’intelligence ne doit pas désarmer l’optimisme de l’action ».

Ce sont des secteurs les moins politisés et les moins organisés de la population qui ont trouvé ce moyen pour exprimer leurs exaspérations dans la rue, pour « bloquer » le pays. La jonction avec ceux qui depuis des années arpentent le pavé pour montrer qu’ils ne sont pas contents et ceux qui descendent dans la rue pour la première fois parce qu’ils veulent que ça change vraiment n’est qu’une question de temps. Ce qu’en disait le grand Lénine aux dogmatiques coupées de masses :

« La révolution russe de 1905 a été une révolution démocratique bourgeoise. Elle a consisté en une série de batailles livrées par toutes les classes, groupes et éléments mécontents de la population. Parmi eux, il y avait des masses aux préjugés les plus barbares, luttant pour les objectifs les plus vagues et les plus fantastiques, il y avait des groupuscules qui recevaient de l’argent japonais, il y avait des spéculateurs et des aventuriers, etc. Objectivement, le mouvement des masses ébranlait le tsarisme et frayait la voie à la démocratie, et c’est pourquoi les ouvriers conscients étaient à sa tête.

A propos de l’insurrection irlandaise de 1916

« La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement – sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible – et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne « s’épurera » pas d’emblée, tant s’en faut, des scories petites-bourgeoises. »

1) Je précise la source du texte de Lénine, car pour le comprendre il faut connaitre le contexte, qui est l’Irlande révoltée en 1916.

2) J’ai aussi ajouté à la citation de Lénine le premier paragraphe 1905

3) Puisqu’il est question de Lénine, je rappelle que le parti bolchevik considérait que la situation n’était pas mure pour abattre l’Etat bourgeois lors de la révolte spontanée de juillet 1917, mais ils n’ont pas voulu abandonner les révoltés, donc ils y ont participé, en ont subi les conséquences répressives, mais y ont des galons, et se sont trouvés à la tête de l’insurrection victorieuse en octobre.

4) Norbert raconte qu’au début des manifs de 17, le parti bolchevik avait envoyé ses militants dans les usines pour décourager les femmes ouvrières de manifester. On peut se tromper au début et ne pas handicaper l’avenir… reste à adopter une ligne juste par la suite.

5) Willy confirme que Lénine, aurait effectivement arboré le bonnet rouge et le gilet jaune. Il faut rappeler que la procession du dimanche sanglant à St Pétersbourg, début de la révolution de 1905, était conduite par le pope Gapone, qu’il y avait des portraits du tsar, et que les revendications étaient présentées sous forme de suppliques au même tsar….donc ne faisons pas la fine bouche! Allons y à fond !

Un détail qui n’est pas sans importance, Lénine s’exprimait à la tête du parti bolchevick, la gauche aujourd’hui se présente comme un « kaléidoscope » complètement incompréhensible aux yeux des gens, mais cela on ne peut pas le leur reprocher. Une situation délicate quand on prétend lutter contre la « confusion » chez les autres…

LF

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