MĂ©lenchon: đ’đšđąđ« đâ€™đžÌđ„đžđœđ­đąđšđ§, đ­đšđźđ« đâ€™đĄđšđ«đąđłđšđ§ đšÌ€ 𝐜𝐡𝐚𝐼𝐝

Ceci est un tour d’horizon sur le deuxiĂšme tour des Ă©lections municipales.
Cette journée de vote auraconfirmé et amplifié la percée au premier tour des listes présentées par le Mouvement insoumis. Manuel Bompard résume bien notre résultat.
« D’ores et dĂ©jĂ , aprĂšs Saint-Denis (150 000 habitants) la semaine derniĂšre, les listes prĂ©sentĂ©es par la France insoumise l’emportent d’ores et dĂ©jĂ  Ă  Creil (36 000 habitants), Ă  Roubaix (100 000 habitants), Ă  VĂ©nissieux (66 000 habitants), Ă  Saint-Fons (20 000 habitants), au Tampon (82 000 habitants), Ă  La Courneuve (47 000 habitants) Vaux-en-Velin (52 000) ou Ă  Sarcelles (59 000 habitants – liste citoyenne soutenue par LFI).
Ailleurs, la France insoumise permet la victoire de la gauche Ă  Lyon, Ă  Nantes, Ă  Grenoble ou Ă  Tours. À Bordeaux ou Ă  Cherbourg, le refus d’EELV ou du PS de fusionner leur liste avec les insoumis conduit Ă  la victoire de la droite. Malheureusement, Ă  Toulouse, Ă  Besançon, Ă  Clermont-Ferrand ou Ă  Limoges, les discours de division du Parti socialiste empĂȘchent de conserver ces villes ou de les faire basculer Ă  gauche. Pire encore, Ă  AngoulĂȘme, le maintien d’une liste Place Publique empĂȘche la reprise de la ville par la gauche insoumise et communiste et la dĂ©faite de la droite.
L’enseignement est clair : la France insoumise permet des victoires populaires et fait avancer la gauche quand les diviseurs du PS et de Place Publique la font reculer ».
Le bilan global : Ă  l’avenir, plus d’un millier d’élus insoumis siĂšgeront donc dans des conseils municipaux oĂč ils formeront un groupe distinct. Leurs votes aux prochaines Ă©lections sĂ©natoriales devraient nous permettre de siĂ©ger lĂ  oĂč nos anciens partenaires de la vieille gauche nous avaient refusĂ© toute place. Au total, c’est un franc et net succĂšs pour notre premiĂšre participation aux Ă©lections municipales.
Nous sommes aussi venus au secours de nombreuses listes de la vieille gauche traditionnelle menacĂ©es d’ĂȘtre Ă©liminĂ©es par la droite. Parfois, cela aura Ă©tĂ© un succĂšs. D’autres, non ? Mais il ne faut jamais oublier que la principale difficultĂ© est d’abord venue du faible score des sortants au premier tour. Qu’il s’agisse des Écologistes ou des socialistes, nous sommes venus au secours d’équipes souvent dĂ©jĂ  bien dĂ©prĂ©ciĂ©es, incapables de gagner seules. LĂ  oĂč ils sont venus avec nous, c’est parce qu’ils avaient eux-mĂȘmes Ă©chouĂ© Ă  gagner dans les prĂ©cĂ©dentes Ă©lections Ă  deux occasions auparavant, comme Ă  Toulouse ou Limoges. Le PS nous a entraĂźnĂ©s dans sa chute. Mais nous n’avons pas de regrets. La dĂ©monstration est faite. Nous sommes une force utile lĂ  oĂč d’autres sont de simples opportunistes sans boussole. Car Ă  Lyon, Nantes, Tours, Grenoble, notre engagement unitaire a permis la victoire. On devine alors ce que vaut l’argument sur LFI « bon pour le premier tour mais mauvais pour le second ». C’est parce que les autres Ă©taient mauvais dans leur rĂŽle qu’ils ont perdu. Ils perdaient avant Ă  chaque occasion Ă  Toulouse, Ă  Limoges et ailleurs. Notre but a Ă©tĂ© d’assumer notre responsabilitĂ© en nous mobilisant pour barrer la route Ă  la droite et Ă  l’extrĂȘme droite.
En d’autres lieux, ce fut un Ă©chec. La mobilisation conjointe n’a pas suffisamment compensĂ© le retard et le discrĂ©dit des sortants, observĂ© au premier tour.
Cela s’explique. Une longue diabolisation diffamante a Ă©tĂ© orchestrĂ©e contre les Insoumis. En s’y associant, toute honte bue, divers clans socialistes ont profondĂ©ment divisĂ© les bases Ă©lectorales pourtant indispensables pour gagner l’élection. Car l’union des sigles n’est pas l’unitĂ© des Ă©lecteurs. Mais on voit ici qu’ils se sont aussi tirĂ© une balle dans le pied. Le rĂ©sultat des Ă©lections ne va pas amĂ©liorer l’ambiance. L’exemple du refus de tout accord dans les deux premiĂšres villes de France, Paris et Marseille, a heurtĂ© de nombreuses consciences pourtant disponibles.
Notre inquiĂ©tude a Ă©tĂ© trĂšs vive Ă  Marseille, oĂč le mauvais bilan des sortants a menacĂ© de dĂ©faite la ville d’une victoire de l’extrĂȘme droite. Le sectarisme du maire sortant refusant toute discussion a empĂȘchĂ© la jonction des listes. Nous dĂ©nonçons ce choix brutal oĂč le PS a donnĂ© le droit Ă  l’extrĂȘme droite d’ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e au conseil municipal et l’a refusĂ© aux Insoumis. Mais nos candidats ont prĂ©fĂ©rĂ© Ă  juste titre se retirer plutĂŽt que de prendre le risque d’un succĂšs du Rassemblement National.
BenoĂźt Payan s’est donc fait reconduire une nouvelle fois Ă  la faveur d’un chantage. Marseille mĂ©rite mieux. Notre opposition Ă  cette Ă©quipe de rescapĂ©s se fera donc sur le terrain des luttes directes.
Le fond prĂ©occupant de la situation gĂ©nĂ©rale ne doit pas ĂȘtre occultĂ© par la satisfaction du travail bien fait. Tout tĂ©moigne de l’essoufflement morbide de la dĂ©mocratie française. Elle ne cicatrise pas les refus du rĂ©sultat des grands votes fondamentaux. Comme celui du rĂ©fĂ©rendum de 2005, oĂč le « non » a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme un « oui ». Ou comme la nĂ©gation du rĂ©sultat des lĂ©gislatives anticipĂ©es de 2024. Mais le dĂ©ni s’est renouvelĂ© encore aprĂšs la chute des deux premiers gouvernements de ce mandat prĂ©sidentiel.
Dans ce contexte, le monde politique traditionnel continue son effondrement. Et avec lui toute la structuration idĂ©ologique qu’il portait. Pour voir cette rĂ©alitĂ©, il faut regarder sous le bon angle. Les signaux ne sont pas lĂ  oĂč on les cherche d’habitude. Les rĂ©sultats Ă©lectoraux par Ă©tiquette politique ne disent pas tout. Le niveau d’abstention ne dit pas tout non plus, en dĂ©pit de l’importance du plus fort taux d’abstention de la Vᔉ rĂ©publique au premier tour. Les conditions de l’élection elles-mĂȘmes en disent davantage sur la place de la politique dans cette Ă©lection que bien d’autres aspects. Accordons-nous bien sur ce que « politique » veut dire. La politique, c’est le dĂ©bat Ă  propos de l’action Ă  mener pour le bien commun. Elle porte donc en elle une obligation de dire et de prouver. Mais dans sept communes sur dix, il n’y a qu’une seule liste proposĂ©e au vote. Il n’y a donc pas de « dĂ©bats » possibles. Sans dualitĂ© d’options, il n’y a donc plus de « politique » ni avant, ni pendant, ni aprĂšs l’élection. LĂ , dĂšs le premier tour, tout est rĂ©duit Ă  l’apprĂ©ciation que l’on porte sur les personnes candidates. Et alors on ne peut faire qu’une chose : tout approuver d’avance les yeux fermĂ©s, ou tout rejeter aussi aveuglement. Le rĂ©sultat n’a donc aucune signification politique globale dans l’esprit des gens. Ce vide est profond, contagieux et dĂ©composant. Car Ă  cela s’ajoute autre chose de non moins dĂ©politisant. En effet, au niveau national, toutes tailles de population communale confondues, quatre listes sur cinq n’ont aucune Ă©tiquette. Aucune ! Impossible donc de savoir quels principes politiques guideront l’action entreprise demain au moment oĂč l’on vote.
Au total, l’addition des abstentions, des listes uniques et de celles sans Ă©tiquette constitue une masse considĂ©rable. En ce sens, le « terrain politisĂ© » s’est amplement dissout.
D’un certain point de vue, cette ambiance trouve aussi son expression dans le dĂ©gagisme qui imprime sa marque sur le tableau de la soirĂ©e. Beaucoup de sortants ont Ă©tĂ© sortis. Cela ne peut effrayer le mouvement Insoumis ni contrarier ses objectifs.
À nos yeux, l’essentiel est l’émergence politique de la Nouvelle France partout prise en charge par les listes insoumises. C’est donc bien une rĂ©alitĂ© sociale, culturelle et nationale qui s’est exprimĂ©e, dont seuls les insoumis ont dĂ©tectĂ© la prĂ©sence sous-jacente dans la vie du pays. La nouvelle France est d’abord un fait indĂ©pendant de tout calcul politique. Mais c’est aussi un projet en construction tel que le formule le programme « L’Avenir en commun ». C’est pourquoi, Ă  nos yeux, le rĂ©sultat des deux tours de ces municipales ouvre directement le cycle de l’élection prĂ©sidentielle de 2027.