Philippe Bouvier
La leçon politique de Ken Loach, des films sous le régime de Vichy, notre face-à-face sur “Autofiction”… Cannes jour 8, le récap
Mardi 19 mai, le cinéaste aux deux Palmes d’or s’est déplacé spécialement pour une projection en plein air de son film “Land and Freedom”, sorti en 1995, et a prononcé un vibrant discours. Et aussi, nos critiques, vidéo et photo du jour.

Ken Loach à la première d’« Autofiction », de Pedro Almodóvar, à Cannes, le 19 mai 2026. Photo Franck Castel/Abaca
Publié le 20 mai 2026

L’actu
Il faut se laisser porter, s’éloigner des salles du Palais et s’aventurer sur les plages. C’est là, à la nuit tombée, que Ken Loach nous a fait vivre, mardi soir, une des belles émotions du festival. Son film de 1995, Land and Freedom, est projeté en plein air, loin, très loin de la compétition, mais le cinéaste aux deux Palmes d’or a tenu à faire l’aller-retour depuis l’Angleterre pour le présenter aux spectateurs allongés sur des transats. Il aura 90 ans au mois de juin. Frêle comme un oisillon, il se déplace lentement, péniblement, mais quand il se campe au centre de la scène porté par une immense ovation, sa force est stupéfiante. C’est lui qui se confond en remerciements pour le public français et pour le festival qui l’a invité « une dernière fois ». Et « s’il peut se permettre », il a deux ou trois choses à dire. D’abord à son « cher ami », Wim Wenders « qui dit que le cinéma devrait se situer au-dessus de la politique ». « Je ne pourrais pas être moins d’accord et je citerai Martin Luther King : “La pire chose n’est pas la violence des méchants mais le silence des gens de bien.” Et face à l’exploitation, l’oppression, la richesse insensée et la pauvreté désespérée, les guerres et leurs crimes, et, laissez-moi le nommer, le génocide à Gaza, nous ne pouvons pas rester silencieux. »
Sa fièvre politique ne faiblit pas. « Les artistes sont les protecteurs de la vérité, les voix radicales de la civilisation, ce n’est pas un boulot pénible et nous continuerons de le faire au mieux. » Le vent est frais, il est 22 heures passées, Ken Loach s’assied sur un fauteuil de toile près d’un marchand de glaces de la Croisette pour regarder le film avec son public. Avant de tourner les talons, il a livré une dernière citation, celle de Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître. » « Pour certains d’entre nous, il ne reste plus beaucoup de temps. Alors bon dieu, dépêchons-nous de faire advenir ce nouveau monde que nous puissions tous le connaître ! » — L.R.