(Pékin) Le président Xi Jinping a émis jeudi une sévère mise en garde à l’adresse de son homologue Donald Trump sur le risque de « conflit » au sujet de Taïwan, dès l’ouverture d’un sommet placé sous le signe de multiples tensions bilatérales et internationales.
Le Moyen-Orient et Taïwan font partie des nombreux sujets de discorde sous-tendant les discussions tenues jeudi et vendredi par les dirigeants des deux puissances rivales.
Relations commerciales, accès aux terres rares et aux semi-conducteurs, intelligence artificielle… Autant de querelles aux prolongements internationaux entre les deux géants.
Le premier jour de la visite de M. Trump a produit plus de faste et de manifestations d’une volonté de décrisper l’atmosphère que de résultats concrets.

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Le président Donald Trump s’exprime lors d’un dîner d’État avec le président chinois Xi Jinping au Grand Hall du Peuple, le 14 mai 2026, à Pékin.
Au-delà du caractère exceptionnel de la visite, la première d’un président américain depuis celle que M. Trump avait lui-même effectuée en 2017, le sommet est largement présenté comme l’occasion de maintenir une certaine stabilité et de ne pas envenimer les crises existantes.
M. Xi a déroulé le tapis rouge à M. Trump, faisant retentir le canon et défiler des cordons impeccables de soldats à l’arrivée du président américain au Palais du Peuple, sous les « bienvenue » d’essaims d’enfants agitant les drapeaux des deux pays. Il a visité avec lui le Temple du Ciel, site emblématique de la capitale, et donné un grand banquet en son honneur.
Lors de ce dîner, M. Trump, qui a invité M. Xi et son épouse Peng Liyuan à la Maison-Blanche le 24 septembre, est resté inhabituellement discret. Il a qualifié ses conversations avec M. Xi « d’extrêmement positives et productives ».
Et dans ses seuls propos devant les caméras au début des entretiens, il a promis un « avenir fabuleux » aux relations sino-américaines et présenté le président chinois comme son « ami » et un « grand dirigeant ».
Taïwan et Ormuz au menu
Ces amabilités n’ont pas fait disparaître les réalités. Alors même que MM. Xi et Trump discutaient encore, les médias d’État ont publié les propos tenus par le président chinois à son homologue américain sur Taïwan.
L’île sous gouvernement démocratique, soutenue par les États-Unis et considérée par Pékin comme une province à réunifier avec la Chine, est la question « la plus importante dans les relations sino-américaines », selon M. Xi. « Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit », a-t-il prévenu, employant un mot en mandarin ne signifiant pas nécessairement conflit militaire.

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Le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping se lèvent pour écouter les hymnes nationaux de leurs pays lors d’une cérémonie de bienvenue au Grand Hall du Peuple, à Pékin, le 14 mai 2026.
La Maison-Blanche n’a pas évoqué Taïwan dans son compte-rendu des entretiens. M. Trump s’exprimera sur la question « dans les prochains jours », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, au média américain CNBC.
Dans un extrait d’une entrevue à Fox News enregistrée à Pékin après la rencontre, le président américain a dit que Xi Jinping lui avait assuré que Pékin n’enverrait pas d’équipement militaire à l’Iran et que la Chine était prête à aider à la réouverture du détroit d’Ormuz.
« Il a dit qu’il ne fournirait pas de matériel militaire… Il l’a affirmé avec force », a dit le président américain, ajoutant que son homologue chinois souhaitait « voir le détroit d’Ormuz ouvert ».
« Il a dit : “Si je peux être d’une quelconque aide, je serai ravi d’aider », a assuré Donald Trump.

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Des enfants brandissent des drapeaux chinois et américains à l’occasion de l’arrivée de Donald Trump en Chine.
Selon la Maison-Blanche, M. Xi a exprimé son intérêt pour acheter davantage de pétrole américain afin de réduire sa dépendance au détroit d’Ormuz. La Chine n’a pas évoqué un tel intérêt dans son compte-rendu.
La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz sous l’effet des blocus iranien et américain impacte directement la Chine. Une grande partie de ses importations de pétrole y passe.
L’agence iranienne Tasnim a annoncé jeudi que les forces iraniennes avaient autorisé depuis la veille le passage de « plusieurs navires » chinois.
« Stabilité constructive »
Les deux superpuissances se sont livré en 2025 une farouche guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples, après le retour de M. Trump à la Maison-Blanche.
MM. Xi et Trump ont conclu en octobre une trêve dont les suites devraient figurer parmi les sujets de discussion du sommet. Mais, depuis octobre, la Chine est touchée par les menées américaines au Venezuela, et bien davantage au Moyen-Orient.
MM. Xi et Trump se sont entendus jeudi pour désigner désormais les rapports sino-américains comme une « relation de stabilité stratégique constructive », selon la diplomatie chinoise.
« Nous devons être des partenaires, pas des rivaux », a affirmé M. Xi à M. Trump. Il a promis devant des patrons américains que les portes de son pays allaient « s’ouvrir toujours plus grand », selon un média d’État.
M. Trump a emmené avec lui le PDG de Boeing, Kelly Ortberg, mais aussi Elon Musk et les patrons d’Apple ou du géant des puces électroniques Nvidia, parmi d’autres.
En haut de la liste de vœux de Washington à Pékin figurent des accords dans le domaine de l’agriculture, par exemple, et peut-être la confirmation d’une commande massive d’avions auprès de Boeing.