Israël annonce vouloir s’emparer de «larges zones» de Gaza via l’extension de ses opérations

Israël a annoncé, mercredi 2 avril, l’extension de ses opérations militaires pour s’emparer de « larges zones » de la bande de Gaza. Le ministère de la Défense a annoncé inclure ces parties dans ses zones de sécurité, ce qui pourrait entraîner des déplacements massifs de population. Le même jour, la Défense civile dans l’enclave palestinienne a recensé une trentaine de personnes tuées dans des frappes israéliennes, deux semaines après la rupture de la trêve.

Des Palestiniens inspectent le site d’une frappe israélienne sur une maison, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 2 avril 2025. © Reuters/Hatem Khaled

Sous couvert d’opérations militaires, lentement, mais sûrement, Israël se lance dans l’accaparement des terres gazaouies, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Sami Boukhelifa. Au début de la guerre, le Premier ministre Benyamin Netanyahu avait pourtant assuré ne pas vouloir « occuper Gaza » : mais cela sous l’administration américaine de Joe Biden, opposée à la colonisation. Depuis, la Maison Blanche a changé de locataire et de politique.

L’opération militaire israélienne s’étend « pour écraser et nettoyer la zone des terroristes et des infrastructures terroristes, et pour s’emparer de vastes zones qui seront intégrées dans les zones de sécurité d’Israël », a déclaré le ministre de la Défense Israël Katz. « J’appelle les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages », a-t-il ajouté.

Israël Katz a déclaré dans son communiqué que des évacuations seraient ordonnées pour extraire les habitants des zones de combat. Autant de mesures qui semblent répondre au plan de Donald Trump, qui avait proposé de déplacer les Gazaouis en Égypte et en Jordanie, et qui « doit être mis en œuvre », a plaidé le Premier ministre Benyamin Netanyahu. Alors que cela pourrait constituer un nettoyage ethnique, Israël parait ne pas s’en inquiéter : soutenu par Donald Trump, tout devient possible.

Israël va réoccuper 25%, soit un quart de la bande de Gaza, avait déclaré cette semaine un haut responsable israélien. Et l’armée ordonne à la population gazaouie l’évacuation de Rafah et d’une partie de Khan Younès, au sud de la bande de Gaza.

Le Royaume-Uni n’a pas tardé à réagir, en déclarant « ne pas soutenir » l’extension des opérations militaires d’Israël à Gaza, a annoncé mercredi le sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères britannique, Hamish Falconer, se disant « profondément préoccupé » par la reprise des hostilités. « Le Royaume-Uni ne soutient pas l’extension des opérations militaires d’Israël, a déclaré Hamish Falconer. La poursuite des combats et de l’effusion de sang n’est dans l’intérêt de personne. Toutes les parties, y compris Israël, doivent respecter le droit humanitaire international ».

De nouvelles frappes

Mercredi matin, les secouristes de Gaza ont annoncé que plusieurs frappes israéliennes ont fait au moins une trentaine de morts, entre Jabalia, Nousseirat et Khan Younès. L’armée a « frappé des terroristes du Hamas dans la zone de Jabalia [qui] se cachaient dans un poste de commandement », indique un communiqué militaire. Interrogé par l’AFP, un porte-parole de l’armée a confirmé que la frappe avait visé un bâtiment de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) habitant une clinique. Selon la Défense civile de la bande de Gaza, au moins 19 personnes, dont des enfants, ont été tuées dans cette frappe. Sollicitée par l’AFP, l’Unrwa a indiqué ne pas avoir de confirmation à ce stade d’une frappe sur ses locaux à Jabalia. Interrogée, l’armée israélienne n’a fait aucun commentaire.

Un peu plus tôt, toujours selon la Défense civile, 13 personnes ont été tuées dans un bombardement qui a visé « une maison abritant des personnes déplacées » à Khan Younès, dans le sud, et deux autres par une frappe sur une maison à Nousseirat, dans le centre du territoire.

Israël Katz avait déjà annoncé, le 21 mars, avoir ordonné à l’armée de « saisir davantage de territoire » dans la bande de Gaza, en menaçant d’annexer ces régions si le mouvement islamiste ne libérait pas ses derniers otages. Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l’entrée de l’aide humanitaire, aggravant les pénuries dans le territoire assiégé. « Plus le Hamas continuera à refuser de libérer les otages, plus il perdra de territoire, qui sera annexé à Israël », avait-il dit.

L’armée israélienne a déjà grandement élargi la zone tampon qui existait avant la guerre le long des frontières de Gaza. Elle en a depuis créé une autre, le corridor de Netzarim, qui coupe le territoire en deux en son milieu.

Les dirigeants israéliens semblent ainsi vouloir profiter des signes de contestation civile contre le Hamas apparus récemment dans la bande de Gaza pour accroître la pression sur le mouvement islamiste, qui contrôle l’enclave depuis 2007.

Le Forum des familles d’otages « horrifié » par l’annonce

La trêve, entrée en vigueur le 19 janvier après 15 mois de guerre, s’est effondrée le 18 mars, lorsque l’armée israélienne a repris ses bombardements aériens, puis son offensive terrestre contre le Hamas dans le territoire palestinien. Selon le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, 1 042 personnes ont été tuées depuis cette date, portant le bilan total à 50 399 morts depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023.

Le Forum des familles, la plus grande association de proches d’otages en Israël, s’est dit mercredi « horrifié » par l’annonce du ministre de la Défense. « Au lieu de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre, le gouvernement israélien envoie davantage de soldats à Gaza, pour combattre dans les mêmes zones où ils se sont battus encore et encore, ont déclaré les familles. Expliquez comment cette opération sert l’objectif du retour des otages et comment vous comptez éviter leur mise en danger. »

La nouvelle incursion d’un ministre dans l’esplanade des Mosquées est une « escalade dangereuse » pour la Jordanie

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Le même jour, Israël semble vouloir réaffirmer son autorité sur les territoires qu’ils occupent déjà. C’est le message qu’envoie le très controversé ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. Ce dernier s’est rendu mercredi sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est.

Le troisième lieu saint de l’islam est également sacré pour les juifs, qui l’appellent mont du Temple. Mais ce sanctuaire est régi par un statu quo historique depuis 1967 et le début de l’occupation israélienne illégale de Jérusalem-est, partie palestinienne de la ville : il doit rester sous administration musulmane et les non-musulmans peuvent s’y rendre mais seulement à des heures précises, sans y prier.

Le rabbinat interdit aux fidèles juifs de se rendre sur l’Esplanade de peur de profaner les lieux, dont l’esplanade est bâtie sur les ruines du second temple juif, détruit en l’an 70 par les Romains.

Mais avant même le 7 octobre et le début de la guerre en cours à Gaza, les juifs nationalistes rejetaient cette règle. Ils revendiquent la souveraineté israélienne sur l’esplanade des Mosquées et appellent même à l’annexion de l’ensemble des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza.

Dans un communiqué publié mercredi encore, la Jordanie, qui administre l’esplanade, a dénoncé une « escalade dangereuse ». Le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné dans un communiqué « la prise d’assaut de la mosquée Al-Aqsa par le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, aujourd’hui, sous la protection de la police d’occupation ». Amman dénonce une « escalade dangereuse », une « provocation inacceptable » et une « violation du caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa et de son statu quo historique ».

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