L’article à lire pour comprendre la sécheresse exceptionnelle qui frappe la France hexagonale

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En moyenne, en juillet, la France a connu un déficit pluviométrique d’environ 84%. Des faibles précipitations qui, dans un contexte de fortes chaleurs et avec de faibles réserves d’eau stockées dans les nappes phréatiques, ont plongé le pays dans un épisode en passe de devenir historique.

Cet été, la France hexagonale a chaud. Ses sols ont aussi de plus en plus soif. Alors que le pays a connu, la première semaine d’août, sa troisième vague de chaleur depuis juin, la sécheresse s’est abattue, à divers degrés, sur l’ensemble du territoire. Face à ce qu’elle a qualifié de « sécheresse exceptionnelle » et à la « situation historique que traversent de nombreux territoires », la Première ministre Elisabeth Borne a activé, vendredi 5 août, la cellule interministérielle de crise« Cette sécheresse est la plus grave jamais enregistrée dans notre pays » et « la situation pourrait perdurer sur les 15 prochains jours, voire devenir plus préoccupante encore », souligne Matignon.

Plus de 100 communes privées d’eau potable, des restrictions des usages d’eau qui se multiplient, une végétation agonisante, des agriculteurs inquiets… Cet épisode, qui pourrait durer, est lourd de conséquences, à la fois sur l’environnement et l’économie. Franceinfo vous livre les clés pour comprendre ce phénomène hors norme.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour comprendre l’origine de la sécheresse que nous connaissons en ce début août, il faut remonter plusieurs mois en arrière. « Cela s’est passé en plusieurs étapes », explique Jérôme Nicolas, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). D’abord, « on a connu une recharge très peu importante des nappes phréatiques pendant l’hiver, déficitaire même sur une grande partie des aquifères », autrement dit les couches souterraines de roches à travers lesquelles l’eau circule. « La recharge s’est interrompue très vite, à cause d’une fin d’hiver peu pluvieuse », poursuit-il. Car l’arrivée des beaux jours marque la fin de « la recharge » et le début de « la vidange » de ces eaux souterraines

« Au-delà d’avril, l’eau de pluie est essentiellement absorbée par les plantes, en pleine croissance, ou s’évapore à cause de la chaleur » avant d’atteindre les profondeurs, explique le site Propluvia. Ainsi, les pluies du mois de juin ont permis « de limiter la sollicitation des eaux souterraines – quand il pleut, on a moins besoin d’arroser, on y prélève moins d’eau – mais n’ont pas contribué à la recharge des nappes », explique Jérôme Nicolas. 

Mais en juillet, la France a connu des températures très élevées, couplées à un important déficit de pluie (environ 84%, avec des disparités selon les régions). Jérôme Nicolas résume : « Au niveau superficiel, on manque d’eau. Au niveau souterrain, les niveaux sont bas, ou très bas, selon les régions. Ce sont ces deux effets conjugués qui font que la ressource peut venir à manquer localement. » 

 

Les seuils d'alerte sécheresse en France au 2 août 2022 selon le site gouvernemental Propluvia, qui répertorie les arrêtés de restriction d'usages de l'eau.  (CAPTURE D'ECRAN / PROPLUVIA / FRANCE TELEVISIONS)

 

Enfin, si les situations diffèrent d’un département à l’autre – parfois même au sein d’un même département –, la chaleur de juillet, quasi généralisée, a exercé sur tout le territoire une forte pression sur la ressource en eau. Car plus il fait chaud, plus la demande explose. Et ce, ironie du sort, au moment où la ressource est la moins disponible.

En quoi cette sécheresse est-elle exceptionnelle ?

Selon Météo France, juillet 2022 est le mois de juillet le plus sec sur la période 1959-2022 à l’échelle nationale. Il arrive au deuxième rang des mois les plus secs, derrière mars 1961. « On est en situation de sécheresse record pour l’humidité des sols depuis le 17 juillet au niveau national », a déclaré mercredi Jean-Michel Soubeyroux, climatologue chez Météo France. Les sols sont « encore plus secs qu’ils ne l’étaient à la même date en 1976 et en 2003 », souligne l’agence, qui craint que « le record absolu de sécheresse des sols superficiels, qui date de 2003, soit battu » cette année.  

Ce phénomène est également inédit par son ampleur : 93 départements du territoire hexagonal sur 96 sont désormais concernés par le « plan sécheresse » et 62, soit les deux tiers du pays, sont en « crise ». La sécheresse est donc particulièrement visible, sur une végétation qui perd ses feuilles prématurément et se révèle bien plus vulnérable aux incendies, ou encore sur le débit des cours d’eau.

Un arbre a perdu ses feuilles, dans un champ à Portel-des-Corbières (Aude), le 2 août 2022.  (IDRISS BIGOU-GILLES / HANS LUCAS / AFP)

Un arbre a perdu ses feuilles, dans un champ à Portel-des-Corbières (Aude), le 2 août 2022.  (IDRISS BIGOU-GILLES / HANS LUCAS / AFP) 

Selon l’Office français de la biodiversité, cité par Ouest-France, 27% d’entre eux sont à sec. A Loriol-sur-Drôme (Drôme), la rivière a disparu sur près de 2 km. Le débit de la Loire est tombé à 129 mètres cubes/seconde le 20 juillet (contre 475 au début du mois) et dévoile, avec un niveau d’eau deux mètres en dessous de son niveau habituel, des paysages méconnaissables. Dans la Vienne, près d’un millier de kilomètres de rivières et de ruisseaux sont asséchés, sur les 4 400 km que compte le département, avec de lourdes conséquences sur la faune et la flore, dépendantes de ces milieux.

Est-elle causée par le réchauffement climatique ?

« On est dans une situation qui est critique, c’est un nouvel indice que le réchauffement climatique n’est pas une lubie mais une réalité qui est en train de s’imposer », a déclaré lundi sur franceinfo Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Pour Jérôme Nicolas, « c’est toujours difficile d’appréhender la part de responsabilité du réchauffement climatique, mais on observe un réchauffement moyen des températures qui entraîne une augmentation des événements extrêmes, en fréquence et en intensité », explique-t-il. « Le changement climatique intensifie le cycle de l’eau », peut-on lire dans le deuxième volet du dernier rapport du Giec (en anglais). « Cela apporte des pluies plus intenses, avec les inondations qui les accompagnent, et des sécheresses plus intenses dans de nombreuses régions. »

« Ce que nous vivons cette année n’est pas une surprise, explique l’un de ses auteurs, Gonéri Le Cozannet, chercheur au BRGM. Nous vivons cet été trois des quatre risques que nous avions identifiés pour l’Europe. A savoir : des fortes chaleurs qui présentent un risque pour les écosystèmes – notamment par les incendies – et pour la santé humaine ; une perte de productivité agricole liée à la sécheresse ; et enfin, une pénurie d’eau, résume-t-il. Tant que le climat continue à se réchauffer, ces événements seront de plus en plus probables. »

Qui consomme le plus d’eau en France ?

En France, sur un volume annuel d’eau consommée estimé à 5,3 milliards de mètres cubes par an, l’agriculture est la première activité consommatrice (c’est-à-dire prélevée et non restituée aux milieux aquatiques), avec 45% du total de l’eau consommée, devant le refroidissement des centrales électriques (31%), l’eau potable (21%) et les usages industriels (3%), selon le ministère de l’Agriculture. Dès qu’un département est concerné par le seuil d' »alerte », les prélèvements pour l’agriculture sont donc limités, puis réduits d’au moins 50% dans les départements en « alerte renforcée ». Au seuil de « crise », seuls les prélèvements prioritaires sont autorisés, comme ceux pour l’alimentation en eau potable, la salubrité, la santé et la sécurité : les agriculteurs ont interdiction d’irriguer leurs cultures, y compris par un système d’irrigation localisée (goutte-à-goutte, micro-aspersion…).

Pour Gonéri Le Cozannet, cette crise est un argument supplémentaire en faveur de l’adaptation au réchauffement climatique. « Pour l’agriculture, l’enjeu est de se préparer en amont. Par exemple avec, dans certaines zones, du rechargement artificiel des nappes phréatiques, un changement de cultures en faveur de cultures moins consommatrices en eau, etc. Nous parlons aussi, dans le rapport du groupe 2 du Giec, de l’agroforesterie, mais on constate que ce n’est pas ce qui est pratiqué majoritairement aujourd’hui », poursuit-il.

 

Un champs de maïs, à Montaigu, en Vendée, le 3 août 2022.  (MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS / AFP)

 

Si l’eau potable représente 21% de l’eau utilisée en France, cette ressource qui provient majoritairement des nappes phréatiques reste la priorité au plus haut niveau d’alerte. Et quand, en dépit de ces efforts, elle vient à manquer, des camions-citernes sont chargés d’approvisionner les communes. Doubs, Drôme, Finistère, Haute-Saône, Dordogne, Vosges, Var,… Les ruptures d’eau potable s’observent dans de nombreuses régions« Plus d’une centaine de communes en France » sont déjà privées d’eau potable et approvisionnées par des camions, a fait savoir vendredi Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique.

La sécheresse va-t-elle prendre fin un jour ?

« La vidange des nappes phréatiques est amorcée et elle va se prolonger jusqu’à cet automne, au moment où il y aura moins d’évaporation et moins de sollicitation par la végétation, explique Jérôme Nicolas. C’est là que l’on pourra observer des pluies efficaces, c’est-à-dire qui permettront de remonter les niveaux des nappes souterraines. » Mais avant la fin de la vidange, à l’automne, existe-t-il une porte de sortie ?

Si les éventuelles pluies estivales pourraient limiter la vidange, les prévisionnistes de Météo France, à court terme, n’attendent « pas de précipitations significatives de manière assez étendue sur la France pour changer la situation de sécheresse », explique Jean-Michel Soubeyroux, de Météo France. Il ajoute : « J’aurais tendance à penser qu’il faudrait un mois de précipitations excédentaires avant de retrouver une situation normale, et nous n’avons pas d’élément prévisionnel dans ce sens. »

Par ailleurs, si de forts orages pourraient certes étancher la soif de la végétation, ils ne parviendraient pas pour autant à faire remonter le niveau des nappes phréatiques : sur un sol asséché, l’eau ruisselle et ne pénètre pas en profondeur.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

L’hiver a été particulièrement sec sur la France hexagonale et la Corse. Dans ces conditions, à l’arrivée des beaux jours, les nappes phréatiques étaient souvent basses, voire très basses, dans certaines régions. Cet été, le pays a connu un mois de mai anormalement chaud puis a été exposé à plusieurs vagues de chaleur intenses. Des événements dopés par le réchauffement climatique qui entraînent une forte demande en eau de la part de la végétation et des cultures. Or, en juillet, il n’a quasiment pas plu – voire pas du tout – dans de nombreuses régions, ce qui a causé une pression accrue sur les nappes phréatiques déjà déficitaires : c’est la sécheresse, et le gouvernement ne cache plus sa préoccupation.

La situation pourrait se stabiliser au retour de la pluie. A court terme, des averses atténueraient le besoin de puiser dans les eaux souterraines. Mais ce n’est qu’à l’automne que les conditions seront réunies pour remplir les nappes phréatiques.

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