The Nation interviewe la vice-premiere ministre espagnole, Yolanda Diaz, sur le projet de démocratisation de l’entreprise, porté par le gouvernement de Madrid. Il s’agirait de permettre aux travailleurs et travailleuses d’élire leurs représentant.e.s, qui siegeraient avec ceux des actionnaires dans un « parlement d’entreprise ».
Celles et ceux qui sont un peu au courant de la problématique auront reconnu le thème porté depuis des années par la chercheuse et prof belge de l’UCL, Isabelle Ferreras. Bingo: c’est justement Mme Ferreras qui préside la commission mise en place en Espagne pour conseiller le gouvernement Sanchez. Le monde est vraiment petit.
Mme Ferreras excelle à emballer ses propositions dans une denonciation du despotisme capitaliste, d’apparence radicale, voire libertaire. Cependant, elle ne déduit pas de ce beau discours la nécessité du controle ouvrier dans une perspective de remise en cause de la propriété capitaliste, non. Sa réponse à elle, c’est l’établissement d’une cogestion a l’allemande (Mitbestimmung). Autrement dit, un système qui laisse les leviers de commande aux capitalistes tout en piegeant les travailleurs dans la defense de la compétitivité face à la concurrence.
Yolanda Diaz reproduit ce discours mielleux et trompeur mot à mot (c’est ce qui m’a fait soupconner une inspiration « ferrarienne », vite confirmée en quelques clics). En prime, elle chante les louanges de son parti, Sumar. Selon elle, Sumar ferait avancer les causes progressistes face au PSOE social-democrate.
L’actionnariat ouvrier n’est pas une invention récente, et pas davantage une avancee progressistes. Cela fait des décennies que divers stratèges capitalistes y songent, comme moyen de désamorcer la conscience de classe et de diviser le monde du travail. Ce serait en quelque sorte la cerise sur le gâteau pour les politiciens neoliberaux ( GLouB par exemple) qui jurent de redresser la société en « revalorisant le travail » (en réalité, en intensifiant l’exploitation du travail par le truchement de la misère imposée à « l’armée de reserve »!).
La gauche du mouvement ouvrier et les intellectuels qui l’appuient (Mateo Alaluf, chez nous) s’ est toujours opposée à ces propositions. Avec succès jusqu’à présent. Mais le vent mauvais qui se lève en Europe pourrait changer la donne. Pour rappel, le corporatisme est un vieux projet de l’extreme-droite, mis en.pratique notamment par le regime franquiste. Le cas espagnol ouvrira-t-il une breche sur le vieux continent? A l’heure où certains gestes posés par Pedro Sanchez soulèvent les espérances démesurées de certains militants de gauche, il semble en tout cas nécessaire de » mettre un peu de poivre et de vinaigre » ( comme disait Lenine) dans des jugements qui, au nom de « l’unite antifasciste » (necessaire) oublieraient la nature de la social-democratie.