PLAIDOYER CONTRE LA PSEUDO RESILIENCE

PLAIDOYER CONTRE LA PSEUDO RESILIENCE
C’est l’un des mots les plus en vogue ces dernières années. La Résilience serait la clé pour sortir des crises (énergétiques, écologiques, sociales). Le pouvoir et les médias nous martèlent qu’au vu des difficultés, tout le monde doit faire preuve de « résilience ».
Mais si la résilience est une vraie qualité et un horizon désirable dans l’absolu, la résilience dont on parle en ce moment est toute autre, et doit être combattue.
Selon Wikipedia, la résilience serait un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l’événement traumatique de manière à ne plus vivre dans le malheur et à se reconstruire d’une façon socialement acceptable.
La société actuelle a récupéré depuis plusieurs années ce concept pour le dévoyer. En effet, il existe une injonction de plus en plus prégnante et insistante sur la nécessité pour les individus à être résilients face à la situation sociale et écologique du monde.
Mais en y regardant de plus près, cette injonction :
1/ Ne concerne pas toute la population, mais bien les plus précaires. C’est aux populations les plus pauvres de faire des efforts et d’encaisser le « choc » de l’envolée des prix de l’essence, du chauffage, et de l’inflation générale. Les plus riches, eux, ne ressentent que pour très peu ces hausses des prix, en tout cas pas de quoi en faire un événement traumatique. Pire, les chiffres montrent qu’en France, les plus riches se sont notablement enrichis pendant ces dernières années de crise Covid/Ukraine/Inflation.
2/ N’est pas un appel à la résilience mais un appel à l’acceptation de l’évolution défavorable de nos conditions de vie. Il s’agit bien d’accepter toutes les lois, toutes les réformes, tous les reculs sociaux, sous prétexte qu’on ne peut pas faire autrement.
Il s’agit là de mécanismes individuels. Sauf qu’ils se produisent à une échelle globale. Car faire appel aux individualités par la culpabilisation est une des stratégies divisantes des dominants, qui augmente leur capacité à dominer toujours plus en rendant les dominés encore plus dominés et dociles.
On le voit dans le domaine de la surveillance policière, dans le domaine de la protection sociale, dans le domaine de la répartition des richesses… dans tous les domaines en fait : les citoyens de seconde zone sont de plus en plus marginalisés.
Alors que dans les années 70, 80 et 90, on imaginait que le cours de l’histoire faisait que l’évolution de nos sociétés allaient « forcément » réduire les innégalités et rendre le niveau de vie des plus pauvres de plus en plus acceptable. Avec le recul, nous voyons désormais clairement que dans des pays comme la France, nous acceptons le fait qu’il y ait de plus en plus de personnes qui tombent dans la pauvreté, ou même l’extrême pauvreté. Résultat, c’est plutôt la banalisation de l’injustice sociale et des inégalités qui a pris le dessus dans notre société.
Nous acceptons que les services d’éducation, de santé ou de transport en commun soient déteriorés par rapport à ce qu’ils étaient il y a 20 ou 30 ans.
Ce n’est pas de la résilience, c’est une acceptation à de la soumission.
En ce sens, la situation de la région parisienne est particulièrement criante : jamais les travailleurs, notamment de banlieue, n’ont autant galéré à se rendre sur leur lieu de travail, pour n’enrichir que leur patron. Ils n’ont pourtant jamais payé aussi cher leurs titres de transport alors que la situation aux heures de pointes devient vraiment insupportable.
On se dit que cela va « exploser ».
Et pourtant, rien ne se passe.
Chacun a accepté que c’était comme cela que cela devait se passer. Et même accepté que cela puisse continuer à se dégrader. Fatalité de cette « résilience » imposée par le discours politico médiatique.
Pourtant, là haut, ils n’ont jamais été aussi riches et aussi bien dans leurs yachts et jets de milliardaires : l’argent est bien là.
La détérioration de nos conditions de vie n’a donc rien d’une évidence, c’est bien leur choix . Un choix imposé par les puissants, mais qui a été accepté par tous les autres.
Or, cette soi disant nécessité de résilience n’est rien d’autre qu’un leurre, destiné à détourner notre attention en faisant appel à notre moralité, et nos bons sentiments. Une sorte de fenêtre d’Overton qui transforme peu à peu le sens premier de la véritable résilience qui, elle, pourrait fort bien passer par une révolte généralisée au nom de l’intérêt collectif et non plus d’une « moralité » individualiste.
A l’heure où Macron continue de pousser plus loin ce saccage social avec la réforme des retraites, à nous de stopper le poison de cette fausse résilience.
Il n’appartient qu’à nous de faire que nos vies et celles de nos proches ne soient plus sacrifiées pour le profit de quelques uns.
Cette pseudo-résilience n’a que trop duré. Place à la résistance.
SUJET EGALEMENT TRAITE PAR BEGAUDEAU
Toujours excellentissime le Bégaudeau, pour bien comprendre ce temps présent et ses spécificités, malgré un intervieweur envahissant et pédant; à partir de la 40 ième minutes, même si toute l’émission est bonne à entendre.
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