Débat : Jean-Pierre Petit face à Mélenchon

« Comment construire un monde plus intelligent sans oublier d’être humain ? » 🌍
Lieu : un amphithéâtre bondé. D’un côté,Jean-Pierre Petit, physicien, ancien directeur de recherche au CNRS, spécialiste de mécanique des fluides, de physique des plasmas, de magnétohydrodynamique et de cosmologie théorique. Chercheur indépendant au parcours atypique, il s’est fait connaître du grand public par ses travaux sur le modèle cosmologique Janus et par sa défense d’une science ouverte aux hypothèses nouvelles.
De l’autre, Jean-Luc Mélenchon, tribun politique, ancien professeur de philosophie, habitué à manier les concepts comme d’autres manient le marteau-piqueur. Les deux ont en commun un goût prononcé pour les idées qui sortent des sentiers battus… et pour les longues explications. 😄
🎙️ Mélenchon
« Monsieur Petit, vous parlez souvent de l’évolution de la science et des blocages institutionnels. Ne trouvez-vous pas que le même problème existe en politique ? Une petite élite décide pour tout le monde pendant que les citoyens regardent le train passer. Rousseau disait déjà que la souveraineté ne se délègue pas entièrement sans se perdre. Quand le peuple devient spectateur de sa propre histoire, la démocratie se vide de son âme. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je suis assez d’accord. Dans la recherche scientifique, les financements sont souvent contrôlés par ceux qui défendent déjà les théories dominantes. C’est un système très conservateur. Une idée nouvelle doit parfois attendre que ses opposants partent à la retraite avant d’être examinée sereinement. »
🎙️ Mélenchon
« Voilà ! C’est exactement ce que je dis concernant les institutions politiques. Quand les citoyens veulent participer davantage, on leur explique que c’est trop compliqué. C’est vieux comme Platon : on prétend que seuls quelques gardiens éclairés peuvent gouverner la cité. Mais moi, je crois davantage à l’intelligence collective du peuple qu’à la sagesse autoproclamée d’une caste. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Attention tout de même. Une démocratie ne peut pas fonctionner uniquement sur l’émotion du moment. En science, une hypothèse doit être vérifiée. En politique, une proposition devrait aussi être testée avant d’être généralisée. »
🎙️ Mélenchon
« Bien sûr. La démocratie, ce n’est pas le caprice permanent. C’est la délibération. Aristote disait que l’homme est un animal politique, pas parce qu’il vote une fois tous les cinq ans, mais parce qu’il parle, débat, argumente, cherche le juste. Le peuple n’est pas une foule hystérique par nature. Il le devient quand on lui refuse les moyens de penser collectivement.
Dès que les citoyens cessent de participer aux décisions qui orientent leur vie, la politique devient une affaire de spécialistes. Et lorsqu’elle devient une affaire de spécialistes, elle finit toujours par oublier ceux qu’elle prétend servir.»
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Là-dessus, nous nous rejoignons. Quand j’expliquais la magnétohydrodynamique à des lycéens, ils comprenaient très bien. Souvent, le problème n’est pas l’intelligence du public. C’est la façon dont on lui présente les choses. »
🎙️ Mélenchon
« Lors du meeting hologramme en 2017 , dont j’ai entendu dire qu’il vous avait laissé une impression favorable… » *(sourire).*
Nous avions évoqué les nouveaux horizons de l’humanité : la mer, l’espace et le numérique. Depuis, nous y avons ajouté la santé humaine, tant les progrès scientifiques dans ce domaine peuvent transformer nos sociétés, notamment avec l’avènement de l’intelligence artificielle.
C’était, je crois, une proposition assez singulière dans la vie politique française. Et le public avait plutôt bien réagi à cette vision tournée vers le long terme et aux sujets abordés .
Nous y affirmions également que la recherche fondamentale devait être plus libre, mieux financée et moins soumise aux impératifs de rentabilité immédiate.
Alors je voudrais vous poser la question : pensez-vous qu’il faille investir massivement dans la recherche fondamentale, notamment pour relever les grands défis énergétiques du XXIᵉ siècle ? »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Oui, c’était bien, et même révolutionnaire, je dois bien l’avouer. » (sourire).
Nous avons peut-être tendance à croire que les solutions énergétiques du futur seront simplement des versions améliorées de celles d’aujourd’hui. Pourtant, l’histoire de la science montre que les véritables révolutions viennent souvent d’une compréhension plus profonde de la physique elle-même. Personne n’avait imaginé l’énergie nucléaire avant de comprendre la structure du noyau atomique. Qui peut affirmer aujourd’hui que nous connaissons déjà toutes les ressources que recèle la nature ?
Regardez l’Histoire : l’électricité moderne, le laser, les semi-conducteurs, le GPS, Internet… aucune de ces révolutions n’est née d’un plan visant un bénéfice immédiat. Elles sont issues de chercheurs qui tentaient simplement de comprendre comment fonctionne l’Univers.
Dans le domaine de l’énergie, c’est encore plus vrai. Les défis auxquels nous faisons face sont gigantesques : stockage de l’électricité, fusion nucléaire, nouveaux matériaux, supraconductivité, propulsion spatiale, rendement des réseaux. On ne résoudra pas ces problèmes uniquement avec des tableurs Excel ou des études de marché. Il faut aussi des physiciens qui explorent l’inconnu. »
🎙️ Mélenchon
« Là, je signe tout de suite ! C’est presque kantien, au fond : certaines choses ne doivent pas être traitées seulement comme des moyens, mais comme des fins.
La connaissance n’est pas uniquement un outil de rendement. Elle est une aventure de l’esprit humain. Une société qui ne finance que ce qui rapporte immédiatement finit par appauvrir son propre avenir.
Quand la France investissait dans le nucléaire civil, le spatial ou les grands laboratoires publics, elle ne construisait pas seulement des technologies. Elle construisait une capacité d’indépendance pour les générations futures. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Exactement. Le problème aujourd’hui est que nous raisonnons souvent à l’échelle d’un mandat électoral ou d’un trimestre financier. L’Univers, lui, raisonne en milliards d’années. Une étoile naît, vit et meurt sur des durées qui dépassent notre imagination. Cette perspective cosmique devrait nous rendre plus humbles mais aussi plus ambitieux. Nous sommes une espèce capable de comprendre l ‘univers . Ce n’est pas rien.
Si on avait demandé à Albert Einstein de justifier chaque euro investi en fonction du PIB de l’année suivante, on n’aurait jamais eu la relativité.
Or certaines découvertes mettent vingt, trente ou cinquante ans avant de transformer le monde. Les pionniers de la mécanique quantique cherchaient simplement à comprendre le comportement de la matière et de la lumière. Un siècle plus tard, leurs travaux ont rendu possibles une grande partie des technologies numériques.
La recherche fondamentale est un pari sur l’avenir. Elle ne garantit pas la découverte, mais elle garantit une chose : sans elle, il n’y aura jamais de découverte majeure. »
🎙️ Mélenchon
« Et c’est aussi une question de souveraineté. Une nation qui abandonne la recherche fondamentale finit par acheter demain les technologies qu’elle refusait de financer hier.
Elle devient dépendante intellectuellement avant même de devenir dépendante économiquement. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Mais je vous préviens : financer la recherche ne signifie pas financer uniquement les idées qui plaisent au gouvernement du moment.
La science avance souvent grâce à des idées qui dérangent, qui paraissent improbables ou qui remettent en cause des certitudes bien installées. »
🎙️ Mélenchon
« Touché. Et vous avez raison. La science d’État peut devenir aussi dangereuse que le marché-roi.
L’une risque de ne financer que ce qui est politiquement acceptable. L’autre ne finance que ce qui est immédiatement rentable.
Or les plus grandes découvertes de l’Histoire n’étaient souvent ni populaires ni rentables lorsqu’elles sont apparues. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Voilà pourquoi il faut préserver des espaces de liberté intellectuelle. Une civilisation qui cesse d’explorer l’inconnu finit toujours par gérer son déclin au lieu de préparer son avenir. »
🎙️ Mélenchon
« La vérité ne doit porter ni l’uniforme du pouvoir, ni le costume de la finance. Elle doit rester libre de chercher.
Les grandes nations ne sont pas celles qui gèrent le présent avec prudence. Ce sont celles qui osent préparer un avenir qu’elles ne verront peut-être jamais.
Les cathédrales ont été construites par des gens qui savaient qu’ils ne verraient pas la dernière pierre posée. La recherche fondamentale relève du même état d’esprit. On plante des arbres sous l’ombre desquels d’autres générations viendront s’asseoir.
Une question fuse dans la sale :
🎙️ Et concernant l’économie ? »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Beaucoup de systèmes humains ressemblent à des systèmes physiques complexes. Lorsqu’on concentre trop les richesses dans une seule zone, on crée des instabilités. Un peu comme une étoile qui accumulerait toute sa matière au même endroit. À la fin, ça finit par exploser ou s’effondrer. »
🎙️ Mélenchon
« Voilà une métaphore que je vais vous emprunter. Marx aurait probablement souri en vous entendant. Quand l’accumulation devient infinie pour quelques-uns et que la dépossession devient ordinaire pour les autres, la société fabrique sa propre crise. Ce n’est pas seulement injuste moralement, c’est instable matériellement. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je vous envoie la facture. »
😂 Le public applaudit.
🎙️ Question du public
« Alors, vous êtes d’accord sur tout ? »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Certainement pas. »
🎙️ Mélenchon
« Heureusement, sinon ce serait suspect. Le dialogue n’a d’intérêt que s’il nous oblige à examiner nos propres certitudes. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Disons que nous partageons une méfiance envers les systèmes trop rigides. Lui veut bousculer la politique. Moi, je veux bousculer certaines certitudes scientifiques. »
🎙️ Mélenchon
« Et dans les deux cas, cela fait parfois grincer quelques dents. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Quelques dents ? Vous êtes optimiste. J’entends encore les mâchoires craquer depuis le fond de la salle. »
🎙️ Mélenchon
« Vous savez, Jean-Pierre, derrière les programmes politiques, il y a une question qui me hante depuis toujours : pourquoi une société aussi riche produit-elle encore autant de souffrance ?
Hannah Arendt disait que la politique devait organiser un monde commun. Or nous avons parfois l’impression d’habiter le même territoire sans partager le même monde. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Parce que nous sommes devenus extrêmement performants pour fabriquer des objets, mais beaucoup moins pour organiser le bonheur humain. »
🎙️ Mélenchon
« C’est une phrase que beaucoup devraient méditer. L’enjeu n’est pas seulement de survivre, mais d’augmenter notre puissance d’exister. Une société digne devrait permettre aux êtres humains de respirer, d’apprendre, d’aimer, de créer, pas seulement de tenir jusqu’à la fin du mois. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Regardez la science. Nous avons envoyé des sondes aux confins du système solaire, mais nous avons parfois du mal à garantir à chacun un logement décent ou une vie digne. »
🎙️ Mélenchon
« Voilà le grand paradoxe moderne. Nous savons explorer Mars, mais nous tolérons que des gens dorment dehors. Nous avons des satellites au-dessus de nos têtes et des enfants pauvres sous nos fenêtres. Ce n’est pas un problème de capacité technique, c’est une question de hiérarchie morale. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Certains diront que c’est une question d’argent. »
🎙️ Mélenchon
« L’argent n’est jamais neutre. Il est une décision figée dans une monnaie. Là où va l’argent, va la volonté politique. L’économie devait rester subordonnée à servir la vie et les gens . Quand elle devient une fin en soi, elle dévore la cité. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je pense que c’est surtout une question de choix collectifs. Une civilisation révèle ses priorités par ce qu’elle finance. »
🎙️ Mélenchon
« Quand je rencontre des gens dans les quartiers populaires, je vois surtout une immense fatigue. Beaucoup ont l’impression de travailler sans jamais avancer. C’est une fatigue du corps, mais aussi une fatigue de l’espérance. Une République n’existe pas parce qu’un drapeau flotte au sommet d’un bâtiment. Elle existe lorsque les citoyens sentent qu’ils appartiennent à une aventure commune. Lorsqu’il ne reste plus que les symboles et que l’espérance a disparu, les institutions continuent d’exister, mais leur âme s’est déjà retirée. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« La fatigue est dangereuse. Une population épuisée ne rêve plus. Et lorsqu’une société ne rêve plus, elle commence à tourner en rond. Je donne souvent l’image du hamster qui tourne dans sa roue : il dépense une énergie considérable, il s’agite sans cesse, mais il reste exactement au même endroit. Une civilisation peut parfois tomber dans le même piège. »
🎙️ Mélenchon
« Vous parlez souvent d’imagination dans la recherche. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Parce que tout commence par là. Avant chaque découverte, il y a quelqu’un qui ose imaginer que le monde pourrait fonctionner autrement. »
🎙️ Mélenchon
« En politique aussi. Les grandes avancées sociales semblaient impossibles avant d’exister. Les congés payés, la Sécurité sociale, l’école pour tous : tout cela fut d’abord jugé irréaliste. L’utopie, parfois, c’est simplement le nom que les puissants donnent aux idées qui les dérangent avant qu’elles ne deviennent évidentes. »
Un étudiant se lève.
🎙️ Étudiant
« Vous pensez que l’avenir sera meilleur ? Honnêtement ? »
La salle devient silencieuse.
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je pense que l’humanité traverse une période étrange. Nous possédons des connaissances extraordinaires, mais nous doutons énormément de nous-mêmes. »
🎙️ Mélenchon
« Et pourtant, chaque génération a cru vivre la fin du monde. Les stoïciens nous rappelleraient peut-être que nous ne maîtrisons pas tout, mais que nous sommes responsables de notre manière d’agir. L’avenir n’est pas une météo. Ce n’est pas quelque chose qu’on subit seulement. C’est aussi quelque chose qu’on fabrique. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Exactement. Quand on étudie l’Histoire, on découvre une succession de crises, de guerres, de catastrophes et malgré tout, une lente progression de la connaissance et des droits humains. »
🎙️ Mélenchon
« Ce qui manque aujourd’hui, c’est peut-être une perspective commune. Quelque chose qui dépasse la simple consommation. Camus disait qu’il faut imaginer Sisyphe heureux. Moi, j’ajouterais : il faut surtout éviter que tout un peuple soit condamné à pousser la pierre pendant qu’une minorité vend des abonnements à la montagne. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Une aventure collective. »
🎙️ Mélenchon
« Oui. Une aventure collective. Une République qui ne soit pas seulement une administration, mais une promesse. »
Une femme dans le public intervient.
🎙️ Une mère de famille
« Vous parlez de science et de politique. Mais qu’est-ce qui compte le plus pour vous, personnellement ? »
Les deux hommes réfléchissent quelques secondes.
🎙️ Jean-Pierre Petit
« La curiosité. Jusqu’à mon dernier jour, j’espère continuer à me poser des questions. »
🎙️ Mélenchon
« Pour moi, c’est la dignité humaine. Kant disait qu’un être humain ne doit jamais être traité seulement comme un moyen. Voilà peut-être le cœur de toute politique digne : personne ne devrait être réduit à une variable d’ajustement, à un coût, à une statistique ou à une ligne Excel. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Finalement, nos réponses ne sont pas si éloignées. La curiosité cherche à comprendre le monde. La dignité cherche à y trouver sa place. »
🎙️ Mélenchon
« Nous partageons peut-être une même conviction : le monde n’est pas condamné à rester tel qu’il est. C’est là que commence la philosophie : refuser que le réel soit une prison. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Oui. Rien n’est plus dangereux que l’idée qu’il n’existe aucune alternative. »
🎙️ Mélenchon
« Exactement. Car quand une société répète qu’il n’y a pas d’alternative, elle ne décrit pas le réel : elle ferme la porte de l’imagination. Et une civilisation qui n’imagine plus devient une machine froide. Or notre tâche, si nous voulons être dignes de l’intelligence humaine, c’est de construire des institutions capables de penser sans cesser de sentir. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Voilà. Une intelligence sans humanité peut devenir monstrueuse. Mais une humanité sans intelligence peut devenir impuissante. Le défi est donc de faire tenir les deux ensemble. »
💡« Sommes-nous seuls dans l’Univers ? » 🌌
🎙️ Étudiant
« Sommes-nous seuls dans l’Univers ? »
Un sourire traverse le visage de Jean-Pierre Petit.
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je vais vous répondre par une question. Pensez-vous qu’une seule goutte d’eau dans l’océan puisse contenir tous les poissons ? »
🎙️ Mélenchon
« C’est une image qui ferait plaisir aux poètes. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« L’Univers observable contient des centaines de milliards de galaxies. Chaque galaxie contient des centaines de milliards d’étoiles. Nous découvrons aujourd’hui des planètes partout. Alors imaginer que la vie intelligente n’est apparue qu’ici me paraît extraordinairement improbable. »
🎙️ Mélenchon
« Finalement, c’est une forme de géocentrisme moderne. Nous avons cessé de croire que la Terre était le centre de l’Univers, mais certains continuent de penser que l’humanité en est l’unique conscience. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Exactement. Copernic nous a retiré le centre géographique. Darwin nous a retiré le statut d’espèce séparée du vivant. Peut-être qu’un jour nous découvrirons que nous ne sommes même pas seuls dans l’intelligence.
Peut-être parce qu’au fond nous savons que nous sommes une jeune civilisation. Nous regardons les étoiles depuis quelques milliers d’années seulement. À l’échelle cosmique, nous sommes des enfants qui viennent à peine d’apprendre à lire. »
🎙️ Mélenchon
« Des enfants qui possèdent déjà l’arme nucléaire. Voilà qui est inquiétant. »
😂 La salle rit.
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Justement. Si des civilisations plus anciennes existent, elles pourraient avoir des milliers, voire des millions d’années d’avance sur nous. Si certaines civilisations possèdent seulement quelques milliers d’années d’avance technologique, l’écart pourrait déjà nous sembler presque magique. Après tout, un téléphone portable aurait probablement paru surnaturel à un homme du Néolithique.»
🎙️ Mélenchon
« Ce qui me frappe surtout, c’est la conséquence philosophique. Si nous découvrions une autre intelligence, toutes nos querelles paraîtraient soudain bien petites. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Les frontières nationales deviendraient très relatives. »
🎙️ Mélenchon
« Rousseau, Marx, Aristote, de Gaulle, Napoléon… tout le monde serait soudain catalogué dans la même case : « habitants de la planète Terre ». »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« C’est une idée qui me plaît. »
🎙️ Mélenchon
« Moi aussi. Regardez comme nous passons notre temps à nous diviser. Gauche, droite, nations, religions, ethnies… Peut-être qu’il faudrait parfois prendre un peu de hauteur. Littéralement. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Vue depuis l’espace, la Terre ne montre aucune frontière. »
🎙️ Mélenchon
« Seulement une petite sphère bleue perdue dans l’obscurité. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Et pourtant c’est tout ce que nous avons. »
Une jeune femme intervient.
🎙️ Étudiante
« Et si une civilisation extraterrestre se présentait demain, quelle serait votre première réaction ? »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je leur demanderais comment ils ont résolu le problème du voyage interstellaire. »
🎙️ Mélenchon
« Et moi je leur demanderais comment ils ont résolu le problème de la répartition des richesses. »
🤣 Éclat de rire général.
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Si leur réponse est « nous avons supprimé l’argent », vous allez vouloir les inviter à un meeting. »
🎙️ Mélenchon
« Et si leur réponse est « nous avons supprimé les impôts », je vous laisse gérer la salle. »
Le public applaudit.
🎙️ Mélenchon
« Au fond, la question n’est peut-être pas seulement : « Sommes-nous seuls ? » »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Quelle est-elle alors ? »
🎙️ Mélenchon
« Sommes-nous suffisamment sages pour rencontrer d’autres intelligences ? »
Un silence s’installe.
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Voilà une question beaucoup plus difficile. »
💡« Janus : cosmologie et démocratie à deux têtes »
🎙️ Mélenchon
« Jean-Pierre, votre modèle Janus m’a toujours intrigué. Pourquoi ce nom ? »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Parce que Janus est le dieu romain aux deux visages. Dans mon modèle cosmologique, l’Univers possède deux « faces » : une matière de masse positive et une matière de masse négative. Deux mondes liés, mais invisibles l’un à l’autre. »
🎙️ Mélenchon
« Intéressant… En politique aussi, Janus a une histoire. Dans la Rome antique, il gardait les portes et regardait à la fois le passé et l’avenir. Une démocratie mature devrait peut-être faire de même : apprendre de son histoire tout en préparant le futur. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Voilà une définition qui me plaît. En science également, il faut regarder les théories du passé sans devenir prisonnier d’elles. »
🎙️ Mélenchon
« Et puis Janus représente aussi la coexistence des contraires. Dans une démocratie, le pouvoir et le contre-pouvoir doivent se faire face. Une seule tête finit toujours par se croire propriétaire de la vérité. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« C’est exactement ce qui m’a conduit à imaginer un Univers à deux métriques. Pendant longtemps, les cosmologistes ont voulu expliquer l’Univers avec une seule face. Moi, je me suis demandé : et si nous n’en regardions qu’une moitié ? »
🎙️ Mélenchon
« Ce qui est fascinant, c’est que votre Janus cosmologique et le Janus politique posent finalement la même question : peut-on comprendre le réel en n’écoutant qu’une seule voix ? »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Je ne le crois pas. L’équilibre naît souvent de la tension entre deux points de vue. »
🎙️ Mélenchon
« Héraclite disait déjà que l’harmonie naît des contraires, comme pour l’arc ou la lyre. »
🎙️ Jean-Pierre Petit
« Et la cosmologie nous rappelle que parfois, ce qui paraît opposé fait partie d’un même ensemble. »
🎙️ Mélenchon (souriant) :
« Finalement, votre Janus regarde deux Univers. »
🎙️ Jean-Pierre Petit :
« Et le vôtre regarde deux opinions. »
🎙️ Mélenchon :
« Dans les deux cas, le danger commence lorsqu’une tête décide de fermer les yeux. Une démocratie qui n’écoute plus la contradiction se fige. Une science qui refuse le doute devient un dogme. Comme l’écrivait Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » »
🎙️ Jean-Pierre Petit :
« Je souscris volontiers à cela. La science n’est pas faite pour protéger des certitudes, mais pour les mettre à l’épreuve. Chaque fois qu’une théorie devient sacrée, elle cesse d’être pleinement scientifique. »
🎙️ Mélenchon :
« « Connais-toi toi-même. » Une civilisation qui ne se connaît plus devient incapable de savoir où elle va. »
🎙️ Jean-Pierre Petit :
« Peut-être même que cette phrase va plus loin qu’on ne le pense. Car lorsqu’on cherche à comprendre notre place dans l’Univers, on découvre que la connaissance de soi et la connaissance du cosmos avancent ensemble. Plus nous observons les étoiles, plus nous sommes conduits à nous interroger sur ce que nous sommes. »
🎙️ Mélenchon :
« Certains ajoutent même : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux. » »
🎙️ Jean-Pierre Petit :
« C’est une belle formule. La physique explore les lois du monde, la philosophie explore le sens que nous leur donnons. L’une sans l’autre risque de boiter. L’intelligence humaine a besoin des deux jambes pour avancer. »
🎙️ Mélenchon :
« Alors votre Janus n’est peut-être pas seulement cosmologique. »
🎙️ Jean-Pierre Petit :
« Comment cela ? »
🎙️ Mélenchon :
« Une face tournée vers la connaissance du monde. Une autre tournée vers la connaissance de nous-mêmes. »
🎙️ Jean-Pierre Petit (sourire discret) :
« Et si les deux regardaient dans la même direction, alors peut-être que l’humanité commencerait enfin à comprendre où elle habite dans l’immensité du cosmos. »
Fin du débat.
Journal Nexus le 03 / 06 / 2026