Quelques analyses sur la guerre de « haute intensité » à notre époque technocapitaliste
[Groupe Grothendieck]
On la sent proche, on la voit sur les écrans, ses exhalaisons nationalistes, virilistes, thanatophiles, xénophobes, voire fascistes, voguent en nuages denses aux dessus de nos têtes. Pendant que dans les coulisses on repasse les costumes d’apparat en se préparant, les canons sont nettoyés, les lames affûtées et les missiles emmagasinés. Ils sont de retour parmi nous, les Temps de guerre ! Leurs meurtres de masses, sacrifices pour des drapeaux et exactions sans nom.
La guerre est ce moment incertain pour la vie où la domination s’exprime sans fard par le biais de la violence extrême et des manœuvres les plus couardes. Mais une fois cela dit, on a toujours du mal à caractériser cet objet « guerre ». On se perd dans des relativismes sans fin (« la guerre ça a toujours existé ») et on a tendance à ne pas vouloir regarder la réalité en face, repoussant dans un futur et un ailleurs lointain sa portée.
Essayons ici d’y voir plus clair sur la guerre. Comprendre cet espace-temps, ses spécificités actuelles, ses phases, ses variations, les distinguer des types de guerres du Moyen-Âge et de la Renaissance. En résumé, essayons de comprendre notre époque par le biais du phénomène socio-historique le plus préoccupant à l’heure actuelle : la technoguerre.
Les guerres « à l’ancienne »
« II est cependant impossible que le vainqueur de Marignan périsse ainsi dans un ruisseau, obscurément, sans gloire, enterré sous la vase, au lieu de tomber sur un champ de bataille, l’armure faussée, l’épée brisée et trempée du sang de ses ennemis ! »
Charles Malo, Champs de bataille de l’armée française, 1901
Ce que l’on met derrière le mot « guerre » recouvre tout un champ d’actions violentes qui ne nous intéresse pas pour cet exposé, car trop loin de la réalité des guerres « de haute intensité ». Nous nous intéresserons ici aux types de guerres et de manœuvres militaires qui ont trait aux États-nations et aux grandes alliances internationales permettant de comprendre la montée du militarisme et du bellicisme actuels [1]. Les guerres de religion, qui sont pour la plupart des massacres, surtout perpétrés en Europe durant la Renaissance, mais aussi les guerres civiles et les guerres révolutionnaires, où la population en arme se bat entre factions, n’ont que très peu de choses en commun avec ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine ou entre les États-Unis, Israël et l’Iran en 2026. Nous vous renvoyons à vos livres d’histoire préférés pour comprendre ces guerres du passé [2].
Les guerres impliquant des « guerriers » au Moyen-Âge et à la Renaissance pour la défense ou l’attaque d’un royaume, d’un « pays », d’une tenure, d’une région, sont le fait de la noblesse instituée comme une véritable « classe de guerriers ». Les batailles ne concentrent tout au plus que quelques dizaines de milliers d’hommes en armes sur un territoire bien délimité avec des règles de combat défini à l’avance par les « participants ». Il existe un code de l’honneur chevaleresque et le courage et la bravoure exigent que les chevaliers de haut rang soient en premières lignes et meurent au combat. Les batailles durent la plupart du temps une journée et ne se font jamais la nuit. Les armes à feu (artillerie, explosifs et armes de poing) font leur apparition à la fin du Moyen-Âge (XVe siècle). Elles ne viennent qu’en appoint des armes blanches, des armes de jet et des armes de siège.
La guerre durant tout le Moyen-Âge et la Renaissance est un exercice d’apparat montrant la puissance de la classe au pouvoir. La politique et la guerre sont incarnées par les mêmes personnes. La victoire relève du prestige plus que de la conquête économique. Généralement les guerres du Moyen-Âge ne font pas beaucoup de morts en comparaison des guerres modernes. Même quand elles impliquent les gueux, les paysans, comme pendant les fameuses révoltes des paysans de 1524 à 1526 en Alsace et en Allemagne, elles ne font, lors de la bataille la plus sanglante « que » 20 000 morts en deux jours, et seulement parce que les nobles voulaient se venger d’actes de cruauté envers certains des leurs. En comparaison, la bataille la plus meurtrière de la Première Guerre mondiale, la bataille de Verdun, fait 163 000 tués (18,7 millions de morts durant toute la guerre). Autre exemple à la Renaissance, la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui, comme son nom l’indique dure trente ans et est sans doute la guerre de religion la plus sanglante, fait moins de 800 000 morts, c’est-à-dire 27 000 morts par an.
Dernier exemple pour avoir des chiffres en tête, la bataille de Marignan en 1515 (qui s’inscrit dans les Guerres d’Italie) opposant François 1er au Duché de Milan fait 15 000 morts sur 60 000 combattants en tout. François 1er en personne est présent sur le champ de bataille et participe aux charges.
Cela ne signifie pas que les guerres moyenâgeuses étaient moins cruelles, seulement elles ne mettaient pas toute une population à feu et à sang et ne demandaient pas l’entièreté d’un pays à son service. Souvent les batailles ne pouvaient pas excéder quelques jours. Elles opposaient des chevaliers équipés de part et d’autre. Ces batailles n’incluaient, la plupart du temps pas les civils. Nous allons voir que l’époque des révolutions et des empires change la donne et qu’il faudra ensuite ajouter souvent un zéro ou deux au nombre de combattants et donc au nombre de morts. Vous l’aurez compris, nous ne cherchons pas à classer les guerres et leurs degrés de barbarie, seulement à comprendre les transformations qui ont eu lieu sur le champs de bataille depuis le début de l’ère capitaliste jusqu’aux formes « techno » des guerres les plus avancées.
Les guerres modernes (Révolutions et Empires)
« Désormais, la guerre est le choc brutal de masses qui s’ignorent mutuellement. Malgré toute sa lucidité, mais aussi parce qu’il salue la politisation accrue de la guerre, Hegel n’avait pas vu que la fin du courage seulement personnel coïncidait avec l’apparition d’une certaine barbarie. »
Christian Godin, La guerre, Éditions du temps, 2006.
À partir de la création de la République (res publica, la chose publique) par les révolutionnaires en 1792, l’armée correspond à la nation en arme. Tous les citoyens étant égaux, chacun, quel que soit son rang, doit participer lors des grandes mobilisations de « défense de la nation en danger » : on invente pour l’occasion la « conscription » ou « levée en masse [3] » (1793). Le service militaire obligatoire est voté en 1798 (jusqu’à son abolition en 1997 sous la mandature de Jacques Chirac). Les armées comptent alors des millions de personnes. l’État-nation nouvellement créé fournit le matériel de guerre. Encore pour un temps la guerre ressemble, à la marge, à l’ancienne notion chevaleresque. Par exemple, au printemps 1794, les troupes françaises victorieuses se contentent de raccompagner l’ennemi à la frontière, sans lui porter de coups décisifs, ni exploiter leurs succès à des fins de conquête. Cela ne se produira plus par la suite.
C’est une période où la notion de soldat, bien qu’apparaissant à la Renaissance sous la forme des « mercenaires » (volontaires ou, à partir de 1688, tirés au sort), se généralise. Sur le champ de bataille, il n’y a plus de citoyens, mais des soldats payés (« soldés ») pour servir leur armée donc l’État ou groupe politique qui détient le monopole de la violence. Celui-ci use des guerres modernes, non pour redorer un prestige ou montrer ses apparats, mais avant tout pour des intérêts idéologiques et économiques. La guerre moderne est intimement liée à l’État moderne, guerrier par essence, puisque celui-ci doit assurer les fronts et les frontières de la nation maintenant bien délimitée. Cette fonction principale de l’État se fait avant tout par une domination à la fois sur la population interne et par la guerre extérieure. L’armée, à laquelle tout le « peuple » participe, est l’un des instruments (avec la police) de cette domination. Elle permet de forger l’identité nationale, l’obéissance, la discipline, la soumission, le patriarcat moderne et l’esprit de sacrifice des conscrits. La guerre moderne est donc un fait politique avant tout, elle est une manière de « faire nation ». D’ailleurs, l’armée intervient aussi bien à l’extérieur, lors des guerres sur les fronts, mais aussi à l’intérieur (avant la création de la gendarmerie mobile en 1921) pour mater les révoltes comme celle de 1848 et 1871 qui se termine généralement dans un bain de sang [4] et aussi dans les colonies avec les troupes coloniales. Encore aujourd’hui, l’État français peut recourir à l’armée pour le « maintien de l’ordre » en cas de trouble majeur [5]. Il faut bien comprendre cela : avant d’être un acte économique de préemption de ressources, encore moins une quelconque supposée méchanceté de l’empereur ou du gouverneur, la guerre est un mode de gouvernement constitutif de nos États modernes.
La guerre moderne ne commence pas par les coups de canon, mais par la désignation de l’ennemi. Elle implique la création de l’ennemi « existentiel » dans la figure de l’étranger dans le cas des guerres entre États-nations. Cet ennemi n’est pas issu d’un différend entre particuliers, mais est l’ennemi de la nation ou des intérêts de celle-ci, c’est pourquoi, dans les guerres modernes, le soldat n’est pas obligé de haïr l’adversaire pour le combattre et commettre des atrocités. Il le fait avant tout en tant que rouage d’une machine de guerre : la nation, son citoyen-en-arme, la propagande, le sentiment d’appartenance, les symboles nationaux (drapeaux, hymnes, champs, uniformes), l’armement, la hiérarchie, le commandement militaire, la mentalité de corps, l’honneur national, forment une seule et même entité qui est l’armée et dont chaque membre ne constitue qu’une pièce interchangeable. L’ensemble de cette machine de guerre a pour but d’écraser l’adversaire en marchant comme un seul homme, sans état d’âme, scrupule ou hésitation. Napoléon Bonaparte peut dire : « La force d’une armée, comme la quantité de mouvement en mécanique, s’évalue par la masse multipliée par la vitesse ». Le bataillon est ici un bulldozer dont on évalue les caractéristiques en quantités physiques et autres « données » avec un grand mépris pour les humains. Napoléon a peut-être trop joué à ces premiers « jeux de guerre » (kriegsspiel chez les prussiens, 1822) [6], où les batailles se préparaient « sur table » et qui fut généralisé à partir de 1870 et qui est encore pratiqué dans certains états-majors. Ces « simulations » de guerre invitent à ne voir le champs de bataille qu’en quantité d’hommes (chaque unité de guerre étant représentée par un soldat en plomb) et quelques autres données physiques tout en oblitérant la réalité concrète de ces guerres.
Quand à l’arme à feu, elle se généralise à cette époque au XIXe siècle et devient le socle de la mort générale, indifférente, impersonnelle, banale, sur le champ de bataille. Les particularités sont effacées, la sensibilité exclue définitivement, les héros seront ces millions de soldats inconnus, sans visage, mais avec un uniforme et un fusil. Le temps des Chevaliers Bayard ou Roland est révolu (on ne les regrette pas), on créera même « Le Soldat inconnu », hypostase de ce soldat générique sans visage ni émotion. C’est pourquoi les guerres modernes, véritables guerres-machines où ce qui fait d’un humain un humain est banni, lèvent certains tabous sociaux qui donneront des formes de massacres jamais vues auparavant : génocides, charniers, sacrifices de milliers d’hommes « inutilement », exécution de masse dans son propre camp, exécution sommaire des prisonniers, etc. [7]. Sur le champ de bataille, la barbarie croît à mesure de l’éloignement du soldat vis-à-vis de sa cible et de l’augmentation du nombre de soldats. Le largage de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki, qui a fait plus de 150 000 morts en une seconde est caractéristique de cet éloignement maximal où le soldat n’éprouve aucun sentiment défavorable pour son action [8]. La banalité du mal dans toute son horreur.
Ce changement d’échelle : de quelques milliers de morts dans les guerres « chevaleresques » à plusieurs millions dans les guerres révolutionnaires puis surtout napoléoniennes, nationales dans les deux cas, change totalement la façon de faire la guerre, change la nature profonde de la guerre : le territoire national tout entier devient champ de bataille et chaque humain doit participer à l’effort de guerre.
En plus des hommes et du territoire, l’économie et les consciences sont mobilisées, c’est l’avènement de la guerre totale (« totale Krieg ») [9], laquelle sera théorisée quelques années plus tard par les stratèges napoléoniens et prussiens dont le célèbre Carl von Clausewitz, qui parle, lui, de « guerre absolue » (« absoluter Krieg ») [10]. Cette guerre absolue ou totale, au-delà de la levée en masse, des réquisitions ou des destructions de masse, qui existent dans d’autres situations de conflit, se traduit par une « stratégie totale » qui combine l’ensemble des moyens de l’État dans une direction centralisée où les militaires acquièrent des pouvoirs politiques importants, si ce n’est leur entier accaparement. Cet État en « état de guerre » (en France on parle « d’état de siège [11] ») planifie et réorganise la production en réquisitionnant les ressources et en s’endettant massivement. La justice se militarise avec des tribunaux d’exception et les libertés publiques sont restreintes voire carrément interdites. Un avant goût de ce qu’est la guerre totale a pu être ressenti avec les keufinements et les couvres-feu lors de la crise covidienne. Car cette guerre exige une entière mobilisation de la population, y compris des enfants et la jeunesse, vu comme le « réservoir à soldats » (d’où le terme de « réserve nationale »). Quand aux réfractaires et aux impotents, ils sont souvent enfermés, voire tués. La dernière loi sur les « ingérences étrangères [12] » (2024) est la préparation du terrain législatif pour créer de futures lois d’exceptions afin de mettre en fiche ce joli
monde. La guerre totale ne se dévoile jamais d’un coup. Elle se « totalitarise » au fur et à mesure de la durée du conflit. Celui-ci demande, d’après les militaires, un sacrifice toujours plus important. En ses temps de reprises des guerres, les chefs de guerre nous rappellent à longueur de discours la réalité de la « citoyenneté » française : « accepter de perdre ses enfants » nous dit un sous-chef, « être craint » et « se ré-armer » nous dit le chef des armées, etc. La guerre totale commence par cela : la préparation de la population à accepter tous les sacrifices sous le prétexte de préserver les « intérêts fondamentaux de la nation ».
Revenons aux guerres impériales. Celle-ci préparent aux guerres mondiales, dans le fait qu’elles sont déjà totales et qu’elles tentent d’abolir certains tabous des sociétés occidentales (tabou du meurtre de masse, tabou du massacre de civils, etc.). Les guerres industrielles mondiales en sont la continuité, là où tous les tabous ont sauté. Elles diffèrent profondément des guerres napoléoniennes, car la « science et la technique » sont cette fois mobilisées de manière systématique pour un élan total vers la destruction et la tuerie. Cette mobilisation permet à la guerre de devenir annihilatrice, c’est-à-dire qu’après son passage il ne reste rien, plus aucune maison, arbre, mais aussi humain. On verra que la combinaison de l’absence de tabou et du plein déploiement de la science sur le champ de bataille donne cette nouvelle caractéristique de guerre annihilatrice.
Aujourd’hui les guerres dites « de haute intensité » sont foncièrement des guerres totales d’annihilation, au moins en potentiel : certaines batailles comme la guerre à Alep en Syrie [13], la bataille de Kherson [14] ou de Kharkiv en Ukraine ou encore la destruction de la Bande de Gaza. Ce côté annihilateur se retrouve maintenant de façon permanente sur une bande de 5 km de large au niveau des fronts russo-ukrainiens dits « no man’s lands » où rien ne reste debout et où un humain à une espérance de vie de quelques minutes. Le no man’s land est entouré de la « zone grise » de plus ou moins 30 km, mélange de zones civiles et de zones militarisées où l’annihilation est moins forte, mais où la mort peut surgir à tout moment [15]. Véritable « trou noir » pour la vie, ce genre de phénomène à tendance à se multiplier sur Terre et ressemblent aux zones contaminées par le nucléaire comme l’Ukraine et la Russie les connaissent si bien.
Les guerres industrielles : guerres mondiales, Guerre froide, guerres informatisées
« La guerre est une des conditions du progrès, le coup de fouet qui empêche un pays de s’endormir en forçant la médiocrité satisfaite à sortir de son apathie. »
Ernest Renan, juste après la guerre de 1870 dans La Réforme intellectuelle et morale.
Ce qui caractérise les guerres mondiales, ce ne sont pas le nombre de nations impliquées, les guerres impériales en impliquaient déjà un bon nombre, mais plutôt leur aspect industriel, mécanisé, technologique et scientifique. Ernest Renan, figure incontournable du scientisme (religion de la science et du progrès) de la fin du XIXe siècle dit crûment ce que nous ne souhaitons pas entendre. La guerre moderne devenue industrielle avec la Première Guerre mondiale permit des progrès techniques autant pour les militaires que pour les civils.
En effet, la guerre industrielle (les deux guerres mondiales et les guerres suivantes jusqu’à aujourd’hui) fait apparaître de nouveaux pouvoirs de domination et une extension accrue du champ de bataille, passant du territoire national à la planète entière ou à une grande partie de celle-ci grâce à la mécanisation et au pouvoir du capital industriel. Ce sont des guerres totales et industrielles. En effet la Première Guerre mondiale voit pour la première fois une mobilisation générale de la science et de la technique, des chercheurs et ingénieurs pour l’effort de guerre : radio, zeppelin, aéroplane, gaz de combat, tenue de camouflage, artillerie, radio, char d’assaut, etc. le champ de bataille devient un véritable terrain d’expérimentation grandeur nature et une opportunité pour les armées d’utiliser les derniers développements technologiques pour obtenir un ascendant sur l’adversaire. Les industriels sont réquisitionnés ou subventionnés par l’État pour convertir leur chaîne de production. Par exemple dans la région grenobloise, Brun fait le pain et les biscuits pour l’armée, Bouchayet-Viallet fabrique des obus et la famille Gillet, auparavant spécialisée dans le textile synthétique, construit une usine de gaz chloré dans le sud grenoblois.
La Seconde Guerre mondiale amplifie ce mouvement vers la technoguerre grâce à la mise en place en Allemagne, mais aussi en URSS et aux États-Unis d’un complexe scientifico-militaro-industriel, c’est-à-dire une institutionnalisation de la façon contemporaine de faire la guerre : les militaires demandent aux scientifiques d’imaginer les armes, les industriels les produisent et l’État — qui est le sommet de ce « Triangle de fer [16] » — en passe les commandes aux industriels, tout en subventionnant les scientifiques et en étant au capital des entreprises. De plus, celui-ci, dans sa fonction guerrière, est le pilote administratif de ce complexe, il en retire puissance militaire, diplomatique, mais aussi une balance commerciale positive. Par exemple, la France pour pouvoir produire de manière indépendante des armements dans les cinq champs d’engagement militaire (air, terre, mer, cyber, espace) est obligée d’exporter environ 50 % de sa production chaque année, d’où le fait que depuis De Gaulle, les présidents français sont les VRP de l’industrie de l’armement à chaque déplacement international.
Outre la mobilisation technoscientifique, ce nouveau type de guerre voit de nouveaux outils se mettre en place comme la logistique (c’est-à-dire la gestion des flux d’homme, de combustibles et de matériels), la communication à distance (via la radio) et le management (d’abord chez les nazis). Toutes ces compétences nouvelles sont dévolues à une nouvelle caste, souvent des civils militarisés pour l’occasion, experts et ingénieurs, qui restent à l’arrière du front pour « la mobilisation scientifique de guerre », aujourd’hui appelée « innovation de défense ». Des agences spécialisées sont créées, comme la Direction générale de l’armement (DGA, 1961) ou l’Agence de l’innovation de défense (AID, 2018) en France qui regroupent ces ingénieurs militaires et aussi civils.
Le temps fort de l’ère des guerres industrielles fut l’été 1945 qui vit la découverte des camps de concentration nazis en même temps que l’explosion de deux bombes atomiques étasuniennes tuant sur le coup plus de 100 000 personnes. L’ordinateur et l’énergie nucléaire, combinés à la massification des rapports capitalistes, inaugurent la nouvelle ère qui s’ouvre en 1945 et que l’on peut nommer le « technocapitalisme ».
En effet, en plus des armes dites « conventionnelles » (à poudre), la guerre industrielle voit l’émergence de nouveaux types d’armes : armes biologiques, armes chimiques, armes nucléaires, défoliants, armes sonores, armes à énergie dirigée, mines antipersonnel, drones, etc. utilisées de manière industrielle sur des champs de bataille ou lors d’exactions hors guerre. Ces armes sont proscrites par le Protocole de Genève (entré en vigueur en 1928), la Convention d’Ottawa (1997) et divers autres textes de la Cour pénale internationale, mais l’histoire nous montre qu’elles sont toujours utilisées : nucléaires pour les étasuniens en 1945, chimiques par exemple par les Japonais en Chine de 1938 à 1945 ou en Syrie de 2012 à 2017, biologiques par les Russes en Afghanistan [17], etc.
L’ère des technoguerres, guerres totales industrielles, voit aussi apparaître la notion d’annihilation de la population : les bombardements alliés sur Dresde (25 000 morts), Hambourg (45 000 morts) ainsi que la destruction d’Hiroshima (plus de 70 000 morts) et Nagasaki (plus de 70 000 morts) sont des opérations d’annihilation. Du côté allemand, l’extermination sur le front de l’Est est aussi une guerre d’annihilation qui fit des millions de morts chez les populations des pays baltes. Plus rien ne reste debout, la population est décimée. Tapis de bombe d’un côté contre exécutions sommaires et incendies de l’autre, il n’y a plus aucun tabou, la sauvagerie est à l’état brut comme une concordance entre une idéologie de « l’ennemi existentiel » (le « youpin », le « bolcho », le « shleuh », etc.) et le plein développement technologique. Les scientifiques deviennent les complices, voire les instigateurs de la barbarie. Par exemple, le mathématicien John von Neumann, l’inventeur de l’ordinateur américain pour l’armée, est chargé de calculer le moment précis où la bombe atomique une fois larguée est sensée faire le plus de morts. Tout un programme… Ces scientifiques ennemies à la pointe de la barbarie feront partie des butins de guerre répartis entre les Russes, les Étasuniens, les Anglais et les Français. Ainsi va du programme de missile balistique français et donc du projet Ariane qui s’inspire du programme des V2 nazi [18]. La barbarie technologique n’a pas d’odeur !
D’ailleurs, l’ordinateur devient un des éléments primordiaux des technoguerres, surtout à partir de la guerre du Vietnam (2 millions de morts civils), qualifiée par Alexandre Grothendieck de guerre informatisée. Il permet autant la coordination des troupes que le calcul des trajectoires des missiles et la prédiction des « pertes ». Son rôle devient de plus en plus central jusqu’à l’intégration dans les armes mêmes que l’on appelle « système embarqué critique ». À Grenoble depuis 2004, le laboratoire VERIMAG travaille sur les logiciels de ces « systèmes embarqués critiques » comme les avions de chasse, les drones mais aussi les voitures autonomes pour le civil [19]. Les technologies des technoguerres envahissent la vie civile et dispensent progrès et confort : GPS, communications satellitaires, énergie électro-nucléaire, etc. Merci les techno-képis !
Aujourd’hui : la guerre mondialisée est une technoguerre
Aujourd’hui, les guerres sont multiples et variées. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les guerres « conventionnelles » c’est-à-dire les guerres officiels des pays bellicistes, non les opérations secrètes et les « escarmouches » de bandes armées.
Elles sont de deux types : les « opérations spéciales » ou OPEX et la guerre industrielle totale. Les OPEX s’inscrivent dans le « continuum sécurité-défense » [20] où ce qui est visé est l’hégémonie d’un État-nation ou son maintien dans une région du monde souvent pour de multiples facteurs (ressources, politiques, idéologiques, etc.). L’opération Barkhane de la France au Sahel est une OPEX, elle vise à dominer une région et maintenir un équilibre capitaliste politico-économique tout en repoussant l’influence jihadiste.
La guerre Ukraine-Russie ou Iran-Israël-USA sont des guerres industrielles totales (les états-majors avec leur euphémisation parlent de « guerre de haute intensité »). Ces guerres tendent alors à devenir mondiales quand elles ne sont pas déjà mondialisées, c’est-à-dire qu’elles mobilisent des humains, ressources, infrastructures civiles et militaires et diplomaties de nombreux pays en interrelation. Ce « mondialisme » de la guerre est dû au fait que celle-ci se déploie sur des champs d’action (air, terre, mer, espace, cyber, propagande, etc.) que ne maîtrise pas totalement une armée. La technoguerre fait appel à de multiple ressources extérieures dans un opportunisme international lié à la facilité des logistiques et communications. Le recours à de l’aide extérieure comme le fait que la France, avec ses satellites militaires, fournit les deux tiers du renseignement à l’Ukraine [21], est quasi-obligatoire dans les technoguerres modernes sous peine de perdre rapidement.
De plus, ce « mondialisme » est une reconfiguration permanente face aux embargos de la partie adverse : les Russes redéploient la vente de leur pétrole à la Chine après l’embargo européen en 2022 et elle fait venir des composants électroniques d’Europe par le biais de pays tiers comme Singapour, Hong-Kong ou le Kazakhstan. Ce redéploiement est permanent et dépend de « points relais », souvent des paradis fiscaux et des régimes autocratiques où les politiques sont peu regardant voire enclins à servir d’intermédiaires pour les zones de guerres. Outre l’Extrême-Orient (Singapour, Taïwan, Hong-Kong voire Chine), la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Quatar, Émirats arabes unis, Bahreïn) et certains pays jouant sur les deux tableaux (Inde, Turquie notamment) servent d’intermédiaires pour fournir armements, pétrole et blanchir des capitaux de guerre. Nonobstant « le commerce tranquille » qui, quoiqu’il arrive, ne sera jamais frappé d’embargos. Par exemple citons le secteur nucléaire russe car celui-ci est indispensable à tous les régimes nucléarisés notamment la France, qui continue d’importer un tiers de son uranium de la Russie et noue des partenariats industriels et scientifiques avec Rosatom et l’État russe (notamment ITER et la station spatiale internationale) [22].
Ce type de guerre mobilise une économie de guerre, c’est-à-dire qu’une grande partie de l’industrie et des capitaux sont mis au service de la guerre [23]. Grâce à leur complexe scientifico-militaro-industriel, les grandes puissances militaires (en gros, celles qui détiennent la bombe atomique : États-Unis, Chine, Russie, Angleterre, France, Israël, Inde, et quelques autres) ont une économie où l’État, par des lois et des subventions, promeut une réorientation de l’économie : les entreprises d’armement produisent plus et font des stocks, les entreprises duales (civiles et militaires) ont une part plus grande dans l’armement et les laboratoires de recherche réorientent leurs sujets de recherches vers du militaire. Outre le fait de faire des stocks (Macron en 2024 demande au missilier MBDA par exemple de faire des stocks importants [24]), l’industrie de l’armement exporte massivement vers des zones de guerres.
Par exemple, l’économie de guerre au niveau du capitalisme du sommet se traduit par le fait que l’Europe est devenue le principal continent d’importation de matériel militaire au monde en 2024, en même temps qu’elle est devenue le continent où les dépenses militaires ont augmenté le plus fortement de 2015 à 2024 (+ 83%) et où il y a eu le plus de victimes militaires en 2024 [25]. Cela démontre que l’Europe redevient après des décennies de pause le continent où la guerre absolue a cours. La guerre mondialisée ne tend pas forcément à la guerre mondiale, car les interdépendances économiques (avec la Chine pour les métaux rares ou le savoir-faire nucléaire des Russes par exemple) empêchent la plupart du temps d’assumer des alliances sur un conflit de haute intensité. Par exemple bien que la France aide massivement l’Ukraine en fournissant artillerie et compétences militaires, officiellement la France n’est pas en guerre contre la Russie et ne participe pas directement aux batailles.
Nous avons changé de monde depuis 1945. Il n’y a plus deux pôles technocapitalistes, mais bien 5 ou 6 (pôle étasunien, pôles russo-chinois, pôle indien, pôle turc, pôle sud-coréen, etc.) où se concentrent les flux de capitaux, de savoir-faire technologiques et de matières premières et les alliances sont multipartites. Par exemple il y a l’OTAN et son adversaire, l’Organisation du traité de sécurité collective OTSC (Russie, Biélorussie, Arménie Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan), les Brics+ [26], où certaines nations peuvent avoir des politiques contradictoires. Par exemple, la Turquie fait partie de l’OTAN, à des bases américaines sur son territoire, vend du pétrole à Israël, mais aussi est un allié de l’Iran, achète son gaz, fait partie des routes de la soie chinoise et est un partenaire privilégié de la Russie tout en traitant Israël de « Grand Satan » [27]. Tout est affaire d’opportunisme et de propagande pour agrandir sa zone d’influence. Autre exemple, l’Arménie, bien que membre de l’OTSC, développe des partenariats militaires poussés avec la France qui est membre de l’OTAN.
Il faut le reconnaître, ces multiples alliances économiques, militaires et stratégiques n’ont pas permis d’empêcher les guerres « de haute intensité ».
Avec la guerre russo-ukrainienne et la guerre Iran-USA-Israël, mais aussi Israël-Palestine-Liban, nous en avons trois en même temps ! Sur de multiples fronts avec de multiples acteurs. Par exemple la France aide l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis à défendre leur territoire des attaques iraniennes et en même temps est censée être partenaire du Liban dans le cadre des accords CEDRE [28]. La mort de Casques bleus indonésiens de la FINUL (ONU) au Liban par des frappes israéliennes et des attaques israéliennes contre des Casques bleus français et en retour la non-intervention de la France est due au fait que la France, comme d’autres grandes puissances militaires est, au niveau géopolitique, signataire de multiples accords de coopération contradictoires. D’autant plus qu’il ne faut pas trop fâcher les grands frères américains et israéliens qui déjà commencent à revoir leur politique d’importation à notre égard, notamment pour le matériel militaire [29]. Au final, il est clair que chaque pays ne rentrera en guerre que si ses propres intérêts sont gravement menacés (par exemple pour la France, une attaque iranienne massive contre des intérêts français comme les bases militaires réparties un peu partout sur le globe) et que les stocks sont bien remplis (ce qui n’est pas encore le cas pour la France où l’état-major annonce la date de 2030 pour un dispositif complet d’engagement de haute intensité [30]).
Tout cela fait que les trois zones de guerre totale forment une continuité dans une guerre mondialisée avec de nombreux fronts, de nombreuses coalitions et mesures contradictoires, mais avec une logique similaire où l’engagement des plus forts (États-Unis, Russie) pousse tous les autres à suivre le mouvement pour l’instant à l’arrière en attendant de pouvoir eux-mêmes « engager » une guerre…
Nous pouvons envisager quelques hypothèses pour la suite des évènements :
1° La guerre mondialisée s’amplifie (scénario le plus probable) : avec l’implication d’alliés européens en soutien aux guerres menées par les États-Unis et d’autre part des coups de main souterrains d’alliés de l’Iran ou de la Russie (Chine par exemple) et possiblement la venue d’une quatrième guerre de haute intensité impliquant les Étasuniens ou les Européens (Cuba, Turquie, Taïwan, etc.)
2° La guerre devient mondiale avec deux gros blocs s’affrontant par exemple sur le continent européen : les chiffres d’importation massive de matériel de guerre en Europe, les exercices grandeur réelle de plus en plus présents sur le Vieux Continent peuvent nous faire penser à une future guerre mondiale. Cela peut déboucher sur l’Apocalypse nucléaire comme ironisait Einstein : « Je ne sais pas comment on fera la Troisième Guerre mondiale. Mais je sais comment on fera la quatrième : avec des bâtons et des pierres ». Ce scénario n’est pas probable dans l’immédiat, car les jeux d’alliances, les dépendances réciproques au pétrole, gaz et ressources primaires des grandes puissances et les imbrications financières font que la guerre mondiale est la dernière initiative avant une grosse crise capitaliste, mais aussi anthropologique. Mais la guerre n’est pas qu’histoire d’économie : des impondérables, dérapages, causes idéologiques pourraient la déclencher et l’emballement technoguerrier pourrait « écraser » la logique capitaliste.
3° La décrue de la mondialisation de la guerre et la fin des trois guerres de haute intensité : ce scénario parait peu probable dans l’immédiat vu les velléités de tous les pays du sommet capitaliste, les montées spectaculaires de tous les budgets militaires, les enrôlements dans l’armée et les stocks d’armement qui coûtent cher. Avant la décrue, il va falloir faire la guerre pour liquider les stocks et confirmer certaines hégémonies. Nous sommes dans un phénomène d’emballement où la guerre appelle la guerre, car beaucoup de grandes puissances acquièrent une certaine confiance dans leur capacité militaire. La place des généraux et des experts militaires se fait prépondérante, le tabou de la guerre en Europe a sauté, les antimilitaristes et autres pacifistes ne sont plus une force politique. Non, ce scénario ne paraît pas envisageable à court et moyen terme.
La technoguerre : du sang et des drones
« Les champs de bataille d’Ukraine, de Syrie et du Yémen, mais aussi les régions d’affrontements géopolitiques, tels le golfe Persique ou la mer de Chine, sont de plus en plus encombrés de drones de tailles et de caractéristiques variées. Qu’ils soient utilisés pour la collecte du renseignement, les frappes aériennes, le ciblage de l’artillerie ou la guerre électronique, les drones sont un facteur majeur d’évolution de la guerre moderne. »
Dan Gettinger, coordinateur du Drone Databook, 2019 [31]
Il convient de regarder de plus près maintenant les guerres de haute intensité en cours pour voir les évolutions déjà à l’œuvre et comprendre vers quel type de guerre on se dirige.
D’abord, disons le tout haut, la doctrine américaine du « zero kill » avec ses « frappes chirurgicales » issue de la première guerre d’Irak est tout simplement un fantasme ou un coup de com’ des états-majors. La guerre a beau être « high-tech », elle fait énormément de morts militaires et surtout civils [32].
Ce qui est plus intéressant à observer dans ces technoguerres, c’est le fait que le front est maintenant partout dans un pays en guerre et qu’il n’y a plus d’endroit où se cacher. L’énorme développement des technologies de capteurs, notamment infrarouges permettent à un drone (dit aussi UAV [33]) à plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, de voir à peu près partout, de jour comme de nuit [34]. Couplé à l’utilisation de drones armés pouvant intervenir dans tout le spectre de l’espace aérien (jusqu’à l’intérieur des bâtiments) ainsi qu’en mer et à la détection des communications, la discrétion est fortement compromise et les brouilleurs sont devenus un outil essentiel pour ne pas perdre des hommes en masse.
La grande leçon de la guerre Ukraine-Russie est l’utilisation massive de drones, dans tous les champs d’opération et à toutes les altitudes. Cela ne remplace ni les avions de chasse ni les troupes au sol, mais vient en complément, surtout dans un pays comme l’Ukraine où le nombre d’humains mobilisables n’est pas infini [35]. Pouvant autant exécuter des frappes à plusieurs centaines de kilomètres du front et ainsi inspirer la terreur dans les villes (et détruire des infrastructures importantes) que détruire des cibles à courte distance, l’utilisation de drones est bon marché en comparaison des missiles devant être portés par des avions ou des systèmes au sol et coûtant extrêmement cher [36]. L’Ukraine est devenue le premier producteur de drones au monde avec environ 2 millions d’unités par an, 500 entreprises de drones, l’État se targuant d’être devenu la « Silicon Valley des technologies de défense [37] ». À tel point que des pays attaqués par l’Iran comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis font venir des experts en drones ukrainiens [38].
Mélange de guerre high-tech et de bricolage de terrain, la guerre Ukraine-Russie utilise toutes les possibilités offertes : les cycles courts des start-ups et les savoir-faire « do it yourself » des geeks et fablabs [39], comme des technologies lourdes en provenance des industries d’armement et demandant des formations longues en Europe de l’Ouest telles que les systèmes antimissiles Patriote ou le pilotage des avions F-35. Ce mélange du soldat « low-tech [40] » et « high-tech » fait que malgré une armée beaucoup plus réduite, les Ukrainiens tiennent le front et « gaspillent » beaucoup moins d’hommes que les Russes. Tous les états-majors étudient indéfiniment cette guerre, car elle met à l’épreuve bon nombre d’hypothèses sur « la résilience des forces » ou « l’asymétrie » et montre à l’œuvre une véritable hybridation (surtout chez les Ukrainiens) entre civils et militaires [41], à tel point que la Ministre française des armées parle elle aussi maintenant « d’armée hybride » pour la France [42]. Dans cette mondialisation des flux de guerre, beaucoup d’entreprises d’armement européennes ont compris que l’Ukraine était devenue l’Eldorado et construisent des usines maintenant sur place [43]. À L’instar de Renault qui, avec la start-up grenobloise de drones EOS, prévoit de construire une usine à Kiev [44].
En plus d’être des hot-spots de production, ces technoguerres sont aussi des laboratoires d’essais de matériels et de nouvelles compétences : drone filaire, robot tueur, robot humanoïde [45], guerre des satellites, intelligence artificielle [46], le champ de bataille permet de tester grandeur réelle toute une nouvelle quincaillerie et autre prototype pas encore au point malgré les déclaration tonitruante de Zelensky ou Poutine sur l’efficacité des robots tueurs [47]. Ceci dit c’est quand même une véritable opportunité pour les industriels de l’armement qui en retirent des « RETEX ou « retour d’expérience » leur permettant d’améliorer leurs gadgets à peu de frais et en conditions réelles.
Une dernière chose, les technoguerres sont aussi des vitrines du commerce de la mort. Par exemple, elles ont permis à l’entreprise française Nexter de montrer l’efficacité de son canon mobile CEASAR et d’ainsi en vendre à tire-larigot à une multitude d’armées (Croatie, Estonie, Arménie, Bulgarie pour les nouveaux acheteurs depuis la guerre en Ukraine), l’Ukraine étant le premier parc de canons CEASAR au monde. Une petite chansonnette a même été faite pour remercier la France sur l’air de « Je t’aime… moi non plus » de Gainsbourg et Birkin [48] !
Les technoguerres, guerres totales actuelles, malgré leur façade zero kill, « sans infanterie sans perte » (Zelensky parlant de son bataillon de robots-tueurs) reste et resteront avant tout des boucheries sans nom à plusieurs millions de morts, de blessés et de traumatisés (environ 2 millions de morts et blessés pour la guerre russo-ukrainienne) où ce sont les populations civiles qui prennent le plus cher. Elles sont les continuités des guerres mondiales où la recherche scientifique est hautement mise à contribution pour tuer plus massivement et plus intensivement. Elles sont des guerres d’annihilation dans leur mise en œuvre par l’utilisation potentiel d’armement et de stratégie de combat où la maîtrise du champs de bataille est gérée et générée par l’ordinateur et ses algorithmes, même si, sur le terrain effectif, ce n’est pas toujours-encore le cas. L’ultimum de ce type de guerre sera atteint par l’utilisation totale de la puissance de frappe et l’annihilation d’une partie ou de l’entièreté du globe. « L’hypothèse Terminator », du nom du film de SF où l’annihilation atomique est déclenchée par une IA, est la résultante de ce type de guerre si nous en déroulons jusqu’au bout ses conclusions. Sans jouer les pessimistes, ne nous masquons pas la face et ayons réellement, viscéralement peur de ce genre de guerre qui si elles s’amplifient, au-delà des camps et des chapelles politiques , sera du 100 % kill.
Conclusion
« L’innovation et le développement des technologies de rupture stratégiques, ne pourra se faire qu’à la condition d’investir suffisamment et de mieux coordonner nos actions pour trouver le juste équilibre entre innovation et régulation. Les Européens, pour conserver leur rang dans le monde et promouvoir leur modèle, doivent là encore s’unir et lancer ensemble un véritable choc de compétitivité. »
Thèse 15 de la Revue nationale stratégique 2025 des armées, commandée par E. Macron.
Avec ce texte nous avons essayé de sortir des fantasmes sur la guerre pour étudier concrètement les formes qui pourraient nous emporter en Europe dans des renoncements mortifères si un ample mouvement de résistance ne s’y oppose pas [49].
Des chairs meurtries et des drones, des amputations et de l’IA, des viols et des missiles hypersoniques, c’est ça la technoguerre ! « Epic Fury », « Lion rugissant », « Plomb durci », « Jours de pénitence » sont leurs nouveaux noms comme un appel barbare à tuer, tuer encore, tuer toujours et écraser tout le monde. La domination des États et le renforcement de leurs fronts et frontières aujourd’hui passent par la mise en place de ce « Temps des guerres » où bien malgré nous serons sommés de choisir un camp.
Nous pouvons affirmer que ce qui se passe actuellement en Europe est déjà le début de la guerre totale dite « de haute intensité » : plan de 800 milliards pour « ReArm Europe, fortes croissances des dépenses militaires avec par exemple le vœux du premier ministre Lecornu de rallonger la Loi de Programmation Militaire à 413 milliards d’encore 36 milliards [50], gonflement des stocks d’armement pas seulement pour l’Ukraine, vœux de l’état-major français de mettre des missiles atomiques sur des bases en Allemagne, aux Pays-Bas, en Pologne, en Grèce, en Belgique, en Suède, au Danemark ou encore les initiatives militaires européennes, comme la force de réaction rapide EUNAM ou le projet de missile balistique européen ELSA [51]. Tous les pays européens se préparent à la « guerre de haute intensité » d’ici 2030 notamment la France selon la Revue nationale stratégique 2025 [52] qui est la feuille de route des armées françaises.
La technoguerre ne commence pas par des coups de canons mais par l’accaparement militaire de la recherche scientifique et le développement des technologies « duales » vers leur militarisation (microélectronique, informatique, robotique, aérospatial). C’est ce que nous vivons actuellement : en plus de l’espérance pour les képis d’un réservoir d’humain bien rempli pour faire la guerre, (ce que l’État français s’emploie à faire), ce sont des financements massifs vers les secteurs technoscientifiques militarisables et le financement à tout crin de recherches civiles et des start-ups qui dominent la période. Le dernier exemple en date avec la start-up Harmattan IA est très parlant. À la suite d’un appel a projet minimaliste de la DGA, la start-up civile, en moins d’un an monte un projet de drone militaire peu coûteux, puis produit ces drones et en vend 300 à l’armée française et 1000 à l’armée britannique [53]. En janvier 2026, Dassault Aviation signe avec la start-up un partenariat de développement pour son Rafale F5 (attendu pour 2030) et son drone de combat associé, UCAS.
Nous en sommes là, humains et machines, au service de la barbarie dans cette « phase préparatoire », ressemblant aux années 1910 et 1930, mais avec une puissance de frappe et de calcul multipliés par mille (sans compter la bombe atomique) et des jeux d’alliances commerciales plus complexes.
Cependant, devant cet état de fait, il faut rester calme et produire des analyses fines de la situation pour savoir quoi contester, trouver les bonnes cibles et réinscrire ce militarisme dans le rapport social capitaliste. Contre la fameuse essentialisation du « y’a toujours eu des guerres », nous disons que ce que l’on nomme « guerre » aujourd’hui et particulièrement « guerre de haute intensité » est une forme apparue depuis la Première Guerre mondiale et pas avant. Elle n’a rien à voir avec les batailles du Moyen-Âge ou de l’Antiquité. Ces guerres modernes se sont largement technologisées et sont devenues bien plus meurtrières pour les civils [54]. Ce sont des guerres industrielles inscrites dans la logique technocapitaliste de la guerre généralisée au vivant [55]. Ces technoguerres ont tendance à ce mondialisée bien qu’il n’y ai toujours pas de blocs stratégiques offensifs.
Nous ne savons si la guerre mondialisée se transformera en guerre mondiale. Là n’est pas la question car c’est en ce moment que ce bellicisme et ce militarisme s’amplifient de manière terrible avec déjà des millions de morts, en Palestine, en Ukraine, en Russie, au Liban, en Iran. Et plus l’Europe se prépare sur son sol, plus ce voile d’obéissance recouvre nos possibilités de manœuvre historique. Il ne tient qu’a nous, « le bas peuple » de lutter dès maintenant dans des pays où la guerre déjà-là n’est pas encore effective, le temps presse. Après… après ce sera une autre histoire.
Groupe Grothendieck,
Grenoble, avril 2026.
groupe-grothendieck@riseup.net
ggrothendieck.wordpress.com
[1] Le bellicisme est l’idéologie de la guerre en général. À ne pas confondre avec le militarisme qui est la promotion, le soutien des armées et de leurs armements. Le bellicisme est surtout une position éthique, personnelle, bien que l’on puisse le dire d’un État (mais surtout de son gouvernement). Le militarisme est souvent bien plus concret et se traduit par des aides massives aux armées, la production d’armement, la promotion de l’enrôlement dans l’armée, sa publicité, etc.
[2] Sur les guerres de religion, voir par exemple Jean-Marie Constant, Les Français pendant les guerres de Religions, Paris, Hachette Littératures, 2002. Il existe bien d’autres types de guerres : guerre civile et révolutionnaire, guerre coloniale, guerre par procuration, guerre d’extermination, guerre de partisans, guerre contre-insurrectionnelle, guerre de guérilla (voir sur cette dernière par exemple : Mao Tsé Toung, De la guerre prolongée, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1967 )
[3] « Tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées » décret de la Convention du 23 août 1793.
[4] Voir par exemple les évènements de « la semaine sanglante » à Paris en 1871 qui font environ 15 000 morts !
[5] Voir l’article D1321-3 du Code de la défense, https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006071307/LEGISCTA000006182849/
[6] Le livre des jeux, Gilles Cohen, Éditions Bordas, 1986. « Jeux de simulation » p240 – p246.
[7] Sur la notion d’illimitation dans la barbarie, on peut se référer par exemple aux exactions de la Wehrmacht et des SS sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale (30 millions de mort !). Sur ce sujet, voir le documentaire d’Arte en deux parties : « Les soldats français du Reich » (Jean Bulot 2024). Ses exactions, incendies de plus de 900 villages et de leurs occupants, pendaisons massives de civiles, charniers géants, sont significatives de la rupture de nombreux tabous. Ceux-ci sont perpétrés autant par les nazis que par les enrôlés d’autres nationalités, dont des partisans français volontaires. Sur la notion d’illimitation du meurtre depuis la Première guerre mondiale, voir Jean-Marc Royer, Le monde comme projet Manhattan. Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant, Le passager clandestin, 2017. Pour une analyse psychanalytique un peu fine de ce genre de massacre, voir le recueil de texte : Guerres mondiales, totalitarismes, génocides. La psychanalyse face aux situations extrêmes, Éditions EDK, 2011.
[8] Pour tous les développements sur la guerre à distance et l’insensibilité du soldat par rapport à son acte, voir Günther Anders, Hiroshima est partout, éditions du Seuil, 2008, notamment la correspondance de Günther Anders avec le seul aviateur qui eu des remords après le largage sur Hiroshima.
[9] Erich Ludendorff, Der totale Krieg, Munich, 1935.
[10] De la guerre, écrit entre 1816 et 1830 .
[12] LOI n° 2024-850 du 25 juillet 2024 visant à prévenir les ingérences étrangères en France disponible ici : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050052193
[14] https://www.geo.fr/geopolitique/guerre-en-ukraine-defendre-la-nouvelle-frontiere-avec-moscou-une-tache-impossible-pour-kiev-225191
[15] Voir le petit texte assez précis sur la zone grise : https://www.atalayar.com/fr/articulo/reportages/approfondir-zone-grise/20250516090000214715.html
[16] Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l’envers, 2020.
[17] Pour une histoire et des développements critiques sur les armes biologiques, voir Groupe Grothendieck, Guerre généralisée au vivant et biotechnologie, épisode 2/4 « Les armes biologiques sont le front pionnier de la guerre au vivant », disponible ici : https://lundi.am/Guerre-generalisee-au-vivant-et-biotechnologies-2-4
[18] Sur le rapatriement des scientifiques nazis en France, voir Michel Tedoldi, Un pacte avec le diable. Quand la France recrutait des scientifiques nazis, Éditions Albin Michel, 2023.
[19] « Quand les informaticiens de l’UGA réécrivent l’histoire », Le Postillon, n°74, automne 2024., https://www.lepostillon.org/Quand-les-informaticiens-de-l-UGA-reecrivent-l-Histoire.html
[20] « Protéger le territoire. Le continuum sécurité défense », Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, juin 2019. https://www.ihemi.fr/publications/cahiers-de-la-securite-et-de-la-justice/proteger-le-territoire-le-continuum-securite-defense
[21] https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260115-budget-groenland-ukraine-macron-a-rendez-vous-avec-les-arm%C3%A9es-%C3%A0-istres
[22] « Le commerce d’uranium entre la France et la Russie se poursuit, près de quatre ans après l’invasion de l’Ukraine », Le Monde, 28 janvier 2026.
[23] Dans son discours aux armées de janvier 2026 sur la base d’Istres, Macron met la pression aux industriels en disant que nous ne sommes pas encore en « économie de guerre » : « Soyons francs avec nous-mêmes, est-ce que nous sommes en économie de guerre à proprement parler, la réponse est non. Parce que si nous étions en guerre, j’ose espérer que nous ne produirions pas ainsi. Je regarde ce que les Ukrainiens ont su faire, ils ont fait autrement ». Or, le budget militaire français a augmenté de 100 milliards par rapport au précédent avec encore des rallonges attendues. Nous sommes bien évidemment en « économie de guerre » et celle-ci se met en place lentement. Macron voudrait bien évidemment accélérer les cadences, en bon chef d’entreprise de la France. Voir https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/le-double-coup-de-pression-de-macron-dans-son-discours-martial-devant-les-armees_259250.html
[24] Le plus grand missilier européen, MBDA, a un chiffre d’affaires qui explose ces dernières années avec la majorité des ventes pour l’Europe (Ukraine comprise) avec un carnet de commandes de 44 milliards d’euros pour 2026 : ventes d’urgence dites « besoins opérationnels urgents (UOR) » à l’Ukraine et pour les Rafales français en Arabie-Saoudite, impliqués dans la lutte anti-drones iraniens, notamment. https://www.forcesoperations.com/2026-lannee-du-changement-de-dimension-pour-mbda/
[25] SIPRI Yearbook 2025. Pour des chiffres fiables et internationaux des guerres en cours et de l’armement, voir les rapports du SIPRI, l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI).
[26] Pays membres : Brésil, Russie, Inde, Chine, Iran, Égypte, Éthiopie, Émirats arabes unis, etc. Le Mexique, la Corée du Sud et la Turquie envisagent d’y rentrer.
[27] « La position délicate de la Turquie par rapport à l’Iran », The Conversation, https://theconversation.com/la-position-delicate-de-la-turquie-face-a-la-guerre-en-iran-278226
[28] « Dans la cour de l’Élysée a également été abordée la question des tensions entre le Hezbollah et Israël. Sur ce dossier, M. Macron a souligné que le Liban, « qui traverse un moment délicat, peut compter sur le soutien de la France ». Il a appelé à « éviter toute escalade avec Israël », appelant les différentes parties impliquées à « faire preuve de la plus grande retenue ». Article de L’Orient le jour du 20 septembre 2019 : https://www.lorientlejour.com/article/1187502/depuis-paris-hariri-sengage-a-appliquer-les-reformes-prevues-par-la-cedre.html
[29] Le gouvernement israélien à récemment annoncé arrêter toutes importations d’armement français.
[30] Voir le dernier numéro du magasine du ministère des Armées et des anciens combattants, Esprit de Défense, n°18, hiver 2026, dossier « le défi de la mobilité en haute intensité ».
[32] Sans parler du génocide à Gaza, la guerre Ukraine-Russie a fait les premières années environ 10 000 morts civils par an. On estime à plus 1,5 millions le nombre total de morts de cette guerre.
[33] Unmanned Aerial Vehicule
[34] Pour voir et comprendre les technoguerres, voir le documentaire « Il n’y aura plus de nuit » (2020). La réalisatrice, Éléonore Weber, a récupéré des images infrarouges des guerres d’Irak et d’Afghanistan et s’interroge avec l’aide d’experts militaires sur la nature de ces guerres où personne n’est à l’abri.
[35] Sur l’utilisation des drones en Ukraine-Russie et de comment la guerre a changé, voir le très bon rapport : « Ukraine–Russie : quand la guerre des drones redéfinit le champ de bataille », Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), février 2026.
[36] Par exemple, un seul missile français Mica (air-air) coûte 700 000 euros quand un drone Shahed 136 iranien coûte environ 30 000 euros.
[38] « Zelensky en vedette aux USA et dans le Golfe », Canard enchaîné, 1er avril 2026.
[39] Exemple : les six Mirage 2000 offerts par la France à l’Ukraine ont été transformés en lanceurs au sol capables de tirer des missiles de croisière Scalp (400 km de portée).
[41] À tel point que la nouvelle ministre des Armée, Catherine Vautrin, dans le dernier Esprit de Défense (n°186) parle aussi « d’armée hybride » pour la française.
[42] « Nous devons très clairement confirmer l’évolution de nos armées vers un modèle hybride », dit Catherine Vautrin interviewer par Esprit de défense, n°18, Hiver 2026.
[43] La France a signé une quarantaine de contrats industriels avec l’Ukraine. Voir, « Depuis 2022, la France aux côtés de l’Ukraine », Esprit de Défense, no18, Hiver 2026.
[45] https://www.ladepeche.fr/2026/03/18/guerre-en-ukraine-il-sappelle-le-phantom-mk-1-et-ce-robot-humanoide-pourrait-bientot-aller-combattre-sur-le-front-13277154.php
[46] https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaires-etrangeres/l-intelligence-artificielle-et-la-guerre-lecons-d-ukraine-et-du-moyen-orient-9458640
[47] https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-documents-franceinfo/sans-infanterie-et-sans-perte-l-ukraine-envoie-des-drones-et-des-robots-pour-prendre-une-position-aux-russes-5028667
[48] « Merci la France » https://www.dailymotion.com/video/x8ee8hn
[49] Pour se donner quand même du baume au cœur et voir quelques résistances à l’œuvre nous pouvons citer l’infatigable journal de l’Union pacifiste de France qui encore dans son dernier numéro (n° 634) revient sur les mobilisations importantes en Allemagne contre la guerre.
[50] « Des milliards pour l’armée débattus à la hussarde », Le Canard Enchaîné, 15 avril 2026
[51] « European Long Strike Approach », voir le rapport parlementaire en conclusion des travaux d’une mission d’information sur le thème de « l’artillerie à l’aune du nouveau contexte stratégique » (30 avril 2025), disponible ici : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_def/l17b1356_rapport-information#_Toc256000048
[52] Revue nationale stratégique 2025, Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), https://www.sgdsn.gouv.fr/files/2025-08/20250713_NP_SGDSN_Actualisation_2025_RNS_FR.pdf
[54] Au tournant du XXe siècle, les morts civils des guerres étaient environ de 5 %, mais dorénavant, les guerres font des victimes à 90 % civils. Voir « La dissuasion est un prétexte », Mensuel de l’Union Pacifiste, n°634, Avril 2026.
[55] Groupe Grothendieck, guerre généralisée au vivant et biotechnologie, https://ggrothendieck.wordpress.com/guerre-generalisee-au-vivant-et-biotechnologies/