Titiou Lecoq : « Tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas »

France inter – Dimanche 19 septembre 2021

La journaliste et romancière est l’invitée d’Eric Delvaux et Carine Bécard pour la parution aux éditions de l’Iconoclaste de son ouvrage « Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes ».

« Beaucoup de choses étaient fausses dans ce qu’on a appris à l’école : on vivait avec l’idée que les femmes s’étaient occupées de la maison et des enfants et donc ont été empêchées de faire des choses et de participer à l’Histoire. C’est faux et ça a même un nom, c’est le mythe de la femme empêchée », explique la journaliste et romancière Titiou Lecoq, autrice de « Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes ». Elle confirme à ce sujet « une ébullition sur ces sujets-là ces dernières années » dans la recherche : « On est en train de redécouvrir la femme préhistorique, mais ça marche pour toutes les périodes. »

« En travaillant sur l’histoire des femmes, les historiennes sont toujours suspectées d’être militantes. Pourquoi l’histoire des femmes serait-elle militante alors que l’histoire qu’on apprend, qui est masculine et non mixte, ne serait-elle pas aussi une forme de militantisme ? », s’interroge d’ailleurs Titiou Lecoq qui regrette, par exemple, que dans les livres d’histoire de seconde générale réédités avec la réforme du lycée, on observe « une régression contre-intuitive par rapport à l’évolution de la société ».

Elle cite plusieurs exemples, par exemple autour de la grotte de Lascaux :

Je n’avais jamais imaginé qu’elle puisse être une oeuvre collaborative avec des femmes, d’ailleurs on n’a aucune preuve que ça n’ait été que des hommes.

« On est tellement habitués à associer le génie et la création artistique avec le masculin qu’on n’a même pas pensé à autre chose. » En somme, « tant qu’on ne cherche pas les femmes [dans l’Histoire], on ne les trouve pas ». L’invention de l’imprimerie et son lot de manuels anti-sorcières ; la Révolution et les droits entre les hommes mais pas avec les femmes, complètement exclues ; les femmes réduites « à leur fonction d’utérus » après la première guerre mondiale pour repeupler la France, tant de moments où les droits des femmes ont paradoxalement… régressé, explique Titiou Lecoq.

« Rien n’est gravé dans le marbre »

« Il y a l’idée que la marche naturelle de la civilisation va vers plus d’égalité, qu’on partirait d’un état sauvage d’inégalités, et qu’on tendrait vers l’égalité avec la culture. Mais l’histoire nous apprend que c’est faux : parfois les femmes gagnent en liberté, mais elles ont aussi parfois perdu », rapporte la journaliste. Ainsi, « rien n’est gravé dans le marbre, les femmes peuvent perdre des droits et des libertés, c’est déjà arrivé, mais on peut aussi en gagner donc il faut se battre », estime-t-elle.

« Ce que j’écris ne sort pas de nulle part, ce sont des travaux scientifiques, sourcés, récents », rappelle Titiou Lecoq, questionnée sur les critiques récurrentes d’Éric Zemmour à propos de cette histoire féministe et féminisée.

« Ça ne sort pas de notre imagination. Zemmour lui-même dit d’ailleurs beaucoup d’erreurs, lui qui pourtant se pique d’Histoire. »

Un courant masculiniste qui « prend de l’ampleur, se structure et est de plus en plus actif », explique la journaliste. « On appelle ça la ‘manosphère’, des masculinistes qui vont s’en prendre à des femmes, les harcèlent, et ça se voit beaucoup sur Internet. »  

Alors le patriarcat n’est pas fini, comme l’a affirmé Alain Finkielkraut sur France Inter mercredi ? « Il faut vraiment être un homme de son âge pour considérer qu’il n’y a plus de problème. Ce n’est pas moi, mon ressenti au doigt mouillé ; c’est les inégalités de salaires, les violences conjugales, les violences sexuelles… » 

  • Légende du visuel principal: Titiou Lecoq, journaliste et romancière auteure de  » Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes » (L’Iconoclaste) © Radio France / France Inter
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