Créer des mares en pleine ville : une jolie manière de lutter contre les moustiques

 Reporterre
Par Chloé Rébillard et Isabelle Miquelestorena (photographies)

25 avril 2026

Et si on comptait sur la voracité des libellules contre les larves des moustiques ? Une commune de la côte basque a accepté la proposition d’une association : créer des mares, refuges de biodiversité et petits bouts de nature en ville.

 

Bidard (Pyrénées-Atlantiques), reportage

Au bord du parking de l’école de Bidart, sur la Côte basque, un sifflement haut perché en provenance d’une pelouse retentit. Le cri d’un oiseau « C’est un crapaud alyte accoucheur, corrige Charlotte Mulet, responsable de projet au sein de l’association Bio Divers Cité. Il est classé sur la liste rouge des espèces en voie d’extinction mais au Pays basque il est assez présent. » S’il coasse ainsi à deux pas des bancs de l’école élémentaire, c’est qu’une mare a été installée en plein centre de la ville, sur l’espace vert qui longe le parking.

Ce choix s’inscrit dans l’engagement de l’association qui milite pour ramener de la nature et des écosystèmes vivants en ville. Parmi les combats que porte Charlotte Mulet figure celui de réhabiliter l’image de la mare : elles sont parfois perçues, à tort, comme des nids à moustiques et les communes ont tendance à les assécher et les détruire. Les points d’eau en ville se sont considérablement réduits et plus encore depuis qu’un nouvel invité indésirable étend son territoire en France métropolitaine : le moustique-tigre.

Charlotte Mulet, à l’origine de l’association depuis sa création en 2018, œuvre pour la protection de la biodiversité en milieu urbain. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Le moustique tigre, un vecteur de maladies

François Meurgey, entomologiste au Museum d’histoire naturelle de Nantes souligne que l’insecte venu des tropiques est arrivé grâce à l’humain : « Ce sont nos comportements qui lui offrent des conditions de vie idéales pour qu’il s’installe. » Le changement climatique et les échanges commerciaux ont favorisé son arrivée tandis que les espaces urbains sont des lieux de vie propices à son développement. Pour le spécialiste, le risque épidémique à horizon 2030 est « plus que probable ».

Le nombre de foyers des maladies transmises par le moustique-tigre (chikungunya, dengue et zika) ne cesse d’augmenter chaque année en France métropolitaine. Des cas autochtones de chikungunya ont ainsi été détectés pour la première fois en Nouvelle-Aquitaine à l’été 2025.

Larves, œufs et insectes aquatiques témoignent d’une vie foisonnante toute l’année. En ce début de mois d’avril, un batracien a déposé une ponte. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Dans ce contexte, limiter la propagation du diptère est un enjeu de santé publique. Première action à réaliser, il faut éliminer les potentiels gîtes larvaires du moustique : vider les arrosoirs, les gouttières et même « la gamelle du chat », souligne François Meurgey, qui réalise des interventions auprès des habitants pour les sensibiliser à ces gestes de salubrité.

Un panneau pédagogique permet de comprendre l’intérêt de la mare. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Il pointe également l’architecture de certains nouveaux bâtiments avec des terrasses sur plots, véritables aubaines pour les moustiques qui y trouvent un environnement idéal pour se reproduire. « Il va falloir repenser notre façon de construire », reprend l’entomologiste.

Les mares attirent les prédateurs du moustique

Tous les points d’eau sont-ils pour autant indésirables ? Non, répond Charlotte Mulet. Dans les mares qu’elle met en place avec son association, elle installe des pentes douces, de la végétation… Résultat, un véritable écosystème équilibré se développe avec notamment des prédateurs du moustique. « Ici, en trois semaines, les libellules sont arrivées », note-t-elle en plongeant la main dans le bassin pour en sortir une larve de libellule quelque peu assoupie par la froideur de l’eau.

Nommé « dragonfly » (« dragon volant ») en anglais, cet insecte est un carnivore vorace dont les larves dévorent celles du moustique. Quant aux adultes, elles peuvent avaler jusqu’à une centaine de diptères par jour.

Chaque mare est unique : profondeur, surface et aménagement varient selon les besoins et contraintes du projet. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Ce n’est pas le seul prédateur que ces mares attirent. Dans les plantes qui recouvrent une partie du point d’eau, un petit amas de perles blanchâtres surnage : un batracien a trouvé là le lieu idéal pour pondre ses œufs. Peut-être s’agit-il de l’alyte accoucheur qui siffle, tapi dans l’herbe à quelques pas de là.

Un peu plus loin, des têtards se collent au fond de la vase. Or, parmi le menu des amphibiens figure en bonne place… le moustique. La mare constitue également un lieu pour que les oiseaux insectivores, tels que les hirondelles et martinets, viennent se désaltérer. « L’été dernier, lorsque nous venions sur place, il n’y avait aucun moustique », s’enthousiasme Charlotte Mulet. Elle en est persuadée : ces petites retenues d’eau sont un moyen de réintroduire des prédateurs en ville et ainsi de contribuer à limiter la propagation des insectes piqueurs.

Dans le jardin Gramont, au siège de l’association à Biarritz, de nombreuses espèces ont colonisé la mare. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Des outils pédagogiques pour sensibiliser

« Il faut qu’elles soient bien réalisées et qu’il y ait un suivi car une mare qui ne se comble pas, ça n’existe pas. Et les libellules sont plus exigeantes en qualité de l’eau que le moustique », prévient François Meurgey. Un suivi que la chargée de projet assure à Bidart. La commune, qui est l’une des seules à avoir accepté un tel projet, verse à Bio Divers Cité de quoi assurer quelques heures de travaux sur place : « On cure la mare par tiers. Chaque année, on réaménage une partie pour qu’elle reste en eau », explique Charlotte.

Pour l’entomologiste, l’intérêt des mares n’est pas seulement dans le nombre de moustiques dévorés par les espèces qui s’y trouvent : « Les mares ont un intérêt paysager, pédagogique pour le lien avec les habitants et elles favorisent la biodiversité. L’idéal est de les associer à des nichoirs. » Le scientifique plaide aussi pour qu’un suivi soit effectué par un écologue afin de mesurer l’impact de ces réalisations.

« L’idéal est de les associer à des nichoirs »

En attendant de connaître leurs potentielles conséquences sur la population de moustiques, Charlotte Mulet savoure les retours des habitants. Car les petits points d’eau mis en place par son association sont autant d’outils pédagogiques pour ramener du lien entre les urbains et la biodiversité. « L’année dernière, nous avons accueilli des enfants du centre de loisir de Biarritz sur notre terrain, raconte la responsable associative. Ils observaient les libellules et venaient me voir tout contents toutes les trente secondes pour me dire : “elle a changé de couleur !“, “elle a laissé sa peau sur la feuille !“ »

Les exuvies permettent de référencer assez précisément le nombre de libellules présentes sur les lieux. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Chargés de compter les libellules, les enfants ont récupéré les exuvies, la cuticule dont se débarrasse l’insecte au moment de sa mue. « Grâce à leur comptage, on sait qu’une seule de nos mares peut accueillir plusieurs centaines de libellules », dit-elle en montrant le bocal dans lequel elle a gardé des mues collectées par les petits.

Et dans les jardins privés ?

« Une mare isolée ne servira pas à grand-chose car la capacité de reproduction du moustique et sans commune mesure avec celui de ses prédateurs », prévient François Meurgey. Pour parvenir à un résultat significatif, il faudrait donc multiplier ces initiatives, avec les collectivités mais aussi les particuliers.

Sur la côte basque, Bio Divers Cité est en train de constituer un groupe de volontaires avec des personnes qui ont envie de créer une mare au sein de leur jardin afin de les former. L’idée est d’expliquer comment procéder, les erreurs à ne pas commettre et l’entretien nécessaire pour maintenir le lieu dans un bon état écologique. Et ensuite de laisser chacun faire son chemin car la petite structure, qui compte trois salariées et quelques services civiques, n’a pas les moyens d’assurer le suivi de dizaines de bassins.

Chaque mare est unique : profondeur, surface et aménagement varient selon les besoins et contraintes du projet. © Isabelle Miquelestorena / Reporterre

Cette initiative, destinée aux particuliers, a aussi pour vocation de contribuer à rétablir des « trames bleues » en ville. À l’instar des « trames vertes », il s’agit d’assurer une continuité écologique entre les milieux aquatiques souvent bien malmenés en ville : cours d’eau et autres zones humides.

Un moyen d’aider au retour d’écosystèmes plus riches en ville avec une cohorte d’espèces alliées afin que l’humain « ne reste pas seul face aux moustiques », conclut la chargée de projet associatif.

La suite de notre reportage en photos :

 

La commune de Bidart a mis à disposition un espace pour la conception de cette mare en 2021.
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