
La petite musique sur l’Ukraine épuisée, au bord de l’effondrement militaire, ne correspond pas à la réalité. Poutine la diffuse, il prend même la posture de la magnanimité en affirmant souhaiter que les masses de soldats ukrainiens encerclés se rendent, sans quoi il sera obligé de les tuer. Trump et Witkoff reprennent le même disque, en ajoutant des tremolos.
Or, ces masses de soldats encerclés n’existent pas. Le seul élément de vérité la-dedans est que la Russie grignote des territoires depuis des mois. Mais son armée est épuisée par d’énormes pertes en hommes et en matériel, elle n’a atteint aucun de ses objectifs (même la conquête de Louhansk est incomplète), et l’Ukraine fait mieux que résister: en plusieurs endroits du front (notamment Pokrovsk) elle a repris l’initiative; elle a reculé à Koursk mais attaque à Belgorod. Etc.
Les difficultés de l’Ukraine sont réelles (lassitude de la population, manque d’effectifs, carences du commandement, corruption…) mais il n’est pas plus question de débâcle ukrainienne qu’il n’était question de débâcle française en 1916-17, par exemple (en depit du territoire occupé à l’époque par le Kaiser).
Il faut se départir d’une impression trompeuse: le fond de l’affaire est que Trump, en realite, tente de voler au secours de Poutine, qui est incapable de vaincre. Il vole à son secours parce que tous deux ont le meme objectif: faire basculer l’Europe a l’extrême-droite et se partager le gâteau. Pour cela, il faut briser la resistance ukrainienne. Or, celle-ci ne s’explique pas sans l’attachement à des conquetes democratiques, insuffisantes certes, mais qui contrastent de plus en plus avec le neofascisme de Moscou.
Pour la gauche, la vraie, la conclusion s’impose: c’est Trumpoutine qu’il faut briser, et pour cela il faut d’abord que la Russie perde la guerre en Ukraine. Kyiv a donc besoin d’armes. Il faut les lui donner, tout de suite, et lui donner les moyens de les acquérir (en annulant la dette ukrainienne, en saisissant les avoir russes gelés, en interdisant tout achat d’hydrocarbures -ou de diamants…- à Moscou).
Mais il s’agit en même temps de ne pas se laisser manipuler par l’UE neoliberale, comme le font certains. En effet, cette UE veut profiter de la situation internationale pour faire un pas supplémentaire en direction d’une Europe-puissance, dotée d’une armée commune au service de ses propres objectifs imperialistes ( en Afrique, notamment!).
Face à cela, il s’agit au contraire de maintenir le cap sur une stratégie internationaliste, et pas nationaliste: le soutien aux droits democratiques et sociaux du peuple ukrainien, le soutien a celleux qui luttent sur deux fronts – contre Poutine et contre la politique neoliberale de Zelensky – en tant que pointe avancée d’un combat d’ensemble dont l’enjeu est redoutablement simple: victoire du neofascisme trumpoutinien, ou victoire des peuples.
La perspective internationaliste, c’est celle d’un soulèvement commun des classes populaires d’Europe contre tous les gouvernements neoliberaux. Aucun soutien à Macron, Starmer, von der Leyen et Cie. Leur politique pave le chemin de l’extreme-droite. La perspective de la gauche est celle d’un soulèvement commun contre l’austerite, la corruption, l’autoritarisme, et le militarisme. Un soulevement qui rende possible la constitution d’une AUTRE EUROPE, sociale, ecologique, democratique, généreuse, qui brise toutes les alliances militaires.
Les mouvements de masse en Turquie, en Grèce, en Serbie, en Georgie, en Hongrie, en Roumanie, indiquent le potentiel d’une telle orientation. A terme, elle peut soulever y compris les peuples de Russie et renverser le tyran. La victoire n’est jamais acquise d’avance, mais c’est en tout cas la seule ligne porteuse d’espérance.
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