Avec sa manifestation, la riposte de Marine Le Pen vire à l’impasse stratégique

Le meeting organisé ce dimanche à Paris parachève la régression du parti lepéniste vers un discours radical et antisystème.

CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
Un événement organisé à Marseille (Photo by Clement MAHOUDEAU / AFP)

POLITIQUE – Expert en poliorcétique, Sébastien Le Prestre de Vauban a laissé en héritage sa « ceinture de fer », dotant plusieurs cités du royaume de France de systèmes défensifs. Trois siècles plus tard, sur la place parisienne qui porte son nom, c’est en s’imaginant citadelle assiégée que le Rassemblement national va sonner la riposte, ce dimanche 6 avril, après la lourde condamnation de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires.

Une peine qui obscurcit considérablement l’avenir politique de la cheffe de file du RN, frappée d’une inéligibilité avec exécution provisoire car jugée coupable de détournement de fonds publics en première instance. Ce rassemblement, organisé « dans le cadre de la mobilisation populaire et pacifique » lancée par le parti d’extrême droite, intervient après une semaine d’attaques féroces contre la justice, accusée d’empêcher Marine Le Pen de se porter candidate en 2027 pour des raisons politiques.

« Barbouzerie judiciaire »

Jordan Bardella a manifestement repéré le piège. « Ce n’est pas un coup de force. C’est une mobilisation, en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a-t-il tenté de justifier, ignorant la contradiction entre le mot d’ordre de la mobilisation et le dénigrement systématique de l’institution judiciaire, pilier de la démocratie. Des circonvolutions sémantiques réduites à néant par de hauts cadres de son propre parti, lesquels ne s’embarrassent pas de pudeurs. « L’objectif du meeting est de protester contre cette barbouzerie judiciaire qui vise à empêcher Marine Le Pen, donnée à 37 % dans les sondages, d’être candidate », flingue dans 20 Minutes Philippe Olivier, conseiller spécial de la vraie cheffe du RN.

Là réside la principale difficulté pour Marine Le Pen : contester une décision de justice, sans passer pour une ennemie de l’État de droit ou partisane d’une justice d’exception magnanime avec les puissants. Une ligne de crête d’autant plus difficile à négocier que ce discours « anti-establishment » aux relents complotistes a suscité le soutien gênant de tous les autocrates de la planète, de Donald Trump à Vladimir Poutine en passant par Viktor Orbán.

Le risque du flop

Des figures qui, comme le souligne l’expert Mathieu Gallard auprès du HuffPost, restent très mal perçues en France. Et qui, on y revient, peuvent faire pencher la balance frontiste du côté de la diabolisation. « Marine Le Pen est prise à son propre piège. Si elle est normalisée, elle doit accepter la décision d’un tribunal. Or, elle est en train de détruire la stratégie construite depuis des années, notamment en miroir de LFI », analyse dans Le Monde Luc Roubanle politiste associé au Centre national de la recherche scientifique.

Plus délicat encore pour l’intéressée, la théorie d’une sanction spécialement calibrée pour empêcher « le peuple » de glisser un bulletin à son nom en 2027 ne semble pas convaincre les Français. Sondage après sondage, l’opinion juge majoritairement que la peine est appropriée. Selon une étude réalisée par YouGov par Le HuffPost, 56 % des personnes interrogées jugent que c’est une « bonne chose » qu’un responsable politique condamné soit frappé d’inéligibilité. Seuls les soutiens du RN sont hostiles à cette idée.

Ce qui montre que le seul bénéfice de cette stratégie est de sauver les meubles, en tentant de conforter la base électorale du parti lepéniste. Au risque de battre en retraite vers les frontières de la marginalisation. Ce qu’une mobilisation ratée pourrait favoriser. Et le risque existe. Selon le très droitier Valeurs actuelles citant une source préfectorale, 8 000 personnes sont attendues à Paris ce dimanche. Bien loin des 30 000 à 50 000 personnes qui étaient venues soutenir le candidat François Fillon en 2017 en plein « Penelope Gate ».

Sollicité par Le HuffPost sur cette projection pessimiste, l’entourage de Jordan Bardella n’a pas donné suite. Ce samedi, à Marseille, le RN local avait donné rendez-vous aux sympathisants de la cause mariniste au Florida Palace. Capacité de la salle : 2 000 personnes. Nombre de soutiens constatés sur place par l’AFP : 500. On a effectivement connu garnison plus fournie pour tenir un siège.

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