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L’un des blocages les plus importants pour passer d’une voiture thermique à une voiture électrique est le prix. “C’est trop cher, ce n’est pas rentable”. Et si le prix devenait le premier argument pour passer à la voiture électrique ?
Le constat est clair. Nous devons drastiquement réduire le nombre de voitures individuelles en circulation et leur usage au quotidien. C’est un impératif pour respecter nos engagements climatiques, et la voiture électrique émet en moyenne 2 à 5 fois moins d’émissions de CO2 qu’une voiture thermique sur l’ensemble de son cycle de vie. Cet article est à lire absolument pour tout savoir (ou presque) sur la voiture électrique et le climat, et celui ci sur les batteries des voitures électriques.
Mais si vous n’avez pas vraiment d’autre choix que d’avoir une voiture, autant que cela vous coûte le moins cher possible, et que conduire soit le plus agréable possible, non ?
Le boom (retardé) de la voiture électrique
Dans un article de la BCC paru en juin 2025, nous pouvons lire ceci : « je conduis un véhicule électrique parce que je suis pauvre ». Lu Yunfeng est chauffeur privé et se trouve à une station de recharge dans la banlieue de Guangzhou, dans le sud de la Chine. Les Chinois n’ont pas du tout le même rapport aux voitures électriques qu’en France.
La chine construit plus des deux tiers des voitures électriques dans le monde (2025), mais ne fait pas qu’exporter. En 2025, plus de la moitié des voitures vendues en Chine étaient électriques. C’est très banal de rouler en électrique, comme dans d’autres pays, comme la Norvège ou proche de la totalité des nouvelles voitures vendues sont électriques.
C’est une tendance mondiale qui se dessine, avec un signal clair en décembre 2025 en Union Européenne, ou pour la première fois, les ventes de voitures électriques avaient dépassé les ventes de voitures thermiques. En France, c’est 20% des ventures de véhicules neufs en 2025. Mieux encore, le Danemark est passé de 1% d’électrique à près de 99% en seulement… 8 ans. C’est moins d’une génération de voiture d’environ 11,5 ans en France !
En 2026, et alors que le marché automobile global recule depuis janvier, les ventes de voitures électriques explosent en France et en Europe, notamment depuis le blocage du détroit d’Ormuz et le prix de l’essence qui atteint parfois 2,50€ le litre.
La désinformation sur la voiture électrique toujours aussi forte
En France, les idées reçues sur la voiture électrique ont la peau dure. Plusieurs raisons à cela, et la principale est sans surprise la désinformation. A l’instar des éoliennes, c’est le sujet qui subit le plus de désinformation climatique, sujet déjà clairement identifié sur Bon Pote en 2023 où nous avions rédigé un article sur le sujet.
La désinformation sur la voiture électrique est depuis toujours aussi forte. Une désinformation immense sur les réseaux sociaux qui ont viré leur équipe de modération, mais aussi à la télé, où les reportages et éditos s’enchainent avec leur lot de mensonges et d’exagérations, créant ainsi un sentiment de crainte quant au passage au véhicule électrique.

Vous verrez aussi beaucoup de titres d’articles avec “le marché des voitures électriques stagne”, “fin du boom”, etc. En 2024 et 2025, des dizaines de titres en France et ailleurs dans le monde, comme le rappelle ci-dessous Ketan Joshi. La réalité, c’est que le marché mondial est toujours en plein boom (ventes de VE dans le monde, graphique de droite), et ce n’est pas prêt de s’arrêter :

En majorité, vous n’entendrez parler que des défauts de la voiture électrique, parfois avec une belle dose de mensonges. C’est “hors de prix” (on va y revenir), c’est “que pour les bobos parisiens”, ça n’a “pas d’autonomie”, “ça pollue plus que la voiture thermique”, les “gens” ne sont pas satisfaits et quand ils veulent revendre il n’y a aucun marché de l’occasion…
La réalité, c’est que selon les sondages, les conducteurs de voiture électrique sont satisfaits de 85 à 98%. Faites le test sur n’importe quel moteur de recherche. Mieux, des scores de satisfaction supérieurs à la voiture thermique. Rappelons également qu’un véhicule électrique sur trois vendu en France est produit en France, contre environ 2% pour les véhicules thermiques. L’écart entre le traitement médiatique et la réalité est immense.
Pourquoi les Français passent à la voiture électrique ?
Avant d’examiner les blocages pour passer massivement à la voiture électrique, regardons d’abord pourquoi les Français franchissent le pas.
Nous avions contacté à l’été 2025 La Chaine EV qui avait réalisé une étude parmi ses abonnés et divers groupes Facebook. Leur panel n’est pas parfaitement représentatif (c’est rarement le cas), mais c’est particulièrement instructif sur les raisons de milliers de Français qui sont passés de la voiture thermique à la voiture électrique.
De très loin, l’argent reste le premier facteur pour passer d’une voiture thermique à une voiture électrique. “La lutte contre le rechauffement climatique est un facteur de transition vers le VE pour 49% des répondants, mais ca reste derriere les économies, le confort et le plaisir de conduire. 30% ont fait ce choix pour ne plus donner d’argent aux petroliers”.
Les retours d’expérience sont particulièrement utiles pour répondre aux propriétaires d’une voiture qui hésite encore à passer à l’électrique. Un post Linkedin de Maxence Cordiez avait eu un écho important, notamment sur le coût d’une borne de recharge à domicile :

Le gain économique est clair, et la conclusion sans appel : “Dans mon cas (qui n’est pas nécessairement généralisable), le passage à une voiture électrique a été sans regret, à la fois du point de vue environnemental, économique et du confort de conduite”.
Nous avions demandé sur Instagram à des conductrices et conducteurs passés à l’électrique de nous faire un retour d’expérience. Voici une sélection parmi plusieurs centaines de retours, où le profil “bobo parisien” est bel et bien minoritaire. Des Français qui vivent à la campagne et n’ont aucun autre choix que de prendre leur voiture, des personnes au SMIC ou un peu plus, des Français plus aisés (consultants, médecins, etc.). Florilège :
J’ai acheté une MG4 (modèle chinois) en 2023. Faisant 140km par jour pour aller au travail, ma vieille c3 (de 2004) était sur sa fin de vie. De plus l’inflation sur l’essence à cause des conflits en Ukraine (à l’époque) montait ma facture mensuelle d’essence jusqu’à 250€. La MG4 (modèle standard) était vendue à l’époque 30 000€, avec mes options la facture montait à 31 000€. J’ai bénéficié de 7 000€ de bonus écologique. Donc la facture finale était de 24000€ TTC.
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Comment passer la voiture électrique à l’échelle ?
Pour que le boom récent des ventes de voitures électriques soit structurel, il est indispensable que les pouvoirs publics et constructeurs mettent en place des leviers pour que le choix par défaut soit celui de la voiture électrique.
Le chercheur Aurélien Bigo cite 3 leviers majeurs indispensables et à combiner pour rendre les véhicules électriques plus abordables :
- Le premier d’entre eux est de se tourner vers des véhicules plus légers, plus sobres et avec une autonomie raisonnable : ainsi, augmenter l’autonomie des voitures de l’ordre de 100 km augmente en moyenne son coût à l’achat de 10 000 € ; et par ailleurs, augmenter le poids du véhicule électrique neuf de 100 kg entraîne une hausse de son prix d’environ 3000 € ;
- Par ailleurs, un des principaux moyens d’accélérer le développement des véhicules électriques sur le marché de l’occasion est d’accélérer l’électrification des flottes de véhicules, sachant que les personnes morales représentent un peu plus de la moitié des achats de voitures neuves en France, et que ces véhicules se retrouvent souvent au bout de 3 ou 4 ans sur le marché de l’occasion ;
- Enfin, le développement des véhicules électriques et en particulier leur accès pour les ménages peu fortunés dépend encore fortement des aides publiques à l’achat ou encore du leasing social. Ces politiques publiques doivent permettre autant que possible de favoriser des véhicules parmi les plus sobres (ce qui n’est pas toujours le cas, cf ci-dessous), cibler les ménages qui en ont le plus besoin (dépendance à la voiture, faibles revenus, etc.) et favoriser la réindustrialisation de la production des véhicules en France.
En d’autres termes : une innovation financière de la part du gouvernement et des constructeurs. C’est grâce à cela que la voiture électrique s’est imposée dans plusieurs pays (Chine, Norvège, etc.) et il n’y a aucun retour en arrière observé. L’électrique est la norme, le thermique s’inscrit chaque année un peu plus dans le passé.
En France, si les arguments écologiques ne suffisaient pas à franchir le pas, le prix actuel de l’essence est en train de mettre tout le monde d’accord. Payer 2,5€ au 100km en électrique vs payer 2,5€ le litre d’essence, toute la désinformation du monde ne suffira pas pour empêcher les Français de pencher vers les voitures électriques.

