Conclave : fumée blanche ? Non, noire ! Par Laurent Degousée.

Par aplutsoc le 24 mars 2025

Le conclave sur les retraites est mort mais il bouge encore : après la sortie le 16 mars dernier de son initiateur, François Bayrou, qui a sonné le glas, au motif du contexte international, du retour ne serait ce qu’à l’âge légal de la retraite à 62 ans par la voie de la concertation, censée être sans tabou, et s’achever en mai prochain par la transposition législative du compromis qui en sortirait, rien ne va plus.

Pourquoi il ne fallait pas y aller.

Le conclave apparaît pour ce qu’il est : une tractation politicienne destinée à acheter la non-censure du budget – sur lequel son prédécesseur Michel Barnier s’était fracassé – des député-es socialistes qui n’ont cessé, par  » seul esprit de responsabilité et dans l’intérêt du pays et des Françaises et Français « , de reculer leurs lignes rouges sur le sujet quitte à renier l’engagement commun du programme du Nouveau Front Populaire, à savoir  » abroger immédiatement les décrets d’application de la réforme d’Emmanuel Macron passant l’âge de départ à la retraite à  64 ans. « 

Ce jeux de dupes, FO a fait le choix de s’en démarquer dès l’ouverture de cette grande messe sociale le 27 février dernier en la quittant derechef, refusant de permettre  » au gouvernement de gagner du temps, en maintenant ou aggravant la contre-réforme des retraites. « 

Pourquoi il fallait en sortir.

Le 19 mars dernier, c’était, après le patronat de l’artisanat un jour plus tôt, au tour de la CGT, échaudée par la sortie du Premier Ministre, de lui emboîter le pas en quittant à son tour cette concertation au grand soulagement de sa base qui se demandait ce que la centrale de Montreuil allait faire dans cette galère, elle qui revendiquait mettre ainsi un pied dans la porte pour, y compris, arracher le retour aux 60 ans.

L’UNSA, qui s’est vu invitée à la première réunion bien que non-représentative au plan national, reste elle à l’affût d’un compromis sur le sujet. Là où Solidaires, qui s’offusquait dans un premier temps d’avoir été écarté comme s’il s’agissait d’un insigne honneur, a finalement boycotté, contrairement à la FSU, la réunion de déclinaison dans la Fonction Publique qui s’est tenue le 19 mars dernier en parlant de mascarade : comprenne qui pourra.

Pourquoi il continue quand même.

Pour faire bonne bonne figure, la CFDT, flanquée de la CGC et de la CFTC, poursuit les échanges avec le MEDEF et la CPME au sein de ce qu’il convient désormais d’appeler la délégation paritaire permanente sur les retraites.

Ils partagent une ambition commune à moyen terme : que le pilotage du régime général de retraite du secteur privé leur soit confié, au même titre que celui des complémentaires AGIRC-ARRCO des cadres et des non-cadres qui représentent jusqu’à 25 % du montant des pensions, eux qui en partenaires sociaux zélés ont toujours su trouver des accords en dépit de l’augmentation de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans sous Sarkozy, puis de 62 à 64 ans sous Macron.

Exit ainsi la décision politique et les mobilisations sociales qu’elle entraîne immanquablement, de 1995 à 2023, dès lors qu’on touche à celles-ci. Et, là où notre modèle de protection sociale, issu du programme pour l’après-guerre du Conseil National de la Résistance (CNR), résulte d’un choix de société, il serait remplacé par le règne des actuaires avec, au passage, des fruits encore plus conséquents du paritarisme à se partager. Quitte à froisser le pouvoir en place, dont cet électorat est le fond de commerce, en taxant les retraité-es les plus fortunés, les mêmes qui ont profité à plein du passage de 65 ans à 60 ans en 1982 avec l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, pour financer les pensions de celles et ceux à venir.

Que faire ?

L’intersyndicale nationale, un des rares acquis de la mobilisation monstre de 2023 avec le ressac en terme d’adhésions tous syndicats confondus,  n’en finit donc pas de se déliter (on peut cependant signaler le lancement, la veille de la journée anti-raciste du 22 mars, d’une campagne commune des huit organisations contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie au travail, le minimum syndical face à la montée de l’influence de l’extrême-droite dans le monde du travail).

C’est le bon moment de relire le dernier article de la plume de Trotsky, avant son assassinat en 1940, consacré aux syndicats et à leur décadence dans un monde qui l’est tout aussi pour mieux comprendre les tendances lourdes ainsi à l’œuvre :

 » Aux yeux de la bureaucratie du mouvement syndical, la tâche essentielle consiste à  » libérer  » l’État de l’emprise capitaliste en affaiblissant sa dépendance envers les trusts et en l’attirant à lui. Cette attitude est en complète harmonie avec la position sociale de l’aristocratie et de la bureaucratie ouvrière qui combattent pour obtenir quelques miettes dans le partage des sur-profits du capitalisme impérialiste. Dans leurs discours, les bureaucrates travaillistes font tout leur possible pour essayer de prouver à l’État – démocratique – combien ils sont dignes de confiance et indispensables en temps de paix, et plus spécialement en temps de guerre.  Le mot d’ordre essentiel dans cette lutte est :  indépendance complète et inconditionnelle des syndicats vis-à-vis de l’État capitaliste. Cela signifie : lutte pour transformer les syndicats en organes des masses exploitées et non en organes d’une aristocratie ouvrière. Le second mot d’ordre est : démocratie dans les syndicats. « 

Face à ce défi et à un exécutif arrogant mais plus faible et divisé que jamais, les militant-es ouvriers ne doivent pas se couvrir la tête de cendres mais au contraire :

– Populariser la proposition du bureau confédéral de la CGT du 3 mars dernier d’organiser unitairement (enfin !)  » une manifestation nationale fin mai/début juin pour donner une perspective de mobilisation forte et appuyer notre stratégie pour gagner une loi d’abrogation, qui sera mise en débat le 5 juin à l’Assemblée nationale  » qui pourrait être le réceptacle de toutes les colères qui montent vis-à-vis de l’austérité dans la culture et les universités ou les discours de divisons racistes démenties par le succès des manifestations de samedi dernier.

– Relayer la pétition initiée par L’APRÈS qui met y compris en avant la nécessité de développer les financements de ce bien commun qu’est la Sécurité sociale.

– S’appuyer sur l’opiniâtreté de notre classe sociale là où le rapport de la DARES sur les grèves en 2023 montre que le nombre de journées non travaillées a bondi de 73 % à cette occasion.

L’abrogation de la retraite à 64 ans passera non seulement par la fin des atermoiements qui n’ont pour finalité que de protéger Macron et comme conséquence de faire prospérer l’extrême droite, mais par une telle politique, offensive au plan social comme politique !

Laurent Degousée, le 24 mars 2025.

 

Par aplutsoc le 24 mars 2025

Le conclave sur les retraites est mort mais il bouge encore : après la sortie le 16 mars dernier de son initiateur, François Bayrou, qui a sonné le glas, au motif du contexte international, du retour ne serait ce qu’à l’âge légal de la retraite à 62 ans par la voie de la concertation, censée être sans tabou, et s’achever en mai prochain par la transposition législative du compromis qui en sortirait, rien ne va plus.

Pourquoi il ne fallait pas y aller.

Le conclave apparaît pour ce qu’il est : une tractation politicienne destinée à acheter la non-censure du budget – sur lequel son prédécesseur Michel Barnier s’était fracassé – des député-es socialistes qui n’ont cessé, par  » seul esprit de responsabilité et dans l’intérêt du pays et des Françaises et Français « , de reculer leurs lignes rouges sur le sujet quitte à renier l’engagement commun du programme du Nouveau Front Populaire, à savoir  » abroger immédiatement les décrets d’application de la réforme d’Emmanuel Macron passant l’âge de départ à la retraite à  64 ans. « 

Ce jeux de dupes, FO a fait le choix de s’en démarquer dès l’ouverture de cette grande messe sociale le 27 février dernier en la quittant derechef, refusant de permettre  » au gouvernement de gagner du temps, en maintenant ou aggravant la contre-réforme des retraites. « 

Pourquoi il fallait en sortir.

Le 19 mars dernier, c’était, après le patronat de l’artisanat un jour plus tôt, au tour de la CGT, échaudée par la sortie du Premier Ministre, de lui emboîter le pas en quittant à son tour cette concertation au grand soulagement de sa base qui se demandait ce que la centrale de Montreuil allait faire dans cette galère, elle qui revendiquait mettre ainsi un pied dans la porte pour, y compris, arracher le retour aux 60 ans.

L’UNSA, qui s’est vu invitée à la première réunion bien que non-représentative au plan national, reste elle à l’affût d’un compromis sur le sujet. Là où Solidaires, qui s’offusquait dans un premier temps d’avoir été écarté comme s’il s’agissait d’un insigne honneur, a finalement boycotté, contrairement à la FSU, la réunion de déclinaison dans la Fonction Publique qui s’est tenue le 19 mars dernier en parlant de mascarade : comprenne qui pourra.

Pourquoi il continue quand même.

Pour faire bonne bonne figure, la CFDT, flanquée de la CGC et de la CFTC, poursuit les échanges avec le MEDEF et la CPME au sein de ce qu’il convient désormais d’appeler la délégation paritaire permanente sur les retraites.

Ils partagent une ambition commune à moyen terme : que le pilotage du régime général de retraite du secteur privé leur soit confié, au même titre que celui des complémentaires AGIRC-ARRCO des cadres et des non-cadres qui représentent jusqu’à 25 % du montant des pensions, eux qui en partenaires sociaux zélés ont toujours su trouver des accords en dépit de l’augmentation de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans sous Sarkozy, puis de 62 à 64 ans sous Macron.

Exit ainsi la décision politique et les mobilisations sociales qu’elle entraîne immanquablement, de 1995 à 2023, dès lors qu’on touche à celles-ci. Et, là où notre modèle de protection sociale, issu du programme pour l’après-guerre du Conseil National de la Résistance (CNR), résulte d’un choix de société, il serait remplacé par le règne des actuaires avec, au passage, des fruits encore plus conséquents du paritarisme à se partager. Quitte à froisser le pouvoir en place, dont cet électorat est le fond de commerce, en taxant les retraité-es les plus fortunés, les mêmes qui ont profité à plein du passage de 65 ans à 60 ans en 1982 avec l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, pour financer les pensions de celles et ceux à venir.

Que faire ?

L’intersyndicale nationale, un des rares acquis de la mobilisation monstre de 2023 avec le ressac en terme d’adhésions tous syndicats confondus,  n’en finit donc pas de se déliter (on peut cependant signaler le lancement, la veille de la journée anti-raciste du 22 mars, d’une campagne commune des huit organisations contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie au travail, le minimum syndical face à la montée de l’influence de l’extrême-droite dans le monde du travail).

C’est le bon moment de relire le dernier article de la plume de Trotsky, avant son assassinat en 1940, consacré aux syndicats et à leur décadence dans un monde qui l’est tout aussi pour mieux comprendre les tendances lourdes ainsi à l’œuvre :

 » Aux yeux de la bureaucratie du mouvement syndical, la tâche essentielle consiste à  » libérer  » l’État de l’emprise capitaliste en affaiblissant sa dépendance envers les trusts et en l’attirant à lui. Cette attitude est en complète harmonie avec la position sociale de l’aristocratie et de la bureaucratie ouvrière qui combattent pour obtenir quelques miettes dans le partage des sur-profits du capitalisme impérialiste. Dans leurs discours, les bureaucrates travaillistes font tout leur possible pour essayer de prouver à l’État – démocratique – combien ils sont dignes de confiance et indispensables en temps de paix, et plus spécialement en temps de guerre.  Le mot d’ordre essentiel dans cette lutte est :  indépendance complète et inconditionnelle des syndicats vis-à-vis de l’État capitaliste. Cela signifie : lutte pour transformer les syndicats en organes des masses exploitées et non en organes d’une aristocratie ouvrière. Le second mot d’ordre est : démocratie dans les syndicats. « 

Face à ce défi et à un exécutif arrogant mais plus faible et divisé que jamais, les militant-es ouvriers ne doivent pas se couvrir la tête de cendres mais au contraire :

– Populariser la proposition du bureau confédéral de la CGT du 3 mars dernier d’organiser unitairement (enfin !)  » une manifestation nationale fin mai/début juin pour donner une perspective de mobilisation forte et appuyer notre stratégie pour gagner une loi d’abrogation, qui sera mise en débat le 5 juin à l’Assemblée nationale  » qui pourrait être le réceptacle de toutes les colères qui montent vis-à-vis de l’austérité dans la culture et les universités ou les discours de divisons racistes démenties par le succès des manifestations de samedi dernier.

– Relayer la pétition initiée par L’APRÈS qui met y compris en avant la nécessité de développer les financements de ce bien commun qu’est la Sécurité sociale.

– S’appuyer sur l’opiniâtreté de notre classe sociale là où le rapport de la DARES sur les grèves en 2023 montre que le nombre de journées non travaillées a bondi de 73 % à cette occasion.

L’abrogation de la retraite à 64 ans passera non seulement par la fin des atermoiements qui n’ont pour finalité que de protéger Macron et comme conséquence de faire prospérer l’extrême droite, mais par une telle politique, offensive au plan social comme politique !

Laurent Degousée, le 24 mars 2025.

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