Emmanuel Macron a reconnu mercredi que la question de « la confiance dans nos institutions » était posée, tout en mettant en garde contre toute « démagogie » et « précipitation » à légiférer.
Face à un pays sidéré par la mort de la petite Lyhanna, 11 ans, Emmanuel Macron a reconnu, mercredi 10 juin, que la question de « la confiance dans nos institutions » était posée, tout en mettant en garde contre toute « démagogie » et « précipitation » à légiférer.
Dans le Gers, les obsèques de la petite fille doivent se dérouler vendredi à 14 h 30 « dans la plus stricte intimité », selon l’avocat de la famille, et l’Association des maires du département a proposé à cette heure-là un moment de recueillement devant les mairies, avec drapeaux mis en berne. Jérôme Barella, le suspect dans la mort de la collégienne dont le corps a été retrouvé jeudi dernier dans le Gers, n’avait jamais été interpellé ni convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineurs.
« Il est évident qu’il y a eu des dysfonctionnements manifestes. Il faut comprendre désormais ce qui relève des responsabilités individuelles et des dysfonctionnements systémiques », a déclaré le chef de l’Etat lors du conseil des ministres, selon la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. « C’est la confiance en nos institutions qui derrière est également posée », a ajouté le président de la République alors que des milliers de personnes ont manifesté leur colère ces derniers jours un peu partout en France.
Le ministre de la justice, Gérald Darmanin, et son collègue à l’intérieur, Laurent Nuñez, ont lancé une enquête administrative confiée aux inspections générales de la gendarmerie et de la justice, qui doit rendre ses conclusions le 19 juin. Emmanuel Macron a appelé à attendre ses conclusions pour agir « avec méthode » et « renforcer tout ce qui doit l’être ».
Mercredi au Sénat, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a reconnu un problème de « moyens » dans l’institution judiciaire mais pas dans cette affaire. De son côté, l’ex-première ministre, Elisabeth Borne, a estimé que la justice restait aujourd’hui « sous-dotée » en France, tout en défendant les investissements faits depuis 2017. Le gouvernement proposera au Parlement de « continuer à augmenter le budget de la justice en 2027 », a déclaré Maud Bregeon, sans chiffrer le montant de cette hausse.
Le gouvernement et le Parlement rivalisent de propositions
L’immense émotion et la colère suscitées par la mort de Lyhanna alimentent une crise majeure pour l’exécutif, qui cherche à trouver des solutions, en particulier en promettant de nouvelles mesures législatives et réglementaires. Le gouvernement et le Parlement rivalisent de propositions. « La nation a besoin que nous fassions cela avec émotion, le cœur est chaud, mais avec du sang-froid, parce que nous statuons en droit », a insisté Sébastien Lecornu devant le Sénat.
Après avoir proposé la veille de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de vingt ans actuellement, et d’imposer un « délai maximal de trois mois » pour les actes d’enquête concernant les crimes sur enfants, il a ajouté mercredi un décret pour obliger les magistrats à « motiver » le classement sans suite de plaintes pour crimes sexuels sur mineurs. Ces mesures doivent être intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en conseil des ministres et qui sera examiné au Parlement le 15 juillet.
Le père du suspect visé par une plainte pour viol en 2013
Parallèlement, les investigations sur Jérôme Barella se poursuivent. Mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration, il doit être présenté à nouveau devant le juge d’instruction chargé du dossier au tribunal judiciaire d’Agen. Une requalification pour meurtre est attendue. Le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet, doit aussi communiquer les résultats de l’autopsie de la fillette, et d’éventuelles traces d’agression sexuelle.
Dans une autre procédure, le magistrat a annoncé mercredi que le frère de Jérôme Barella, prénommé Yannick, avait été mis en examen dans le cadre de deux enquêtes pour viol sur des anciennes compagnes. Par ailleurs, le père du principal suspect du meurtre de Lyhanna, avait été visé par une plainte pour viol d’une de ses petites-filles en 2013, qui a fait l’objet d’un non-lieu en 2021, a expliqué mercredi le parquet général de Montpellier, confirmant une information de RTL.