Autopsie d’une arnaque

Paris, vendredi 9 octobre 2020. Reportage à l'hôpital Bichat sur l'evolution de la situation liée au covid_19 en service de réanimation médicale et infectieuse. Extraction par les soignants d'un patient atteint du covid et en levée d'isolement. Coronavirus covid_19 covid © Arnaud Dumontier pour Le Parisien

LR: Dénoncer les « fascistes » soit? Il n’en reste pas moins que cette inclinaison devenue courante à se ranger derrière la parole gouvernementale est troublante. Dans ce cas précis du rapport réalisé par « l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation » (ATIH), un organisme public qui dépend du ministère de la Santé, on se demande où sont les arnaqueurs ? Et les articles ci-dessous taisent sagement les appréciations étonnantes, présente dans le rapport sur les conséquences médicales du Covid chez certains patients.

https://twitter.com/LCP/status/1458163736175386624

https://www.atih.sante.fr/sites/default/files/public/content/4144/aah_2020_analyse_covid.pdf

AUTOPSIE D’UNE ARNAQUE
Les complotistes, négationnistes et rassuristes se gargarisent d’un chiffre fourni par un rapport d’une agence d’Etat.
Les patients Covid ne représentent que 2 % des hospitalisations. Ils en déduisent donc que la pandémie est dérisoire, gonflée, voire inventée de toute pièce. L’extrême droite n’est pas en reste sur ce terrain. Bien entendu, ils isolent ce chiffre des autres données fournies par ce rapport. A savoir que les Covid ont représenté 19 % des journées de réanimation, et cela sur une année entière. Ce qui signifie des pics périodiques au cours desquels les Covid ont représenté l’immense majorité des réanimations. Quand on sait les moyens en matériel et personnels exigés par une hospitalisation en réanimation, on mesure les effets sur les services hospitaliers.
Si les complotistes sont des escrocs sans scrupule qui n’hésitent pas à balancer régulièrement les pires affabulations, à partir d’interprétations délirantes de quelques chiffres isolés de leur contexte, on a du mal à comprendre que des personnes d’intelligence et de culture « moyennes » se revendiquant d’idées progressistes tombent dans des pièges aussi grossiers.
L’article du Parisien, ci-dessous, démonte bien cette arnaque.

2% de patients Covid parmi les hospitalisations en 2020 ? Pourquoi c’est plus compliqué

Un rapport officiel s’est penché, notamment, sur le nombre et la part de patients hospitalisés pour Covid-19 l’an dernier. Si ce chiffre de 2% est exact, il fournit une vision incomplète de la réalité. Explications.

Un patient pris en charge à l’hôpital Bichat, le 9 octobre 2020. LP/Arnaud Dumontier
Le 12 novembre 2021 à 10h27

Ils y voient la preuve qu’on en a « trop fait » autour du Covid-19. Plusieurs personnalités, notamment politiques, ont relayé ces derniers jours un rapport indiquant que seulement 2 % des patients hospitalisés l’an dernier l’avaient été pour Covid. Mais, pris isolément, ce pourcentage ne permet pas de décrire la situation vécue à l’hôpital. On fait le point.

Ce que vous avez peut-être lu ou entendu

Ce constat a notamment été évoqué ce jeudi, sur CNews, par Marie-Estelle Dupont, psychologue « spécialisée en psychopathologie, neuropsychologie, psychosomatique » et très critique sur la stratégie vaccinale et sanitaire en France.

« En 2020, seulement 2 % des hospitalisations et 5 % en réa étaient liées au Covid. (…) On a donné l’impression que les services étaient pleins de patients Covid, mais ce n’était pas le cas. (…) La peur a été disproportionnée », s’est-elle insurgée.

Sur Twitter, de nombreuses personnalités ont relayé et commenté ce chiffre en minimisant l’impact de la crise sanitaire. « Les covidistes enfermistes vaccinolâtres Passolâtres sont soit des abrutis, soit des frustrés dangereux + quelques corrompus bien sûr », s’est enflammé Florian Philippot, figure de proue des antivax et des anti-passe sanitaire. « Si cela est vrai, on est vraiment pris pour des cons-covid », s’est insurgé de son côté le député du Rassemblement national Gilbert Collard.

Ce que dit ce rapport

Le document dont il est question a été réalisé par « l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation » (ATIH), un organisme public qui dépend du ministère de la Santé. Il est paru le 28 octobre dernier, sans entraîner immédiatement de nombreuses réactions.

Cela étant, il serait impropre de s’y limiter. Dès la première phrase du rapport, il est d’ailleurs indiqué que « la crise sanitaire induite par la pandémie de Covid-19 a fortement impacté l’activité des établissements de santé » en 2020.

Comment il faut l’interpréter

L’un des principaux éléments à prendre en compte porte sur la durée moyenne d’hospitalisation. Dans les services de réanimation, celle-ci s’est élevée à 15,7 jours pour les patients Covid en 2020 contre 11 jours pour ceux malades de la grippe l’année précédente.

Ainsi, si on se penche cette fois sur la part du Covid-19 parmi l’ensemble des jours d’hospitalisation, on tombe sur 4 % en hospitalisation (tous services confondus), 8 % en soins critiques et 19 % en réanimation. Cela signifie, par exemple, que les patients Covid ont représenté 19 % des journées d’hospitalisation en réanimation l’an dernier.

Par ailleurs, ces pourcentages portent sur l’année tout entière, marquée par les deux premières vagues de la pandémie et par un gros « creux » entre-temps. Ils ont été plus ou moins élevés selon les périodes, et sont donc « lissés » sur 12 mois. Ce que plusieurs médecins ont illustré par différentes images. « J’ai fait 15 000 km en voiture en un an. J’ai donc fait du 1,5 km/h sur l’année… je ferai mieux de changer de voiture », a résumé Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux.

« Nier le débordement des urgences parce que le Covid-19 n’a représenté que 2 % des hospitalisations, c’est comme nier la canicule de 2003 parce que la température moyenne sur l’année a été de 15°C », a écrit de son côté Dominique Dupagne, médecin généraliste retraité et blogueur.

Et comme l’étude s’est penchée sur la France entière, elle ne prend pas en compte les disparités régionales. Lors de la première vague au printemps 2020, les régions Grand Est et Île-de-France ont été les plus touchées, tandis que d’autres, comme la Bretagne, sont restées relativement préservées.

En résumé :

  • Selon un rapport officiel, 2 % des patients hospitalisés et 5 % de ceux admis en soins critiques l’an dernier l’ont été pour Covid-19.
  • Ces pourcentages sont beaucoup plus élevés si on se penche sur le nombre de journées d’hospitalisation, et ils sont par ailleurs lissés sur toute l’année.
  • Ils ne permettent donc pas de minimiser l’impact de la pandémie sur l’hôpital.

Est-il vrai que les «patients Covid» n’ont représenté que 2% du total des hospitalisations en France en 2020 ?

La pandémie de Covid-19 en France
https://www.liberation.fr/
Les chiffres, très commentés sur les réseaux sociaux, sont exacts. Ils proviennent d’un rapport de l’Agence technique d’information sur l’hospitalisation, mais ne suffisent pas à rendre compte de l’impact de l’épidémie sur l’activité hospitalière.

par Cédric Mathiot

publié le 11 novembre 2021

Question posée par Julien le 11 novembre.

Vous nous interrogez à propos d’un rapport, publié cette semaine, très relayé sur les réseaux sociaux, établissant que les hospitalisations pour Covid en 2020 n’ont représenté que 2 % du total des hospitalisations, et seulement 5 % des admissions en soins critiques. Nombre de commentateurs y ont vu la «preuve» de l’exagération de la gravité de l’épidémie et de la désinformation des autorités quant à la saturation des hôpitaux. Sur LCP, Martin Blachier, médiatique expert en santé publique, pointait ainsi le décalage entre les conclusions de ce rapport et la perception de l’impact de l’épidémie sur l’activité hospitalière. «C’est très très loin de l’image qu’on en a, c’est-à-dire pendant toute l’année 2020, des services hospitaliers qui étaient pleins à ras bord de patients Covid.»

Le rapport émane de l’Agence technique d’information sur l’hospitalisation (Atih) et porte sur l’analyse de l’activité hospitalière 2020 liée au Covid. On y trouve effectivement les chiffres cités : «Au cours de l’année 2020, 218 000 patients ont été hospitalisés pour prise en charge de la Covid-19. Les patients Covid représentent 2 % de l’ensemble des patients hospitalisés au cours de l’année 2020, tous champs hospitaliers confondus». Et plus loin : «Au cours de l’année 2020, les patients Covid représentent 5 % de l’ensemble des patients pris en charge en service de soins critiques.» (1)

Mais ces chiffres, qu’on peut effectivement trouver faibles a priori, ne permettent pas véritablement de mesurer (ou de nier) l’impact du Covid sur l’activité hospitalière. Lequel est d’ailleurs évoqué en préambule du rapport. «En 2020, la crise sanitaire induite par la pandémie de Covid-19 a fortement impacté l’activité des établissements de santé», lit-on dès la première page.

26 oct. 2021

Première chose : les pourcentages de 2 % (et de 5 % pour les soins critiques) concernent le nombre de patients Covid hospitalisés, mais ne tiennent pas compte de la durée des hospitalisations, qui a été plus longue pour les patients Covid que pour les patients non Covid, que ce soit pour l’hospitalisation standard ou les soins critiques (2). En regardant non plus le nombre d’admissions, mais le nombre de journées d’hospitalisation, les pourcentages doublent quasiment. Ainsi, les patients Covid ont donc représenté 2 % du total des admissions, mais 4 % du total de journées d’hospitalisation en 2020. En soins critiques, les patients Covid ont représenté 5 % des admissions, mais 8 % des journées d’hospitalisation. Et en se limitant aux seuls services de réanimation, les patients Covid ont représenté 11 % du nombre de patients admis en 2020, mais 19 % des journées d’hospitalisation sur l’année.

Par ailleurs, et surtout, cette pression hospitalière liée au Covid n’a pas été constante sur toute l’année. Elle a très fortement varié au gré des deux vagues épidémiques qui ont traversé l’année. Ainsi, pendant près d’un mois, à compter de la fin du mois de mars 2020, le nombre quotidien de patients en cours d’hospitalisation pour Covid dépassait 30 000, indique le rapport de l’Atih. Un pic également atteint mi-novembre. A l’inverse, pendant près de trois mois entre mi-juin et mi-septembre, ce nombre de patients hospitalisés était inférieur à 5 000, soit plus de six fois moindre. Pendant un mois, entre juillet et août, le nombre de patients Covid hospitalisés est même descendu à 2 500, selon le rapport. Soit 14 fois moins que le pic de 35 000 hospitalisations pour Covid atteint en avril.

Le calcul de la part des patients Covid sur la totalité des patients sur toute l’année aboutit à «lisser» ces fortes variations, et ne rend donc pas compte des phases de saturation hospitalière lors les pics épidémiques.

Par ailleurs, si on regarde le nombre de décès de patients Covid survenus à l’hôpital, ils apparaissent en proportion bien supérieurs à la part des patients Covid admis. Selon le rapport, sur l’année 2020, les décès pour Covid ont représenté 12 % du total des décès hospitaliers (pour seulement 2 % des patients admis), 13 % des décès en soins critiques (pour 5 % des patients admis), et 16 % des décès en réanimation (pour 11 % des patients admis).

Notons que si la lecture du rapport de l’Atih peut conduire à minimiser (à tort) l’impact du Covid sur l’activité hospitalière, il convient de rappeler qu’à l’inverse, certains indicateurs mis en place par les autorités lors de l’épidémie avaient pu à exagérer cette pression hospitalière. Citons notamment le (très mal nommé) taux d’occupation des lits en réanimation, qui obéissait à une méthodologie peu claire, l’amenant à afficher lors des pics des taux d’occupation des lits par les patients Covid supérieurs à 100 %. CheckNews s’était plusieurs fois penché sur le sujet.

(1) Comme le précise le rapport, «les hospitalisations de patients testés positifs à la COVID-19 mais asymptomatiques, ou dont le motif de recours à l’hospitalisation de court séjour n’était pas la COVID-19 ne sont pas intégrées au champ d’analyse».

(2) Les services de soins critiques regroupent les services de soins continus, les services de soins intensifs ainsi que les services de réanimation.

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