En Guadeloupe, syndicalistes et élus vent debout contre Sébastien Lecornu

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Après un rendez-vous raté ce lundi entre le «collectif des organisations en lutte» et le ministre des Outre-Mer, les élus politiques ont décidé de ne pas rencontrer l’envoyé du gouvernement, dont la mission était d’apaiser les tensions et trouver une sortie de crise.

par Julien Lecot, envoyé spécial en Guadeloupe et Photo Yannick Mondelo

publié le 29 novembre 2021 à 16h26
(mis à jour à 19h24)

Sur la place de la Victoire, lieu hautement symbolique en face de la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre, le «collectif des organisations en lutte» a appelé à un rassemblement en début de matinée. L’objectif est clairement affiché : faire pression sur le ministre des Outre-Mer pour qu’il accepte de rencontrer la trentaine d’entités qui composent le groupe, seule condition pour que des négociations aient lieu. La veille au soir, Sébastien Lecornu avait expliqué ne vouloir recevoir que quelques représentants du collectif – une dizaine tout au plus – pour s’asseoir autour d’une table et écouter leurs revendications.

Pour accueillir le ministre macroniste, près de 200 manifestants se sont rassemblés et un gros dispositif de sécurité a été mis en place. Quelques dizaines de policiers et gendarmes gardent l’entrée du bâtiment, déjà bloquée par deux camions de la gendarmerie, pendant qu’un hélicoptère tourne dans le ciel. «Même notre sous-préfecture, on nous empêche de la voir, on est pourtant chez nous», crient deux femmes, la quarantaine, assises sur des chaises de camping à quelques centimètres du cordon de sécurité.

Observant la scène de loin, Henriangole, chef d’entreprise du coin, trouve lui aussi le dispositif disproportionné. «Comment voulez-vous qu’il y ait la moindre négociation ? De toute façon, le ministre a déjà annoncé la couleur. Et ce n’est pas en vingt-quatre heures que vous allez négocier quoi que ce soit, râle-t-il depuis un muret à l’ombre de l’un des rares arbres du centre de Pointe-à-Pitre. Il aurait dû rester au moins une semaine et Macron devait l’accompagner.»

«Aucune hiérarchie entre nous»

Les figures du mouvement arrivent au compte-gouttes. Un cercle finit par se former au milieu de la place de la Victoire, pour décider de la réponse à donner au ministre, qui attend sagement à l’intérieur des locaux. «Il est hors de question qu’on puisse nous séparer, explique Jean-Marie Nomertin, figure connue de l’archipel et candidat aux législatives de 2022 sous l’étiquette Lutte ouvrière. Depuis juillet [date des premières manifestations, ndlr] nous prenons toutes les décisions tous ensemble. Ce n’est pas parce que le ministre vient qu’on va se diviser. Il n’y a aucune hiérarchie entre nous.»

A ses côtés, casquette de Che Guevara sur la tête, Georges Boucard, président du Parée (Parti autonome réformiste écologique éducationnel), acquiesce. «Il peut rencontrer les maires qui sont une trentaine, les parlementaires au moins aussi nombreux. Mais nous, au-dessus de dix, on n’est pas censés pouvoir discuter. De toute façon, il est simplement venu pour faire sa com, absolument pas pour négocier», dénonce-t-il en montrant les forces de l’ordre à quelques mètres.

Le collectif finit par convenir qu’une délégation entrera bien voir le ministre, lui fera part de ses doléances, mais fera aussitôt demi-tour. Parmi leurs revendications phares, on trouve l’annulation de l’obligation vaccinale et des suspensions de soignants, la création d’emplois pour les jeunes, l’arrêt des poursuites contre les manifestants arrêtés ou encore l’amélioration immédiate de la qualité de vie des Guadeloupéens. La décision est acclamée par la foule, qui chante en chœur en créole : «Arrêtez de nous embobiner. Nous, on est prêts à négocier». Puis, à quelques mètres des policiers : «Ils sont armés, nous ne sommes pas armés.»

Négociations au point mort

Comme promis, les représentants – parmi lesquels Elie Domota, leader des manifestations de 2009, Maïté Hubert M’Toumo, secrétaire générale de l’UGTG, principal syndicat de l’île, ou encore Jean-Marie Nomertin – ne s’attardent pas dans la sous-préfecture. Ils ressortent au bout d’une dizaine de minutes, la mine fière et le sentiment du devoir accompli. La balle est désormais dans le camp de Sébastien Lecornu.

Mais le ministre campe lui aussi sur ses positions. En témoigne son communiqué, publié dans la foulée de cette non-rencontre, dans lequel il «réaffirm[e] comme préalable» à toute négociation la condamnation «sans ambiguïté des violences commises ces derniers jours aux Antilles, notamment les tentatives de meurtre sur les policiers et gendarmes». Il rappelle également sa volonté de faire appliquer l’obligation vaccinale pour les soignants de l’archipel comme dans l’Hexagone, avant de renvoyer la balle aux collectivités territoriales, compétentes pour répondre à la plupart des revendications.

Avant d’aller en Martinique ce lundi soir, où une situation similaire l’attend, le ministre des Outre-Mer était d’ailleurs censé échanger avec les élus de Guadeloupe, pour tenter là aussi de trouver une sortie de crise. Mais compte tenu de «l’attitude et des propos tenus par le ministre des Outre-Mer», et de l’imbroglio du matin avec les syndicats, ces élus politiques ont expliqué dans un communiqué refuser la rencontre.

Si la situation n’évolue pas, c’est donc par conférences de presse interposées qu’élus, représentant syndicaux et ministre se répondront. Le séjour express de Sébastien Lecornu, venu pour apaiser les tensions et ouvrir le dialogue, se sera ainsi soldé par une simple visite aux forces de l’ordre. Ça fait cher le billet d’avion.

Mise à jour : actualisation à 19 h 11 avec le communiqué des élus politiques de la Guadeloupe.

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