Cette fin – provisoire – de partie m’attriste.
Merci pour le considérable travail réalisé et partagé ces 6 dernières années. La marchandisation politique, à marche forcée, de l’ensemble de nos collectivités touche à ses limites
(bio)physiques. Il est à craindre que ce soit dans la violence et le sang que le service de l’intérêt général reprenne quelque couleur.
La sociologie de Cruis, comme celle des opposants à la centrale voltaïque du Jas d’Aubert, constituait un obstacle infranchissable pour celles et ceux qui ont tenté d’alerter ce petit pays sur les choix opérés par une poignée d’acteurs très intéressés disposant d’une puissance de feu considérable. (Multinationales, Elus nationaux, régionaux et locaux, Presse, Préfectorale, Justice (via le Procureur), Forces de l’Ordre et pour finir Conseil d’Etat).
« Elzéard, Lure en Résistance » est restée une raison sociale incompréhensible à la plupart des habitants de Cruis et des environs. Peut-être eut-il fallu commencer par abaisser les barrières en offrant 250 exemplaires de « L’Homme qui plantait des arbres » aux familles de Cruis ? Je nesais.
Le bilan n’est pas nul, bien sûr.
Au bout du compte ce qui s’est passé à Cruis est la traduction biologique et physique des rapports de forces à l’œuvre. Des multinationales de la "loi de la jungle", épaulées par un personnel politique corrompu (des communes aux assemblées et aux ministères) réussissent à imposer la colonisation économique des 2 départements des Basses et Hautes Alpes (310.000
habitants soit 6% des 5.200.000 de la Région PACA) au profit des métropoles et de leurs dangereuses concentrations.
Les réductions budgétaires imposées par un État qui estime n’avoir plus à s’occuper que du maintien de l’ordre dans nos frontières, à nos frontières et au-delà de nos frontières se traduisent par des reports de charges insupportables sur les collectivités locales et territoriales. Dans cette dynamique mercantile les communes (noyées dans leurs communautés de), les départements et les régions sont appelées à se concurrencer, pour dégager de nouvelles recettes. Qui sont systématiquement soustraites des dotations de l’État, avec toutes ses félicitations.
C’est l’exploit que vient réaliser le maire de Cruis. Sait-il, ce maire de 83 ans qui en est à son 7 ème mandat que les mairies des communes de moins de 1000 habitants vont toutes disparaître
avant la fin de la mandature actuelle. Les dernières élections municipales ont acté leurs décès par la disparition de la démocratie locale : en effet, dans 80% des communes de moins de 1000 habitants, comme à Cruis ou Niozelles, il n’y avait qu’une liste. A quoi bon voter ?
Il est invraisemblable que l’ensemble des habitants de ces territoires ne soient jamais consultés
sur des questions aussi essentielles que la gestion de l’eau et de l’énergie, de la santé et des transports, des mesures d’accompagnement des évolutions climatiques (agriculture, RGA …) choix structurants (JO d’hiver 2030…)
Il y a fort à parier que la prochaine élection de terrain, ne sera plus celle d’une multitude d’équipes communales mais celle d’une équipe susceptible de diriger la communauté de communes. La fusion en une seule communauté de communes, de Banon à Lurs, aurait quelque cohérence. (415 élus municipaux dont 69 conseillers communautaires !)
Dans nos deux Comcom du Pied de Lure, 29 des 34 communes de moins de 1000 habitants vont disparaître. En France 25.000 communes vont être rayées de la carte. Cela mettra un terme
à la surreprésentation (souvent détestable – Loi Duplomb) du monde rural, au profit des représentants des métropoles. Tant dans nos 18 Régions (dont 5 d’Outre-Mer) que parmi les 348 sénateurs de notre chambre haute.
Pour revenir à la centrale voltaïque de Cruis, attendons de passer quelques saisons torrides avant d’esquisser un premier bilan écologique de cette installation et de son impact.
Le sel de l’histoire étant que, d’après mes informations, l’initiateur de ces projets voltaïques dans la réserve d’indiens qu’est devenu ce département est le couple Castaner. Monsieur après sa « Longue Marche » (dite « des 300.000 pas vers En Marche » de Corbières au Col de Larche en 2016) autant que Madame ont saisi le potentiel en juteuses affaires de ce département. Au grand
profit de quelques-uns. Il y a plus de 20 années qu’ils se sont faits les (plus ou moins) discrets ambassadeurs de la RPC. Le Siècle, au 13 Bd de l’Opéra, aurait-il été le lieu de fructueuses prises de contacts avec Eiffage et Boralex pour ne citer que ces multinationales ?
Après, tout a suivi. La mise à disposition du foncier par le réseau politique : à Cruis, en 2009, c’est une ancienne d’Agro-Paris-Tech – Sophie Balladur – qui signe avec Félix Moroso le contrat du Jas d’Aubert pour Boralex . Les routes et les ouvrages d’art sont assez discrètement recalibrés par le département pour permettre, depuis l’A51, la livraison par semi-remorques (polonais conduits par des russes) des panneaux voltaïques achetés sur méventes chinoises
avant d’être stockés dans les ex pays de l’Est par les multinationales. Les primes versées aux Préfets (note 1 ) en fonction des objectifs fournis par les lettres de missions du 1 er Ministre (de 5 à 25.000 €/an). La mobilisation des forces de l’ordre pour accompagner les pelles mécaniques détruisant les espaces protégés de la Montagne de Lure. Un procureur crapuleusement aux ordres, maniant avec maestria les procédures bâillon en échange de la promotion/mutation qu’il lorgnait (note 2 ) .
Avant la décision politicienne du Conseil d’Etat nous avions déjà eu une 1 ère cerise sur le gâteau : ce sont les usagers qui ont eu à payer, en août dernier, à travers une forte augmentation des tarifs du courant électrique pour les particuliers, le raccordement des centrales voltaïques au réseau. A Cruis, sauf erreur, 17 Km de tranchée.
Jamais, semble-t-il, depuis le petit âge glaciaire l’humanité n’a été autant en danger climatique.
Jamais, semble-t-il, l’artificialisation des sols n’a atteint de telles proportions.
Jamais, semble-t-il, aussi peu de personnes président, sans discussion, au destin de l’humanité.
Qui aurait pu le prévoir ?
Bon courage à tous pour de probables nouvelles aventures.
Note 1 – La communication du Préfet des Basses-Alpes pour promouvoir les centrales voltaïques était risible :
pour nous vendre les 750 ha de réalisations que lui imposait la lettre de mission du 1 er Ministre, voilà-t-il pas qu’il a été amené (par McKinsey & Company ?) à comparer la superficie de la centrale de Cruis à un carré de 7
cm sur 7 cm sur un plancher de 100 m 2 . Autant dire rien. C’est vrai que le 04 est plat comme la main. Bruno Lemaire, qui n’est pas une lumière et vouvoie femme et enfants, alors ministre des finances s’était ému de constater que pour emplanter massivement du voltaïque au plus près du réseau électrique, « on » n’avait pas été
foutu de mettre à disposition les 2500 ha bordant le canal de la Durance et l’A51 ! Le vrai sujet étant pourquoi.
Note 2 : Il m’a condamné de manière parfaitement lunaire à 4500 € d’amende, 2 ans de prison et 3 ans de suspension du permis de conduire, avec 2 années de sursis, pour m’être rendu à pied me faire une idée du rapport de forces sur le terrain. Ce même procureur ayant omis de faire « sauter » mon sursis quand, moins de 6 mois plus tard je commettais un faux en écriture au nom du maire de Cruis annonçant, à la Noël 2023, la gratuité du courant électrique jusqu’en 2032, fin probable du dernier mandat de Félix Moroso, pour tous les résidents de Cruis. La justice peine à me faire accomplir les 35 h de TIG aux quelles Félix Moroso, mauvais
joueur, m’a fait condamner sans procès. A 73 ans je ne demande pas mieux que de les faire. Au service de Cruis ? Je vais de ce pas transmettre cette offre au Procureur et à Madame Amandine Chatelain, ma correspondante en Justice.