
– Ceci n’est (malheureusement) pas un poisson d’Avril –
Époque orwellienne d’inversion permanente. Ce mercredi 2 avril, le président de la République a offert, à l’Élysée, un « prix contre le racisme et l’antisémitisme » à l’animateur Arthur et à « l’humoriste » Sophia Aram. Ce prix Jean Pierre-Bloch, rend hommage au résistant du même nom, humaniste, gaulliste et ancien président de la LICRA, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme. Cette récompense vise à honorer «un artiste et son œuvre» en lien avec les droits de l’Homme.
Et en guise d’amis des droits humains, le casting est bien choisi : un animateur exilé fiscal, pro-israélien et mis en cause pour des violences sexistes, et une comique pas marrante mais obsessionnellement islamophobe.
Dans son discours d’introduction, Macron en a profité pour cogner sur la gauche, estimant que le « poison antisémite » aurait essaimé « jusqu’à certains rangs de la gauche pour qui l’antisionisme fait office d’alibi ». Mêler l’antisionisme et l’antisémitisme est non seulement calomnieux mais c’est aussi un cadeau aux antisémites. Il a poursuivi : « Il ne suffit pas d’être contre l’extrême droite pour être pour la République lorsqu’on propage des propos antisionistes et antisémites, de la même façon qu’il ne suffit pas d’être contre l’extrême gauche pour protéger les Juifs ». Kamoulox. Examinons un peu les deux lauréats.
Sophia Aram
Elle commence sa carrière à la télévision dans les émissions de son ami Arthur, pour le groupe Endemol, énorme machine à divertissement, qui a notamment produit les pires émissions de téléréalité. Dans les années 2010, Sophia Aram obtient des chroniques sur France Inter, où elle joue le rôle de l’humoriste de centre-gauche qui se moque du Front National, mais pas trop méchamment non plus, puis une chronique dans Le Parisien. Au fil des années, elle est de moins en moins drôle et de plus en plus islamophobe, au point d’être aujourd’hui proche du Printemps Républicain.
Dans ses spectacles, elle pourfend désormais les « wokes » en mimant un personnage ridicule qui fait des « cœurs avec la main » et des « vagins avec les doigts ». Désopilant.
En mai 2024, Sophia Aram a créé un immense malaise lors de la cérémonie des Molières en dénonçant longuement le prétendu « silence assourdissant » du monde de la culture concernant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. L’humoriste vit dans une réalité parallèle. Non seulement le 7 octobre sert à justifier un génocide colonial à Gaza, mais on ne parle que de ça, tout le temps, en France, pour justifier l’injustifiable.
Dans la même veine, elle déclarait sans trembler « qu’il n’y a pas plus d’apartheid en Israël que de génocide à Gaza » ou faisait un sketch entier sur l’explosion des bipeurs commises par Israël au Liban, qui a tué et blessé des milliers de civils. Elle a aussi été saluée par le magazine Valeurs Actuelles pour avoir affirmé que « l’extrême gauche est totalitaire et stupide ».
Le 24 décembre dernier, Sophia Aram surnommait sur Twitter l’élu Insoumis Aymeric Caron «Abou Aymeric el Versailly». Une pratique typique de l’extrême droite : nommer des élus avec des noms à consonance arabe, pour insinuer qu’ils seraient des traîtres. Sophia Aram a aussi parlé des « Fatwa de Caron ». Cette méthode avait été utilisée contre Alain Juppé surnommé “Ali Juppé » ou François Fillon transformé en « Farid Fillon » par exemple. Sophia Aram s’est défendue en expliquant que : «“Abou + nom + ville d’origine” n’est pas un “prénom arabe”. C’est la forme qu’utilisent les jihadistes ». Elle assimile donc un député de gauche au djihadisme parce qu’il dénonce le racisme. C’est encore pire.
Entre autres énormités, Aram a aussi a sorti que « l’extrême gauche hurle à l’islamophobie contre tout individu ne se ralliant pas à l’idée saugrenue de faire du voile un symbole d’émancipation des femmes ». Tout récemment, elle signait un appel du magazine Le Point visant à censurer l’encyclopédie en ligne Wikipédia, accusée d’être trop à progressites.
Enfin, et c’est sans doute le pire, elle fait dans ses spectacles l’éloge de Mila, militante identitaire pro-Zemmour avec qui elle a pris la pose en 2024. Mila publie régulièrement des messages racistes, affirmant qu’il faut « casser la bouche » des « arabes » ou qu’une « immense partie des familles maghrébines sont consanguines». Ça méritait bien une récompense du président.
Arthur
Arthur, Jacques de son vrai prénom, aime les décorations. En 2023, il avait reçu la légion d’honneur des mains de Sarkozy, «la plus haute décoration honorifique française qui récompense les services éminents la Nation». Il n’a pourtant rien fait d’autre qu’animer des émissions débiles. Il est aussi un champion de l’optimisation fiscale, en domiciliant sa holding au Luxembourg, et en devenant résident fiscal belge en 2013. Il possède notamment un yacht de 50 mètres. En 2019, sa fortune était évaluée à 420 millions d’euros.
Arthur est un sioniste féroce, qui estime par exemple qu’« Israël vit avec Gaza ce que l’Ukraine vit avec la Russie ». Un minuscule territoire sous blocus, privé d’eau et d’électricité, entièrement ravagé, peut être comparé à une puissance impérialiste comme la Russie, et un État fasciste et militarisé, violant toutes les règles du droit international et armé par les USA à un pays victime d’agression.
Arthur a une cible favorite : l’eurodéputée Rima Hassan, qu’il accuse de faire « l’apologie du Hamas » et d’être « une antisémite patentée ». Alors que Rima Hassan était conviée à la cérémonie en l’honneur des «40 femmes de l’année 2023» du magazine économique Forbes, Arthur avait lancé la charge en diffamant la juriste, rejoint par les représentants du CRIF, par Julien Bahloul et autres personnalités sionistes, suprémacistes et racistes.. Une agitation qui avait entraîné l’annulation de l’événement.
Arthur est proche de l’association Diaspora Defense Force, à laquelle il a participé à une soirée. C’est une organisation soutenant activement l’armée israélienne dans son action à Gaza.
Enfin, Arthur est mis en cause pour des dizaines d’actes sexistes. En décembre, le média féministe «L’Effrontée» mettait en ligne un montage d’extraits d’anciennes émission de l’animateur : quatre minutes d’archives où on le voyait tenir des propos et avoir des gestes honteux dans un sentiment d’impunité totale : baiser sur la bouche forcé, robes soulevées, attouchements, humiliations et commentaires déplacés sur le physique des candidates…Certains de ces gestes sont pénalement répréhensibles.
Profitant de son ascendant sur des femmes stressées et sidérées sur un plateau où il est le maître, Arthur avait par exemple fait semblant de fouetter les fesses d’une candidate en déclarant «plus tu résistes, plus je te dompterai» avant de lui embrasser le cou en répétant : «j’ai toujours aimé un peu les femmes qui me résistaient».
Pourtant issue de vidéos publiques et consultables en ligne, Arthur avait mobilisé son équipe pour faire censurer la vidéo de tous les réseaux sociaux. Résultat : de nombreux comptes avaient vu leur post supprimé. Selon son avocate, l’animateur se sentirait visé par une «campagne de cyberharcèlement calomnieux», et il a exigé du réseau X et du groupe Meta de lui fournir des données permettant d’identifier les détenteurs de comptes litigieux pour les poursuivre. Une procédure a été ouverte contre les comptes qui ont diffusé la vidéo, pour une prétendue «discrimination en lien avec la religion». Montrer les émissions d’Arthur serait donc antisémite. Voilà qui méritait bien une récompense pour « humanisme ».
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