Depuis une mégaprison au Salvador…

Depuis une mégaprison au Salvador, une responsable de l’administration Trump avertit les migrants: « ne venez pas »

information fournie parAFP 27/03/2025 La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, s’exprime lors d’une visite d’une prison de sécurité maximale au Salvador, le 26 mars 2025 ( POOL / Alex Brandon )
La ministre américaine à la Sécurité intérieure Kristi Noem s’est affichée mercredi devant des détenus dans une mégaprison du Salvador vers laquelle l’administration Trump a récemment expulsé plus de 200 Vénézuéliens, avertissant les migrants auteurs de crimes qu’ils pourraient subir le même sort.

Posant devant des détenus alignés derrière les barreaux, aux torses nus arborant des tatouages, la responsable américaine a enregistré depuis cette prison de haute sécurité une vidéo adressée aux migrants illégaux: « Si vous commettez un crime, voici l’une des conséquences auxquelles vous pourriez faire face ».

« Tout d’abord, ne venez pas dans notre pays illégalement. Vous serez expulsés et vous serez poursuivis. Mais sachez que cette installation est l’un des outils de notre arsenal, que nous utiliserons si vous commettez des crimes contre le peuple américain », poursuit Mme Noem dans cette vidéo.

Le président américain Donald Trump a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une priorité, évoquant une « invasion » des Etats-Unis par des « criminels venus de l’étranger », et communiquant abondamment sur les expulsions de migrants.

Son administration a invoqué une loi d’exception utilisée jusqu’alors uniquement en temps de guerre pour expulser mi-mars 238 Vénézuéliens, depuis incarcérés dans le Centre de confinement du terrorisme (Cecot) du Salvador, considéré comme la plus grande prison d’Amérique latine.

Washington accuse ces suspects d’appartenir au gang criminel vénézuélien Tren de Aragua, qu’il qualifie d' »organisation terroriste ».

Caracas et les proches de ces migrants affirment au contraire qu’il s’agit simplement de personnes qui vivaient sans papiers aux Etats-Unis. Un cabinet d’avocats engagé par le gouvernement vénézuélien a déposé lundi un recours auprès de la Cour suprême du Salvador pour obtenir la libération de plusieurs de ces détenus.

Les expulsions ont eu lieu alors qu’un juge fédéral américain avait ordonné le même jour leur suspension temporaire. L’administration Trump a ensuite fait appel de cette suspension, mais un panel de trois juges l’a validée mercredi.

– Echange d’informations –

Dans le cadre d’une tournée régionale qui doit l’emmener en Colombie et au Mexique, Kristi Noem a aussi rencontré mercredi le président salvadorien Nayib Bukele.

Elle l’a à cette occasion remercié « pour sa collaboration » dans « l’acceptation des vols d’expulsion », selon un communiqué de presse de l’ambassade des Etats-Unis.

Les deux pays ont également signé un accord visant à partager des informations sur les casiers judiciaires des fugitifs afin de renforcer leur « engagement dans la lutte contre la criminalité transnationale », ajoute le communiqué.

Amnesty International a dénoncé mardi les expulsions vers le Salvador, qui « représentent non seulement un mépris flagrant des obligations des Etats-Unis en matière de droits de l’homme, mais également une étape dangereuse vers des pratiques autoritaires ».

Il « existe des preuves croissantes que de nombreuses personnes envoyées au Salvador ne sont pas membres du Tren de Aragua et qu’elles sont exposées à de graves violations des droits humains », estime pour sa part Juan Pappier, directeur adjoint pour les Amériques de Human Rights Watch, interrogé par l’AFP.

« Le principal danger est que (les États-Unis) continuent d’envoyer des innocents » dans des prisons salvadoriennes, s’alarme-t-il.

Selon la Maison Blanche, Washington a versé « environ six millions de dollars » au gouvernement Bukele pour incarcérer ces expulsés vénézuéliens.

– « Allié utile » –

M. Bukele « cherche à apparaître comme un allié utile » et « ne veut pas que les États-Unis renvoient des ressortissants (salvadoriens, ndlr) expulsés et c’est pourquoi il décide de se montrer accommodant », analyse le politologue Napoleon Campos.

M. Bukele a été salué dans son pays pour l’efficacité de sa lutte contre la criminalité depuis trois ans.

Environ 86.000 présumés membres de gangs ont été arrêtés dans le cadre de la lutte anti-gang entamée au Salvador. Plusieurs milliers d’entre eux ont été libérés après avoir été déclarés innocents.

Des organismes de défense des droits humains dénoncent régulièrement les méthodes expéditives du président Bukele.

Pour Carlos Carcach, un universitaire salvadorien, la coopération avec l’administration Trump renforce « l’image négative déjà associée au pays » en raison des méthodes de Nayib Bukele.

« Ce que nous voyons, c’est la consolidation d’un régime autoritaire au Salvador avec le soutien de la plus grande puissance mondiale », souligne M. Carcach auprès de l’AFP.

Gardé par des agents pénitentiaires, des militaires et des policiers, le Cecot a été inauguré en janvier 2023 et dispose d’une capacité de 40.000 détenus qui sont privés de visites familiales.

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