Cannes. Standing ovation pour les leçons de morale.

Nicolas Philippe Granget

Festival de Cannes. Standing ovation pour les grandes leçons de morale.

Une tribune signée par 600 artistes. Des huées contre Canal+. Des discours indignés contre Bolloré, contre “l’empire médiatique”, contre l’influence supposée du grand méchant conservateur.
Très bien.
Mais il y a juste un détail que le petit théâtre du cinéma français oublie soigneusement de rappeler : depuis des années, Canal+ finance massivement le cinéma français.
Oui, ce même Canal+ détenu par Vincent Bolloré.
Une énorme partie des films, des productions, des cachets, des avant-premières, des festivals et même de l’écosystème du cinéma d’auteur français survit grâce aux investissements du groupe.
Le cinéma français adore cracher sur Bolloré… mais continue de vivre avec son argent.
C’est toute l’hypocrisie du showbiz parisien résumée en une scène.
On dénonce le “capitalisme réactionnaire” sur tapis rouge avec une coupe de champagne à la main… pendant que les financements tombent discrètement en coulisses.
Car la réalité est beaucoup moins glamour que les discours militants de Cannes : sans les obligations d’investissement de Canal+, une partie du cinéma français serait déjà sous respirateur artificiel.
Beaucoup de ceux qui huent aujourd’hui Bolloré savent très bien qu’ils dépendent indirectement de cet argent pour produire leurs films, financer leurs équipes ou maintenir leur train de vie culturel.
Le plus fascinant, c’est ce mélange très français : mépriser celui qui finance le système… tout en refusant de vivre sans lui.
Le cinéma français veut l’argent de Bolloré, mais surtout pas l’image de Bolloré.
Une forme de relation toxique devenue presque artistique à ce niveau-là.