C’EST ÇA LA FRANCE !

🇫🇷22, C’EST ÇA LA FRANCE ! 🇫🇷
Mercredi soir, le terrain a parlé. Celui de Doha où la France s’est qualifiée en finale au détriment du Maroc. Mais aussi et surtout celui des rues de Paris, Lyon, Marseille, Montpellier ou Lille.
Dès le coup de sifflet final, une partie du pays est descendue dans la rue.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette France qui a fêté la victoire des Bleus n’est pas celle fantasmée et souhaitée par les racistes.
À Paris, là où se concentrait toute l’attention, des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sur les Champs Elysées.
Les fascistes prédisaient (et espéraient) le chaos une fois le match terminé : les barbares issus de l’immigration auraient fêté la victoire du Maroc en détruisant notre belle France. Ou alors se seraient défoulés après une défaite en détruisant là aussi notre belle France.
Sauf qu’il n’en fut absolument rien. Sur les Champs, les supporters étaient en très grande partie composés de jeunes (voir très jeunes) venus de banlieue.
Beaucoup de noirs et d’arabes. Pas mal de familles. S’y sont mêlés sans le moindre souci des drapeaux français avec des drapeaux marocains, algériens ou palestiniens.
Pendant plus de quatre heures sur place, nous n’avons vu ni entendu aucune invective contre la France ou contre le Maroc.
Les Champs fêtaient la victoire de l’équipe de France autant que le superbe parcours du Maroc.
C’est bien la colonisation qui a enfanté cette situation totalement inacceptable aux yeux des fachos. Considérés comme étrangers dans les pays d’origine de leurs parents (Maroc, Tunisie, Algérie), ces jeunes sont aussi considérés comme pas vraiment français dans leur pays de naissance. Ce qu’ils ont dit hier sur les Champs, c’est leur désir d’exister pour ce qu’ils sont.
Des Français nés en France, avec des ancêtres et des traditions de pays colonisés par cette même France. Ils n’ont aucun désir de grand remplacer qui que ce soit. Ils veulent simplement exister pour ce qu’ils sont. Et c’est déjà très fort
Cette France donne la nausée à l’extrême droite. C’est pourtant cette même France qui était sur le terrain à Doha. Pour tenter d’inverser la tendance, l’ultradroite table sur une guerre civile, et guette la moindre poubelle brûlée pour la transformer en attaque de la République et des valeurs de notre pays, soit-disant si beau et humaniste.
Mercredi soir, elle a tenté d’avancer ses pions de façon encore moins subtile. Dans de nombreuses villes (Lyon, Montpellier, Nice, Lille…) des groupes de fachos sont descendus dans les rues pour mener de véritables chasses aux arabes. De nombreuses vidéos le prouvent et attestent qu’il s’agissait sans aucun doute possible d’attaques délibérées, de chasse aux arabes. Ces nostalgiques d’une France totalement blanche et catholique de tendance fondamentaliste (fantasmée en plus) n’espéraient pas nettoyer leur ville de la vermine arabe.
Ce qu’ils espéraient, c’était de créer les conditions pour que certains supporters répliquent, s’énervent, brûlent et lancent des projectiles. Et avoir une image d’un pays qui brûle parce que sa jeunesse non blanche n’accepte pas une victoire de la France.
Cette histoire-là n’aura pas eu lieu.
Pour autant, les craintes sont très fortes et la vigilance doit être constante. Car rarement la France avait vu des groupes fascistes agir de façon si décomplexée, et, il faut le dire, avec une impunité flagrante (médiatique, politique et judiciaire).
A Paris, largement fragilisée par 47 arrestations en amont des rassemblements, l’extrême droite n’est pas venue sur les Champs.
De plus, une mobilisation antifasciste importante rassemblant des antifas et des supporters de Paris du virage Auteuil assurait une veille pour éviter les « chasses aux Arabes » et agressions racistes ainsi que l’affirmation de leur présence.
A Poitiers, les fascistes ont pris la fuite après avoir été écartés immédiatement.
C’est ce genre de mobilisation populaire qui permettra d’écarter l’extrême-droite de la rue, pas l’État et ses flics.
On ne peut compter que sur nous-mêmes.
L’inquiétude était tout de même bien là. Car ce sont d’autres éléments qui auraient pu créer les conditions d’un chaos.
Ce soir de qualification pour une finale de coupe du monde, le pouvoir avait décidé de transformer « la plus belle avenue du monde » en champ de guerre. Des centaines de véhicules de police alignés en plusieurs rangées, sur la route mais aussi sur les trottoirs.
Des milliers de forces de l’ordre, là encore alignées et créant des « couloirs pour se déplacer ». Nous n’avions jamais vu ça. Même lors des actes les plus forts des Gilets Jaunes.
Si on sortait de nos habitudes répressives, et qu’on se retrouvait plongé dans cette avenue hier soir, on aurait clairement pensé à un pays en état de guerre.
Qu’il est loin le temps où les Champs étaient totalement remplis de supporters à la moindre grosse victoire de la France ou du PSG.
Et que le préfet ne nous dise pas qu’il fallait le faire pour protéger les présents.
Ce choix politique est bien celui de considérer les citoyens, notamment ceux de banlieue (mais aussi les GJ ou les grévistes) comme des ennemis, comme des menaces. Il ne s’agit plus d’assurer la sécurité des personnes présentes mais bien de faire peur et de montrer les muscles.
D’ailleurs, la police a chargé, matraqué et gazé des dizaines de supporters qui avaient osé allé sur la route pour faire la fête, sans aucune violence.
A quel moment s’est on dit collectivement que tout cela était normal ? Qu’on voulait d’une telle société ? En 5 ans, la France a vrillé dans un autoritarisme très grave et dont il sera difficile de se sortir, même une fois Macron dégagé. La doctrine et l’idéologie de la terreur au quotidien s’est bien ancrée dans la tête des Français.
La finale de dimanche sera sans aucun doute encore un moment particulier et qu’il faudra surveiller, notamment dans les villes où l’extrême droite a attaqué.
Il ne faut pas politiser le sport comme nous dit un Macron pourtant présent au Qatar pour redorer son image.
Il n’empêche, le sport le plus populaire du monde ne peut pas être neutre en terme d’impact politique et social.
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