Ebola en RDC : la réponse est insuffisante face à la gravité de la situation, alerte MSF

Personnel de santé du centre de traitement Ebola mis en place par MSF au centre hospitalier Elikya de Bunia, dans l’Ituri. © Alexis Huguet/MSF

Un mois après la déclaration officielle d’une épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) constate que le virus progresse plus rapidement que le déploiement de l’aide humanitaire. Malgré une intensification récente de la réponse, de graves insuffisances en matière de diagnostic, de surveillance et de suivi des contacts compromettent l’endiguement de la crise.

Une épidémie qui progresse plus vite que la réponse médicale

Les autorités sanitaires congolaises rapportent officiellement plus de 650 cas confirmés et plus de 130 décès. Cependant, ce bilan ne reflète probablement qu’une partie de la réalité sur le terrain. De plus, l’épidémie prend une dimension régionale : les autorités sanitaires de l’Ouganda voisin signalent déjà 19 cas confirmés.

Le virus se propage principalement dans trois provinces de l’est de la RDC : l’Ituri, le Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’épicentre se situe en Ituri, qui concentre près de 95 % des cas recensés.

« Personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule », s’inquiète Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC. « Ce que nous savons, en revanche, c’est que la plupart des centres de traitement en Ituri sont débordés, qu’un grand nombre de patients se présentent chez nous à un stade déjà avancé de la maladie, et que la majorité n’ont jamais été identifiés ni suivis comme contacts avant de se présenter aux soins. »

Les trois faiblesses majeures qui bloquent le contrôle du virus

La réponse, conduite par le ministère congolais de la Santé avec le soutien de partenaires internationaux, se heurte à un environnement marqué par des décennies de conflits armés et de déplacements de populations. Trois obstacles majeurs favorisent la propagation de la maladie :

Un accès critique au dépistage et des délais de laboratoire trop longs

Bien que des centaines de tests mobiles spécifiquement conçus pour détecter le virus Bundibugyo soient arrivés dans l’est du pays, le diagnostic reste le maillon faible. L’insécurité bloque l’accès aux tests dans plusieurs zones. Au Nord-Kivu, un unique laboratoire centralise les analyses sanguines. Faute de système d’acheminement automatisé, les structures de santé doivent parfois attendre près d’une semaine pour obtenir un résultat.

La méfiance des populations locales

Dans les zones affectées, l’arrivée soudaine d’équipes médicales extérieures engendre de la peur et de la suspicion.

« Mettre en place des activités et expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance — il faut aussi écouter les préoccupations de la population, et l’inclure pleinement dans la manière de façonner la réponse », souligne Frédéric Lai Manantsoa, coordinateur d’urgence de MSF en RDC.

Le délaissement des soins de santé courants

Pour les habitants, Ebola s’ajoute à une situation sanitaire déjà critique. Pour MSF, la focalisation exclusive sur l’épidémie met en danger le reste de la population.
« Les femmes enceintes ont toujours besoin de soins maternels, les enfants de vaccinations, et les patients de traitements contre le paludisme et le choléra », rappelle Kate White. Le maintien de la médecine de routine est vital et permet, par ailleurs, de renforcer la surveillance communautaire d’Ebola.