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Les technologies d’IA qui permettent de déshabiller le corps des femmes sans leur consentement contribuent à une nouvelle forme de contrôle, contre laquelle les responsables politiques ne luttent pas assez activement, analyse un collectif de responsables associatives. |
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Notre tribune signée avec nos partenaires associatifs publiée dans Le Monde en janvier 2026, sonnait l’alerte concernant les abus de Grok et d’autres IA générant des deepfakes sexuels sans consentement, une violence qui soumet le corps des femmes.
Un peu plus de deux mois plus tard, notre voix a été entendue : le 26 mars, le Parlement européen a voté sa position sur la révision de l’AI Act bannissant les outils de « nudification » qui génèrent des images intimes, tout en décalant au 2 décembre 2027 certaines obligations aux entreprises pour les IA à haut risque. Avant qu’elle n’entre en vigueur, le Parlement et le Conseil européen doivent négocier les détails de cette proposition de loi.
Les IA qui sont déjà dotées « de mesures de sécurité efficaces » empêchant ces pratiques ne sont pas concernées par cette mesure, précise l’institution.
Cela représente une étape clé dans notre combat quotidien contre ces violences numériques, cependant OLF restera vigilante aux avancées des négociations.
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En 1972, Gisèle Halimi défendait devant les assises de Bobigny Marie-Claire Chevalier, une jeune femme accusée d’avoir avorté après un viol. Son plaidoyer, historique, résonnait comme un manifeste :
une femme devrait avoir « le droit de disposer d’elle-même ».
Ces mots, prononcés dans le cadre d’un procès pour avortement, portaient en eux une revendication universelle : le droit de chaque femme à l’autonomie corporelle, à la dignité, à l’intégrité.
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Le contexte était celui d’une lutte contre l’oppression étatique et sociale, contre une société qui refusait aux femmes le contrôle sur leur propre existence. Plus de cinquante ans plus tard, l’affaire Gisèle Pelicot nous rappelle que la notion de disponibilité du corps des femmes demeure profondément ancrée dans nos sociétés.
Cette exigence d’autonomie et de dignité se trouve aujourd’hui confrontée à une menace d’une nature radicalement différente. Si la bataille de nos aînées portait sur le droit de disposer de leur corps face à des normes sociales oppressives, le combat contemporain s’étend désormais aux outils numériques : l’intelligence artificielle (IA) apparaît comme un nouvel instrument de violences contre les femmes.
Depuis fin 2025, nombreux sont les utilisateurs qui détournent l’outil d’IA Grok, développé par Elon Musk, pour générer des deepfakes à caractère sexuel, permettant de faire apparaître une personne dans une situation qu’elle n’a jamais vécue et ciblant particulièrement des femmes, qu’elles soient majeures ou mineures. Cette affaire n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une tendance plus large, caractérisée par la prolifération de sites Web et d’applications accessibles qui permettent de déshabiller, de sexualiser ou de transformer le corps de femmes sans leur consentement.
Ces technologies d’IA réinventent la domination masculine en s’appropriant l’image des femmes, ou en modelant des femmes virtuelles à l’aune des fantasmes les plus rétrogrades. Il est désormais possible de générer des images de femmes « sur mesure », calibrées selon des critères précis (origine, ethnie, âge, morphologie, taille de la poitrine…), systématiquement sexualisées, soumises, réduites à l’état d’objet de fantasme.
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Une régression vers des stéréotypes sexistes renforcés par la technologie
Ces pratiques marquent un retour en arrière, une régression vers des stéréotypes que les mouvements féministes combattent depuis des décennies. Elles instaurent également une forme renouvelée de contrôle sur le corps des femmes, en s’appropriant leur image, en la déformant, et en la diffusant sans leur consentement.
Pourtant, le règlement européen sur l’IA, l’AI Act, encadre explicitement les systèmes présentant des risques pour les droits fondamentaux et oblige leurs fournisseurs à évaluer et à atténuer ces risques. Il est raisonnable d’attendre que ces systèmes intègrent, dès leur conception, des garde-fous techniques empêchant la génération de tels contenus. Lorsqu’un algorithme permet de déshabiller des femmes, il ne s’agit pas d’une simple dérive, mais du résultat d’un choix délibéré de conception et d’un échec manifeste de conformité et de responsabilité des acteurs concernés.
À cette dimension générative s’ajoute la question de la diffusion et de la modération : la facilité avec laquelle ces contenus sont créés contraste fortement avec la difficulté à les faire supprimer. Bien que ces pratiques soient illégales en France – et devraient être davantage harmonisées à l’échelle européenne d’ici 2027 –, les mécanismes de signalement et de retrait des services numériques restent largement insuffisants : procédures opaques, délais excessifs, décisions incohérentes. Les contenus peuvent ainsi demeurer accessibles pendant des mois, voire des années.
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Un cadre juridique encore insuffisant pour protéger efficacement les victimes
Contrairement à d’autres contenus graves, les images sexuelles diffusées sans consentement ne sont pas, dans la plupart des cas, considérées comme « manifestement illégales ». Leur retrait suppose de prouver l’absence de consentement, ce qui limite l’intervention immédiate des autorités françaises chargées du retrait et du blocage de contenus illicites, comme la plateforme PHAROS. Pour les faire retirer, les victimes doivent déposer une plainte ou saisir le procureur, mais beaucoup y renoncent, par honte, par scepticisme quant à l’efficacité de la justice, et parce qu’elles sont confrontées à des forces de l’ordre insuffisamment préparées pour les accompagner.
La situation se complique davantage lorsque les contenus sont hébergés à l’étranger, ce qui représente la majorité des cas. Certaines plateformes exploitent ces failles pour retarder les retraits et imposent aux victimes des procédures intrusives et humiliantes. En 2025, l’association Point de Contact, signaleur de confiance désigné par l’Arcom, a reçu plusieurs milliers de signalements pour diffusion non consentie de contenus intimes. Elle accompagne les victimes dans le retrait des contenus et agit pour prévenir leur rediffusion. En collaboration avec Osez le Féminisme, plusieurs centaines de contenus liés à l’affaire French Bukkake ont été retirés. Toutefois, de nombreux contenus demeurent en ligne, et leur recensement repose toujours sur les victimes et les associations, une démarche éprouvante qui constitue en elle-même une forme de revictimisation.
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Une absence de réponse politique à la hauteur des enjeux
Le retrait de ces contenus n’est pas une question de faisabilité technique, mais de priorité politique. Alors même que l’égalité entre les femmes et les hommes a été érigée en grande cause nationale, les femmes demeurent les grandes oubliées de la lutte contre les contenus illicites. L’État a démontré qu’il était possible de se saisir rapidement des enjeux numériques et de les réglementer, comme en témoigne le projet de loi visant à interdire l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux. S’il s’est mobilisé sur l’affaire Grok, les cyberviolences sexistes et sexuelles dépassent largement le cas d’un outil isolé.
Ce sujet crucial repose encore largement sur le secteur associatif. Leur action essentielle et experte ne saurait toutefois se substituer à une politique publique claire et coordonnée pour protéger efficacement les femmes dans l’espace numérique. Il est urgent de doter la France d’un arsenal procédural et judiciaire à la hauteur de ces enjeux. Face à la dimension transfrontalière de ces violences, son action doit s’inscrire et se renforcer au niveau de l’Union européenne, avec une coordination effective entre États et institutions.
Comme le rappelait Gisèle Halimi, les droits des femmes ne s’obtiennent jamais sans combat. Aujourd’hui, cette lutte se poursuit dans l’espace numérique.
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Signataires de la tribune :
Alyssa Ahrabare, présidente de la Coordination française pour le lobby européen des femmes ;
Charlotte Baelde, présidente du Centre Hubertine-Auclert ;
Françoise Brié, présidente de Women Without Violence International Foundation ;
Laurence Ligier, directrice et fondatrice de Cameleon ;
Alejandra Mariscal Lopez, directrice de l’association Point de contact ;
Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol ;
Céline Piques, porte-parole d’Osez le Féminisme ;
Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’enfance ;
Michèle Vitrac, présidente d’Elu.es contre les violences faites aux femmes
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Mercredi 13 mai à 19h à la Cité Audacieuse : Féministalk –
Rapport au corps et “diet culture” : Repenser notre relation au corps et à l’alimentation. Inscription.
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