Après que la Cour suprême trumpiste ait supprimé fin avril le droit à une représentation noire aux élections, suivie immédiatement par une reconstitution de fait de la Confédération raciste des Etats du Sud par les élus Républicains trumpistes des Tennessee, Alabama, Louisiane, Missouri, Mississippi, Caroline du Sud, Floride qui ensemble ont supprimé ou essaient de supprimer en ce début mai les circonscriptions électorales qui ont donné lieu à l’élection de députés noirs (Démocrates essentiellement), la riposte ne s’est pas faite attendre.
Le 4 mai ont eu lieu des manifestations au Tennessee et en Alabama, où le recul légal raciste est le plus avancé, avec différents rassemblements les 5 et 6 mai tandis que le 6 mai les députés noirs Démocrates Justin Pearson et Justin Jones, se faisaient expulser manu militari de la chambre des représentants du Tennessee où ils sont pourtant élus où ils tentaient de s’opposer à ce vote, et que le 6 mai d’autres élus ou militants perturbaient les séances racistes des chambres des représentants ou du Sénat du Tennessee et de l’Alabama.
Depuis, les dénonciations de la loi indigne de la Cour suprême – qui fait revenir les USA en 1877 et aux lois ségrégationnistes Jim Crow -, se sont multipliées un peu partout dans le pays dans tous les secteurs et milieux avec notamment les anciennes organisations de défense des Droits civiques comme la NAACP (qui a appelé aux manifestations de Nasville et d’Alabama) ou nouvelles comme BLM Black Lives Matter, avec des propositions par exemple de boycott des athlètes noirs des équipes de basket, football américain ou autres, des Etats racistes (athlètes noirs très nombreux qui rapportent beaucoup d’argent aux villes concernées) mais aussi par des syndicats alors que si la proportion d’afro-américains est de 18,7% dans la population, elle est de plus de 30% dans la classe ouvrière et encore plus importante dans certains secteurs comme l’automobile.
Alors que la participation d’élus noirs au Congrès américain n’a jamais été aussi nombreuse qu’après la guerre de sécession, à partir des lois Jim Crow de 1877 elle a été combattue et réduite à néant dans les Etats racistes du sud avec l’aide du KKK en même temps que l’instauration d’un apartheid, un développement séparé noirs et blancs dans tous les domaines, jusqu’à 1965 où une loi a mis fin à ce racisme institutionnel (mais pas au réel) et permis aux majorités de population noire, d’avoir leurs districts électoraux. Trump revient donc en arrière pour tenter de rester au pouvoir parce que s’il ne truque pas les élections, les Républicains seront balayés aux élections de mi-mandat en novembre 2026, avec le risque pour lui et ses proches de finir en prison. Alors, il liquide le vote noir comme il essaie aussi de supprimer ou réduire le vote des femmes et des étudiants. Ainsi, avec cette loi, si les Etats racistes parviennent à leurs fins, il faudra de 10 à 14% de plus de voix pour qu’un Démocrate soit élu. Mais ce faisant, Trump risque bien de faire naître un mouvement de révolte noire qui en s’ajoutant aux manifestations « No Kings » ou pour la grève générale « Mayday Strong » risquent bien de raccourcir encore sa présidence – on se souvient de Black Lives Matter qui lui a fait perdre les élections de 2020 -.
Discours de la sénatrice noire démocrate London Lamar lors de la manifestation du mardi 5 mai
« Je prends la parole aujourd’hui non seulement en tant que sénatrice, mais aussi en tant que fille de Memphis, fille du Sud, et bénéficiaire du sang, des sacrifices et du courage des Noirs qui ont lutté pour le droit de vote. Il s’agit de l’un des votes les plus importants que nous aurons jamais à émettre dans cette assemblée. Non pas à cause de simples lignes sur une carte, mais à cause de ce que ces lignes sont censées faire : effacer toute représentation, diluer le pouvoir de vote des Noirs et faire croire à Memphis que notre voix n’a d’importance que si elle est contrôlée.
« Alors, cessons de faire comme s’il s’agissait d’un simple redécoupage électoral. Il n’y a pas eu de nouvelles données de recensement. Il n’y a pas d’urgence pour la population. La seule urgence, c’est que les Républicains de cette assemblée ont vu une opportunité politique après une décision de la Cour suprême qui a affaibli le Voting Rights Act, et qu’ils se sont immédiatement mobilisés pour attaquer le pouvoir de vote des Noirs. Cette carte ne reflète pas Memphis. Elle diminue Memphis. Elle découpe notre ville en morceaux et étend nos communautés à des centaines de kilomètres, vers des lieux aux besoins, aux économies, aux histoires et aux réalités vécues différents. » Le député Justin J. Pearson, démocrate de Memphis, contemple le buste de Sampson K. Keeble, premier Afro-Américain élu à l’Assemblée législative de l’État, devant l’hémicycle de la Chambre des représentants, avant une session extraordinaire consacrée au redécoupage des circonscriptions électorales du Congrès américain, à Nashville, Tennessee, le mardi 5 mai 2026. (Photo AP/George Walker IV)
« On ne peut pas prendre une ville à majorité noire, fragmenter son pouvoir électoral et prétendre ensuite que la question raciale n’y est pour rien. Le racisme ne devient pas moins raciste parce qu’on le qualifie de partisan. C’est toujours la même rengaine, avec un nouveau langage juridique. Quand les Noirs ont obtenu le droit de vote, on leur a imposé des tests d’alphabétisation. Quand nous nous sommes organisés, on a utilisé les taxes électorales. Quand nous avons acquis du pouvoir politique, on a eu recours au découpage électoral partisan. Et aujourd’hui, en 2026, on convoque des sessions extraordinaires… »
« Nos ancêtres n’ont pas marché, versé leur sang, été battus, emprisonnés et sont morts pour que cette assemblée législative puisse se servir d’une décision de justice comme prétexte pour… » Aujourd’hui, on manipule les circonscriptions électorales pour leurs petits-enfants. Des Noirs ont péri dans les rivières et les champs à travers tout le pays parce qu’ils ont osé revendiquer une représentation et le droit de vote. Et aujourd’hui, en 2026, nous sommes là, impuissants, à regarder des élus tenter de nous priver de cette représentation. Ces sacrifices ont permis à des gens comme moi d’être ici et de faire entendre leur voix.
« Je n’aurais jamais imaginé, en tant que plus jeune Afro-Américaine à avoir jamais siégé dans cette assemblée dans l’histoire de cet État, que je me tiendrais ici à débattre de l’affaiblissement du pouvoir politique de ma ville et de ma communauté. Je n’aurais jamais pensé, en tant que mère d’un enfant que vous êtes si nombreux à aimer, que vous appelez affectueusement « Bébé Sénateur », que mon bébé aurait moins de droits que sa grand-mère. C’est une insulte à Memphis. C’est une insulte à la communauté noire. Et c’est une insulte à moi, en tant que mère. 1 390
« Il ne s’agit pas de donner de l’importance à Memphis. Memphis en a toujours eu. Memphis compte pour notre économie. Memphis compte dans l’histoire de notre pays. Et Memphis compte parce que nous avons le droit de vote – et notre représentation au Congrès est aujourd’hui menacée. Vous ne donnez pas plus de représentation à Memphis en la regroupant dans des communautés qui ne lui ressemblent pas. La représentation ne se résume pas à la géographie. Il s’agit de responsabilité. Si ma communauté ne peut pas s’organiser, voter et demander des comptes à au moins un membre du Congrès, alors notre représentation a été délibérément affaiblie. Républicains, vous n’allez pas seulement affaiblir Memphis. Car Memphis restera influente. Vous allez aussi renoncer à votre conscience morale. C’est un véritable coup d’Etat.
Lors de la dernière session législative, vous n’aimiez pas notre conseil scolaire – vous l’avez pris en main. Vous n’aimiez pas notre autorité aéroportuaire – vous l’avez prise en main. Et maintenant, vous n’aimez pas la façon dont Memphis vote, vous allez nous enlever ça aussi. On ne peut pas croire au contrôle local tout en privant les électeurs de Memphis d’une représentation significative. On ne peut pas prétendre respecter la démocratie tout en changeant les règles après que les candidats se soient déjà qualifiés. » Vous semez le chaos délibérément.
« Ce n’est pas du conservatisme. C’est de la lâcheté. Si votre programme ne peut garantir une représentation équitable des électeurs noirs, alors le problème ne vient pas de nous, mais de votre programme. »
(Photos du député noir Justin Pearson Justin Pearson mettant le feu au drapeau raciste de la Confédération à la Chambre des représentant du Tennessee ce 6 mai, de la manifestation du 5 mai à Nashville, de Rachael Spriggs levant le poing et hurlant son dégoût à al chambre des représentants à Nashville le 6 mai, de Jamiah Irby arrêtée par un policier alors qu’elle brandit un écriteau « le vote des noirs compte » au Capitole de Nashville, de la sénatrice noire démocrate de Nashville Charlane Oliver, brandissant une banderole dans le sénat du Tennessee le 7 mai, de la militante noire Bertha Manning, de Birmingham, prenant la parole ce 6 mai dans une manifestation devant la chambre des représentants de l’Alabama à Montgomery)





