Nicolas Torcheux
« Ce procès dépasse la seule personne de Guillaume B. Il interroge un système dans lequel un homme peut, pendant sept ans, torturer, prostituer et anéantir une femme dans la plus grande invisibilité sociale. »
Publication de Le Média Libre
Quand un homme détruit une femme : le procès Guillaume B., l’horreur au visage ordinaire
Il avait le visage rassurant d’un directeur d’agence bancaire. Un père de famille. Un homme comme les autres. Pendant sept ans, Guillaume B. a fait de sa compagne Laetitia R. son objet, son esclave, sa chose. Le procès s’est ouvert lundi 18 mai 2026 devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence, à Digne-les-Bains. Ce que les audiences révèlent, jour après jour, dépasse l’entendement et confirme, une fois de plus, l’urgence absolue de nommer ce que la société préfère encore trop souvent taire.
Sept ans de calvaire dans une banalité terrifiante
Laetitia R. a 42 ans aujourd’hui. Elle est mère de quatre enfants, originaire de Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence. En 2015, elle a 32 ans quand elle rencontre Guillaume B. sur un site de rencontres. Il a neuf ans de plus qu’elle, se montre protecteur, rassurant. Les premières semaines, il est attentionné, s’occupe de ses propres enfants, a des amis. L’apparence parfaite de la normalité.
Puis, progressivement, tout bascule. Sous prétexte de pratiques sadomasochistes, il impose un contrôle coercitif sur chaque détail de l’existence de Laetitia. L’heure de lever, l’heure de coucher, les vêtements, la coiffure, le maquillage. Les appels téléphoniques sont filtrés, les réponses dictées mot pour mot. Même les consultations médicales sont surveillées : soit il entre dans le cabinet avec elle, soit il exige qu’elle pose discrètement son téléphone pour qu’il écoute à distance la totalité de l’échange, à l’insu du médecin. Elle ne voit plus ses amis, à peine sa famille. Le vide autour d’elle est total et méthodique.
Ce que Guillaume B. a fait subir à Laetitia relève de la torture au sens propre. Il lui inflige des coups de planche à découper, des entailles, des brûlures de cigarette. Il ne lui accorde qu’une nuit complète de sommeil tous les dix jours. Il la force à l’appeler « maître ». Il l’oblige à se faire tatouer une insulte sexuelle sur le bas-ventre, malgré le refus initial de la tatoueuse. Elle doit obtenir sa permission pour aller aux toilettes. Quand il refuse, il la regarde se faire dessus. La juge d’instruction a utilisé le terme de « réification » dans son ordonnance : Laetitia a été réduite à l’état d’objet. Dans ce dossier figurent des centaines de messages, des échanges téléphoniques et des constatations médicales venant corroborer sa parole.
Livré à des inconnus, même enceinte, même contre paiement
La destruction ne s’arrêtait pas entre les quatre murs du domicile. Guillaume B. recrutait des inconnus sur des sites de libertinage et livrait Laetitia à ces hommes. Il lui ordonnait d’avoir des relations sexuelles avec d’autres, écoutant lui-même au téléphone portable, décidant des pratiques, fixant les tarifs et récupérant d’abord la moitié puis la totalité des gains. Ces actes se déroulaient dans sa voiture, sur des parkings, notamment celui de la gare TGV d’Aix-en-Provence, ou au domicile. Laetitia dit clairement qu’elle n’était pas consentante. Elle rapporte avoir subi ces viols répétés même enceinte.
Les pratiques qu’il lui imposait lui ont causé des séquelles physiques permanentes, dont une incontinence anale attestée médicalement. L’experte gastro-entérologue Ariane Deseux a formellement écarté tout lien avec les accouchements. Pour quitter son domicile, Laetitia doit aujourd’hui porter un appareil neuromodulateur, avec une autonomie d’environ deux heures. Pour maintenir son emprise, Guillaume B. brandissait des menaces précises : diffuser des images intimes et dégradantes auprès de sa famille, lui retirer la garde de ses enfants. Un chantage à la rupture permanent.
En avril 2022, il l’étrangle jusqu’à la perte de connaissance. Pour la première fois en sept ans, terrifiée, convaincue qu’elle va mourir, Laetitia se confie à une amie. La police est alertée. Moins de vingt-quatre heures plus tard, Guillaume B. est placé en détention. Il y est toujours.
Accusé de viols aggravés, de proxénétisme aggravé et d’actes de torture et de barbarie, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. C’est la défense qui avait demandé le huis clos — la cour l’a refusé. Laetitia, elle, n’en voulait pas. Comme Gisèle Pelicot avant elle, elle veut que le monde sache. Dès le premier jour d’audience, une quinzaine de femmes du collectif « 8 mars toute l’année » s’étaient rassemblées devant le tribunal en soutien, avec des pancartes réclamant que la honte change de camp.
Au deuxième jour, les enfants parlent
Ce mardi 19 mai, le fils de l’accusé issu de sa précédente union, Robin, 17 ans, a été appelé à la barre. Il ne désigne son père que par « monsieur » ou « Guillaume ». Sa posture droite tranche avec celle de l’homme prostré dans le box. Ce qu’il décrit est sans ambiguïté : un homme « dominateur », pour qui « dire non, c’est impossible ». Il rapporte des violences verbales permanentes, des menaces, des insultes. Des menaces de coups, des « t’es rien », des « tu dois m’écouter ». Il précise que son frère aîné Antoine, polyhandicapé, et la fille de Laetitia subissaient eux aussi ces comportements. Sur l’avenir de leur relation avec son père, Robin est lapidaire : finies. Il se dit mieux depuis qu’il n’est plus là.
Son avocate de défense lui présente des messages de Guillaume B. lui déclarant son amour. Robin ne cède pas : il lui disait « je t’aime » pour ensuite lui mettre un coup dans la gueule. Quand l’avocate mime les gestes décrits en les minimisant, Robin répond avec une lucidité qui glace : les violences verbales font parfois plus mal que les violences physiques.
La mère de Robin, Agnès, ex-épouse de Guillaume B. de 2000 à 2015, dresse ensuite le même portrait. Un homme au tempérament impulsif, qui prenait les décisions seul, sans concertation. Elle raconte une violence « crescendo » : menaces de séparation, violences physiques et verbales, épisodes où il la tient en joue avec l’un de ses fusils ou la menace avec une arme blanche. Elle s’est réfugiée dans la chambre avec ses enfants, a appelé les gendarmes, déposé une main courante. Il lui avait également proposé de « l’offrir à d’autres », ce qu’elle a refusé. L’autorité parentale de Guillaume B. sur ses enfants lui a été retirée en 2018. Les services sociaux avaient été alertés dès 2017 par l’école de Robin et la psychomotricienne d’Antoine. Lors de l’enquête, cette ancienne épouse avait aussi indiqué qu’il avait eu des comportements violents lorsqu’elle était enceinte, et que c’est après lui avoir demandé de se prostituer qu’elle avait mis fin à leur relation.
Un homme sans remise en cause
Face à ces témoignages accablants, Guillaume B. sanglote pour la première fois depuis le début de son procès quand il est question de ses enfants. Il admet n’avoir « levé la main qu’une fois » sur sa fille. Il se dit victime d’une image de « bourreau » qu’on lui colle. Dès le premier jour, à la lecture des charges, il n’avait cessé de secouer la tête, assurant qu’on le faisait passer pour un monstre qu’il n’était pas, plaidant des « jeux sexuels consentis ». La présidente de la cour d’assises, Estelle Lassaussois, lui a asséné sans détour : depuis quatre ans de détention, il ne montre aucun signe de remise en cause. Soit il est cynique, soit il n’en a pas conscience. Dans les deux cas, c’est grave.
Ce procès dépasse la seule personne de Guillaume B. Il interroge un système dans lequel un homme peut, pendant sept ans, torturer, prostituer et anéantir une femme dans la plus grande invisibilité sociale. Un homme. Le verdict est attendu vendredi.
Sources : Libération, France 3 Provence-Alpes, Franceinfo, 20 Minutes
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