Cela fait maintenant des mois que l’essence coûte a minima 2 euros le litre en France en raison de la guerre en Iran déclenchée par les États-Unis et Israël. Le 29 mai, le FMI et la Banque mondiale ont même alerté sur un risque de pénurie de pétrole cet été si le détroit d’Ormuz n’est pas débloqué. Le tout, alors qu’une canicule exceptionnellement précoce s’est abattue sur l’Hexagone. Des événements qui ont tous le même coupable : notre dépendance de longue date aux énergies fossiles.
La classe politique a une responsabilité dans ces dépendances. Mais alors que la souveraineté énergétique est brandie comme un totem de part et d’autres de l’échiquier politique, qui la défend réellement ?
Si l’on en croit son programme, le Rassemblement national souhaiterait “assurer notre indépendance énergétique pour baisser la facture des Français”. “Être souverain, c’est d’abord réduire ses dépendances, et ce dans tous les domaines”, a affirmé Jordan Bardella en avril 2026. Tout en assurant que “notre réindustrialisation et notre autonomie énergétique ne se construiront pas en important ce que nous pourrions produire nous-mêmes, ni en finançant à prix d’or des puissances qui ne partagent pas nos intérêts.”
On pourrait s’attendre à ce que le RN milite, en toute logique, pour la réduction de la consommation d’énergies fossiles – le pétrole et le gaz viennent à 99 % de l’étranger – et du même coup, contre la dépendance du pays aux puissances qui les lui fournissent (États-Unis, pays du Golfe…)
Il n’en est rien. Voitures thermiques, chaudières au fioul, jets privés… Comme le révèle notre analyse inédite des votes du RN à l’Assemblée nationale depuis 2022, le parti soutient massivement la poursuite – climaticide – de la consommation d’énergies fossiles, s’opposant dans près de 78 % des cas aux mesures visant à réduire la consommation d’hydrocarbures en France. Une incohérence que nous analysons en détail dans cet article.

Sommaire
La souveraineté énergétique, un concept mouvant
Selon une étude de 2022 (Timmermann et al), la souveraineté énergétique repose sur un certain nombre de piliers dont l’accessibilité, la durabilité, la résilience (soit la capacité à “maintenir les capacités de production tout en résistant aux chocs socio-économiques”) ou encore la paix (pour “établir des systèmes de production exempts de relations hostiles”). Ce à quoi on pourrait ajouter, dans le contexte français, un objectif de réduction du déficit commercial lié à l’énergie (58 milliards d’euros en 2024, et près de 46 milliards en 2025 selon un bilan provisoire).
Selon l’interlocuteur que vous avez en face de vous, la conception de la “souveraineté énergétique” peut néanmoins changer du tout au tout, constate un rapport du Réseau Action Climat paru en février 2026 : “Les groupes placés le plus à droite de l’hémicycle défendent une vision de la souveraineté fondée sur la maximisation de la production d’énergie sur le sol français” (généralement de nucléaire, d’hydrogène, de biocarburants, et parfois même d’hydrocarbures). À gauche, ce sont les énergies renouvelables et la sobriété énergétique qui sont brandies comme des vecteurs de souveraineté.
“C’est une notion plus politique que scientifique”, confirme à Bon Pote Nicolas Goldberg. L’expert des énergies chez le cabinet de conseil Colombus Consulting et le groupe de réflexion Terra Nova préfère parler de “sécurité d’approvisionnement à des coûts acceptables”.
Souveraineté ou indépendance ?
Pour tenter d’objectiver la souveraineté énergétique, les services statistiques du ministère mobilisent un indicateur appelé “taux d’indépendance énergétique” qui rapporte la production d’énergie primaire sur le territoire à la consommation primaire d’énergie. Celui-ci s’établit à un peu plus de 60 % en 2024 (contre à peine plus de 30 % en 1970 !) Mais il est critiqué par le Réseau Action Climat, notamment parce que l’énergie considérée est l’énergie primaire, c’est-à-dire l’énergie disponible avant sa transformation et son utilisation. Ce qui occulte donc les pertes, qui peuvent être significatives. En particulier dans le cas du nucléaire où chaque kWh d’électricité générée requiert la production d’environ 3 kWh de chaleur.
Contacté par Bon Pote, Andreas Rüdinger, expert de la transition énergétique à l’Institut du développement durable et des relations internationales, rejoint ces critiques. Il estime néanmoins qu’“objectivement parlant, le taux d’indépendance énergétique a augmenté” si l’on prend en compte la part des énergies fossiles dans le mix énergétique français (60 % de l’énergie finale en 2024, en baisse de 6,8 points depuis 2011). C’est toujours énorme, surtout si l’on considère le chemin qu’il reste à parcourir pour respecter l’objectif de neutralité carbone en 2050 visé par le projet de Stratégie nationale bas-carbone 3, la feuille de route climatique de la France.
Il faut toutefois distinguer indépendance et souveraineté énergétique. “Si l’on prend l’exemple de l’électricité, la France n’est pas un îlot indépendant mais une composante parfaitement intégrée au système électrique européen. Et c’est justement cette intégration qui peut être un levier d’indépendance et de souveraineté, sauf qu’elle doit être pensée à l’échelle européenne et non pas strictement nationale”, relève Andreas Rüdinger. C’est d’ailleurs un sujet qui fâche le RN, puisqu’il fait partie des groupes politiques qui remettent en cause le fonctionnement du marché européen de l’électricité (un sujet auquel nous allons prochainement consacrer un article sur le site de Bon Pote).
Réduire la consommation d’hydrocarbures, un levier majeur pour renforcer la souveraineté énergétique
La consommation d’énergies fossiles n’est pas l’unique levier pour objectiver la souveraineté énergétique de la France, mais elle en est un aspect central dans la mesure où sa dépendance très forte aux importations – 99 % de son pétrole et de son gaz viennent de l’étranger – la rend extrêmement vulnérable aux soubresauts du marché. La preuve avec l’envolée du cours du pétrole brut (Brent) qui peine à redescendre sous la barre des 100 dollars depuis le début de la guerre en Iran déclenchée fin février par les États-Unis et Israël, se répercutant sur les prix du carburant en France et ailleurs.

Dans le cadre de notre analyse des votes à l’Assemblée, nous avons étudié l’intégralité des amendements portant sur la réduction de la consommation d’énergies fossiles et la sobriété énergétique : électrification des transports et des modes de chauffage, rénovation thermique des logements ou encore décarbonation de l’industrie (les transports, le résidentiel et l’industrie constituant les principaux postes de consommation d’énergie en France selon les données du ministère).

La fiscalité des énergies fossiles est également comprise dans le périmètre de l’analyse, un gaz ou un carburant bon marché n’incitant pas à orienter la demande vers l’électrification des usages ou une consommation plus sobre. Or la “sobriété énergétique” joue un “rôle clé” dans la“sécurité énergétique” et l’atteinte de la “neutralité carbone”, souligne un article paru dans la revue Nature (Wiese et al, 2024).“Sans mesures de sobriété, concluent ses auteurs, l’Europe rate l’opportunité de transformer la demande d’énergie, laissant une pression considérable sur les changements du côté de l’offre combinée à des technologies d’élimination du carbone non éprouvées.”
Méthodologie : comment avons-nous sélectionné les amendements ?
Pour mener cette analyse, nous avons eu recours à des requêtes en utilisant plus de 80 mots-clés en complétant avec un modèle d’intelligence artificielle (utilisé uniquement dans le but d’aider à l’identification et à la classification, sans aucune génération de contenu). L’utilisation conjointe de ces deux méthodes a eu pour objectif d’obtenir la liste la plus exhaustive possible sur les aspects de consommation et de production d’énergie.
Après avoir analysé une à une les occurrences obtenues (1250 au total) entre juillet 2022 et mars 2026, nous avons gardé 184 amendements liés à la consommation d’énergie en France. Afin d’évaluer la position du Rassemblement national sur ces sujets, nous les avons classés en 3 catégories : favorable à la consommation des énergies fossiles, contre la sortie d’énergies fossiles, et abstention.
Résultat : malgré l’attachement du RN à la “souveraineté énergétique” française, le parti d’extrême droite s’oppose dans 77,7 % des cas à des mesures limitant la consommation d’énergies fossiles.
En valeur absolue, il est le groupe politique à l’Assemblée ayant voté le plus grand nombre d’amendements favorables au maintien de la consommation d’énergies fossiles (143). En pourcentage, le groupe d’Eric Ciotti (UDR), allié du RN, fait encore pire que ce dernier (89 % de votes pro-énergies fossiles) mais les données sont difficilement comparables étant donné qu’il n’existe que depuis 2024.

L’analyse des votes fait apparaître deux blocs à l’Assemblée :
- Un premier regroupant l’ensemble de la gauche, du groupe communiste (Gauche Démocrate et Républicaine) aux Socialistes, avec des votes très largement favorables à une sortie des énergies fossiles : entre 83 % pour GDR et 90 % pour les Écologistes.
- Et un second allant du centre à l’extrême droite, avec des pourcentages penchant nettement en faveur de la poursuite de la consommation d’énergies fossiles. Malgré les discours du Président (“Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas”), seuls 40 % des votes du groupe macroniste penchent en faveur d’une sortie des énergies fossiles. C’est mieux que Les Républicains (22 %) et le RN (12,5 %) mais cela reste timide. Ce qui n’est pas sans lien avec le bilan objectivement très médiocre de la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2025.
Découvrez le détail de notre analyse.
Le RN soutient une fiscalité favorable aux énergies fossiles
C’est une mesure que le RN a défendue à plusieurs reprises, à l’Assemblée, dans son programme et sur les plateaux télé. Face à la flambée des prix du carburant, martèle le parti d’extrême droite, il faut réduire la fiscalité des énergies au nom du pouvoir d’achat en baissant la TVA sur les énergies (gaz, électricité, fioul, carburants) de 20 % à 5,5 % (législature 16 – vote 109, 112, 505, 509, 510, 513 ; législature 17 – vote 144, 145, 147, 4043, 4044). “Les énergies ne sont pas un produit de consommation ordinaire mais bien des produits de première nécessité”, justifie le député RN Jean-Philippe Tanguy.
Au-delà de son coût important pour les caisses publiques (17 milliards d’euros par an selon Bercy), cette mesure pose plusieurs problèmes. “Pour les particuliers, baisser la TVA serait une mesure indifférenciée : tout le monde en profiterait, qu’il gagne le SMIC ou 150 000€/mois, sachant que les hauts salaires sont ceux qui consomment le plus d’énergie, rendant ainsi cette mesure profondément inégalitaire”, analyse Nicolas Goldberg dans un précédent article paru sur Bon Pote. Sans compter que la baisse de la TVA sur le carburant est contraire à la directive TVA de l’Union Européenne (le taux de TVA sur le carburant doit être le taux maximal, entre autres pour éviter que tous les camions et véhicules ne fassent leur plein au même endroit en Europe.) “Un pays peut toutefois le faire temporairement, comme c’est le cas en Espagne aujourd’hui. Mais le RN défend une baisse de taxe pérenne”, nous explique Nicolas Goldberg.
Surtout, et c’est le point le plus important quand on veut parler de dépendance aux hydrocarbures, elle inciterait à des (sur)consommations d’énergies fossiles. Cité dans une note publiée par le think tank Terra Nova, Jean-Philippe Tanguy, le “monsieur énergie” du Rassemblement national, explique que “la hausse considérable des taxes sur le carburant ne conduit à aucune baisse durable et importante de la consommation. Bref, aucune utilité écologique, juste taxer les gens”. Cette analyse contredit les données de l’INSEE qui avait montré en juillet 2023 que lorsque les prix augmentent de 1 %, les volumes de carburant achetés par les automobilistes diminuent à court terme de 0,21 à 0,40 %.
Contacté par Bon Pote, le Rassemblement national n’a pas répondu à nos questions.
Des mesures coûteuses et non ciblées
Outre la baisse de la TVA, le RN a approuvé lors de la crise énergétique de 2022 les aides aux petites stations-services indépendantes (législature 16 – vote 130). Une mesure que Nicolas Goldberg balaie d’un revers de la main : “Il faudrait regarder les marges réalisées dans ces zones où la faible concurrence peut générer des cas de sur-marge par rapport à d’autres stations”.
Le parti de Jordan Bardella s’est en revanche abstenu sur le blocage des prix à la pompe, contrairement aux groupes de gauche (législature 16 – vote 148). À la fois “coûteux et non ciblé”, analyse l’expert sur Bon Pote, ce type de dispositif “obère notre capacité d’investir pour l’avenir et la décarbonation”.
“Comme toute mesure de “ristourne générale” ou blocage des prix à la pompe, il s’agit d’une aide sans aucun ciblage, créant donc des effets d’aubaine massifs et une incohérence totale avec les objectifs de décarbonation”, complète Andreas Rüdinger.
L’État, “profiteur” de la crise ?
L’expert pointe du doigt les failles de l’argument “L’Etat, profiteur de la crise” porté – entre autres – par Marine Le Pen. “Même si l’Etat peut avoir un gain limité de recettes de TVA à court terme en raison de la hausse des prix, cela s’estompe très vite en raison de l’élasticité-prix (moindre consommation due à la hausse des prix), sans parler de l’impact sur le coût de la dette et les impacts macroéconomiques qui pénalisent fortement l’État”, déroule-t-il.
Quid de la TVA sur l’électricité ?
Les conséquences d’une TVA à 5,5 % sur l’électricité sont plus ambivalentes (raison pour laquelle nous avons écarté de l’analyse quantitative les amendements portant uniquement sur la taxation de l’électricité). “Avec les 4,5 milliards d’euros que cela coûterait chaque année, nous pourrions financer moult équipements électriques, comme des véhicules électriques sobres pour les travailleurs modestes par exemple”, fait valoir Nicolas Goldberg. À l’image, par exemple, du leasing social relancé par le gouvernement en avril 2026 face à la crise énergétique, permettant à 50 000 ménages modestes de louer un véhicule électrique pour 100 à 200 euros par mois.
D’autres solutions existent pourtant pour encourager l’électrification des usages sans vider les caisses de l’État. Andreas Rüdinger prône plutôt une “convergence des taux d’accises [taxes] entre le gaz et l’électricité” en revalorisant la part CCE (signal prix carbone) sur le gaz et le fioul. Ce qui permettrait de corriger l’aberration de la taxation actuelle des énergies : en France, on taxe deux fois plus l’électricité que le gaz (selon les données d’EDF, l’accise sur le gaz est de 16,39 €/MWh contre 26,58 à 30,85 €/MWh pour l’électricité). Cette aberration est d’ailleurs “la raison pour laquelle une grande partie des Français se méfient d’un potentiel ‘piège fiscal’ lié à l’électrification, craignant une hausse future de la fiscalité sur l’électricité”, poursuit le chercheur, qui préconise d’investir dans des aides et des réductions ciblées sous la forme d’un bonus social électrique (soit une baisse des factures d’électricité indexée sur les revenus).
À noter qu’à l’Assemblée, la France insoumise (LFI) et le groupe communiste (GDR) ont tous les deux proposé d’établir une TVA à 5,5 % sur l’électricité (uniquement), le premier en défendant une “tarification sociale de l’énergie” (en fixant chaque année “le volume d’énergie considéré comme répondant aux besoins essentiels à la vie et à la dignité”, “tout en taxant plus lourdement les consommations excessives”), et le second en ciblant les “petits consommateurs” (abonnements d’une puissance inférieure ou égale à 36 kilovoltampères). Le RN n’est donc pas seul sur le créneau, bien qu’il existe des nuances importantes sur le déploiement de cette mesure et sa dimension sociale.
Une opposition systématique à la fiscalité climatique (et à “l’écologie punitive”)
Au RN, la bataille contre les taxes ne s’arrête pas à la TVA. Ses députés RN se sont aussi attaqués à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), désormais appelée “accise sur les produits pétroliers” (67 centimes du litre sur le SP95 en avril 2026). Comme le note le ministère, cette dernière constitue “la principale composante de la fiscalité environnementale (30 Md€, soit 60 % des taxes environnementales et 81 % des taxes énergétiques), dont 7,3 Md€ de taxe carbone.”
En mai 2026, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) s’élève à 60 centimes par litre sur le gazole. Le parti d’extrême droite s’est opposé à la diminution du remboursement de cette taxe sur le gazole dans le transport routier de marchandises (législature 17 – vote 107, 338 et 3953) et a plaidé pour étendre ce mécanisme aux véhicules agricoles ou forestiers (législature 17 – vote 3954). À l’été 2022, en pleine crise énergétique, il a aussi déposé un amendement (non voté) pour instaurer une “minoration exceptionnelle” de cette taxe sur le gazole et l’essence. Une mesure présentée par Marine Le Pen comme un remède à “l’écologie punitive”, en rappelant que la crise des Gilets jaunes était née de la hausse de la composante carbone de la TICPE.
Le RN a également soutenu la suppression de la TVA sur la TICPE, parfois qualifiée de “taxe sur la taxe” (législature 16 – votes 110, 111 et 504). Tout comme les Républicains, les Socialistes (qui ont proposé cette suppression pour les voitures individuelles) et la France Insoumise. Même position de ces différents groupes sur la Taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (législature 16 – vote 112).
Aide sociale ou subvention fossile ?
La frontière entre aides sociales (notamment en temps de crise énergétique) et subventions aux énergies fossiles est souvent brouillée. Le caractère ciblé ou non de ces mesures peuvent néanmoins permettre de les distinguer.
À rebours de la logique de la baisse de la TVA sur l’énergie pour tous, les aides ciblées pour les travailleurs en Corse (législature 16 – vote 135, le RN s’est abstenu) et à Mayotte (législature 16 – vote 137, le RN a voté pour) portent une dimension sociale évidente. Idem pour l’aide sur le carburant adressée aux associations d’aide alimentaire (législature 16 – vote 536) – soutenue par l’ensemble des groupes politiques – et pour les pompiers (législature 16 – vote 525), – soutenue par LFI, GDR, les Écolos, LR et le RN -, qui prennent en charge des services vitaux pour la société. (Ces amendements s’apparentant davantage à des aides sociales ciblées qu’à des subventions aux énergies fossiles, ils ont été écartés de l’analyse quantitative.)
Tandis que certains partis de gauche soutiennent ponctuellement des aides sur les carburants, notamment lorsqu’elles sont ciblées, le RN a tendance à soutenir la quasi-totalité des mesures visant à réduire le prix de l’énergie, quelle qu’elle soit, de manière indifférenciée. En d’autres termes, sans volonté manifeste d’orienter la demande vers des alternatives aux énergies fossiles et/ou l’électrification des usages.
Niches fiscales “brunes”
Surtout, contrairement aux groupes de gauche qui proposent et soutiennent une fiscalité climatique plus ambitieuse (à l’instar de l’intégration d’une dimension climatique et de justice sociale à la fiscalité du patrimoine, législature 16 – vote 323), les députés RN refusent ces avancées et s’entêtent à soutenir les niches fiscales “brunes”.
Ils ont ainsi refusé de supprimer, ainsi que l’a proposé LFI (législature 17 – vote 106), les exonérations de l’accise sur les produits énergétiques dans des secteurs polluants comme les carburants fossiles utilisés pour la navigation fluviale, ou encore pour les besoins de l’extraction et de production de produits énergétiques. Même logique sur la réduction de la niche fiscale sur l’utilisation du gaz pour la production de légumes hors saison, employé principalement pour chauffer des serres (législature 17 – vote 3956) et sur les poids lourds de transport de marchandise (qui bénéficient d’un tarif réduit sur le gazole) (législature 17 – vote 108).
Concernant les biocarburants pour les transports, l’ONG Transport & Environment a montré qu’ils étaient encore plus émetteurs en CO2 que l’essence. Il s’agit donc d’une fausse alternative relevant du greenwashing, que nous n’avons pas intégrée à l’analyse quantitative. Même chose pour les SAF (sustainable aviation fuels), dont une production de masse telle qu’annoncée par l’industrie aérienne est purement impossible. On peut néanmoins relever que le RN s’est opposé à la suppression de la niche fiscale soutenant le secteur des biocarburants de première génération, tels que le biogazole et le bioéthanol (législature 17 – vote 3948).
Enfin, le RN s’est opposé à la mise en place de sanctions visant les importateurs enfreignant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (législature 16 – vote 3537) alors même qu’il promouvait dans son programme pour les élections européennes de 2024 le “juste-échange”, à rebours de ce qu’il qualifie de “concurrence déloyale sauvage à la fois extra-européenne et intra-européenne”.
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Chauffage : vive le fioul et le gaz
Sur le carburant comme sur le chauffage, le RN défend une logique simple : réduire la facture des Français, peu importe le type d’énergie considéré et ses conséquences climatiques.
Le parti soutient aussi bien la réduction de la TVA sur les réseaux de froid renouvelable (législature 17 – vote 4042), les granulés de bois (législature 16 – vote 303, 511 et 512,) et/ou les bûches (législature 16 – vote 531) dont l’empreinte carbone est plus avantageuse que les énergies fossiles, que le chauffage au fioul (législature 16 – vote 126), qui est de très loin le mode de chauffage le plus émetteur. De plus, il a rejeté l’augmentation de la TVA sur l’achat et l’installation de chaudières à gaz (législature 17 – vote 137), ainsi que la suppression des certificats d’économie d’énergie sur l’installation de chauffage fossile (législature 17 – vote 829).
Ironie climatique de l’histoire, les seuls modes de chauffage qui ne trouvent pas grâce à ses yeux sont les moins polluants. Les élus du RN se sont opposés à un soutien public à la conversion des modes de chauffage vers des solutions faiblement émettrices (législature 17 – vote 2466) et se sont abstenus sur un amendement visant à rendre éligible l’installation de pompes à chaleur à un crédit d’impôt sur le revenu (législature 17 – vote 4054).
Au micro de Sud Radio le 24 avril 2026, Jean-Philippe Tanguy a justifié ainsi la position du RN : “L’entreprise française d’installation des pompes à chaleur [le groupe Atlantic, ndlr] a été revendue à des intérêts étrangers en décembre dernier.” Un bon résumé de la vision de la souveraineté vendue par le parti, qui défend le “made in France”… quand ça l’arrange. A-t-on vu le parti renier l’énergie nucléaire au motif que la filière française s’est historiquement structurée à partir de la technologie américaine Westinghouse ? Ou militer pour la fin des chaudières à gaz ou au fioul, deux énergies importées ?
Rénovation et précarité énergétiques : quand le RN sape les aides
L’isolation thermique des logements est un levier majeur d’efficacité énergétique pour réduire la consommation d’énergie (et la facture des ménages). Selon l’Ademe, alors que les logements représentent près de 30 % de l’énergie finale utilisée en France, il s’agit même d’“une condition nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques”. Dans son bilan prévisionnel 2023-2035, RTE précise qu’un effet rebond doit cependant être pris en compte, les ménages pouvant en profiter pour améliorer leur confort thermique, qu’il évalue à 15 % en moyenne. Autrement dit, “15 % de la réduction théorique de la consommation d’énergie suite à des travaux d’isolation ou au remplacement d’un système de chauffage par un système plus efficace est compensée par une amélioration du confort thermique.”
Mais la lutte contre les “passoires thermiques” n’est visiblement pas une priorité du RN, qui a souhaité décaler le calendrier d’obligation de mise en conformité des logements au regard du diagnostic de performance énergétique (DPE) (législature 17 – vote 661) et permettre aux propriétaires de continuer à louer des logements mal isolés (législature 17 – vote 219 et 491). Il s’est par ailleurs abstenu sur un amendement visant à faciliter l’adaptation des bâtiments aux vagues de chaleur en accélérant l’installation de protections solaires extérieures (stores, volets, brise-soleil orientables) (législature 17 – vote 2390) et a proposé d’exclure les locations touristiques du mécanisme du DPE (législature 16 – vote 3155).
De manière plus ambiguë, les députés du groupe Rassemblement national se sont opposés à la mise en place de certaines incitations fiscales sur le sujet (législature 17 – vote 316, 3809) mais en ont soutenu d’autres (législature 16 – vote 272), notamment lorsqu’il s’agit d’accorder des déductions fiscales aux bailleurs réalisant des travaux de rénovation énergétique (législature 16 – vote 272 et législature 17 – vote 3815). Même hésitation sur la TVA à 5,5 % à laquelle ils se sont opposés concernant les audits énergétiques des bâtiments (législature 17 – vote 4053), et sur laquelle ils se sont abstenus concernant les travaux de rénovation énergétique dans les établissements de santé (législature 17 – vote 4052).
Une tendance apparaît clairement : le RN n’est pas opposé par principe aux travaux de rénovation énergétique, mais il n’en fait pas une politique sociale. Le parti a par exemple déposé un amendement refusant que les travaux de rénovation énergétique soient inclus dans le champ de la prise des décisions au sein des copropriétés (législature 16 – vote 3241), s’opposant explicitement à ce que “des considérations relatives aux économies d’énergie et à l’émission de gaz à effet de serre” soient incluses dans la lutte contre l’habitat indigne. Et il s’est refusé à garantir un reste à charge zéro pour les ménages les plus modestes réalisant des travaux de rénovation thermique (législature 17 – vote 2594). En revanche, il s’est positionné en faveur de l’exonération des droits de donation pour encourager les travaux de rénovation énergétique du logement principal (législature 17 – vote 3327) – une mesure socialement inégalitaire dans la mesure où les donations importantes concernent mécaniquement les ménages les plus aisés.
Le RN a par ailleurs tenu une position ambiguë sur le dispositif d’aide à la rénovation MaPrimeRénov (sur les 9 amendements proposant d’abonder et/ou pérenniser le dispositif, le RN a voté 4 fois “pour” (législature 16 – vote 302, 490, 492, et législature 17 – vote 2591), s’est abstenu deux fois (législature 16 – vote 132 et législature 17 – vote 3899) et a voté trois fois “contre” (législature 17 – vote 4168, 2592 et 2624), avant de proposer en octobre 2025 de le supprimer au profit d’un prêt à taux zéro (“100 % Rénov”).
MaPrimeRénov’ a fait l’objet de fraudes (10 % de dossiers frauduleux selon un rapport de l’Agence nationale de l’habitat en 2024), et n’est donc objectivement pas exempte de critiques. Elle a néanmoins le mérite de constituer une aide sous la forme de subventions, là où un prêt (même à taux zéro) implique par définition que les propriétaires concernés devront payer les travaux de leur poche. Bref, c’est moins incitatif qu’une aide directe.
Idem pour les certificats d’économie d’énergie (qui concernent la rénovation énergétique et plus largement les aides à la transition énergétique), dont le RN a voté la suppression (législature 17 – vote 3938). Un dispositif là encore victime de nombreuses fraudes, et dont l’efficacité réelle, en matière d’économies d’énergie, a été surévaluée de 30 % selon un rapport de la Cour des Comptes.
Mobilités : le RN roule pour le thermique
Suppression du malus écologique sur les voitures (législature 17 – vote 3830), rejet de l’objectif européen d’interdiction de la vente des voitures thermiques neuves d’ici à 2035 (législature 17 – vote 832) : ces deux amendements pourraient résumer à eux seuls l’attachement du parti d’extrême droite pour la bagnole (de préférence à moteur thermique). En avril 2024, Jordan Bardella avait également voté contre l’interdiction de nouvelles voitures à essence ou diesel en 2035 au Parlement européen, en dépit du consensus scientifique sur le fait que “les véhicules électriques alimentés par une électricité à faibles émissions offrent le plus grand potentiel de décarbonation pour le transport terrestre.”
Toute mesure visant à renforcer le malus écologique (législature 17 – vote 5074, 3828, 3833, 3834) ou à relever la taxe sur les certificats d’immatriculation sur les véhicules thermiques (législature 17 – vote 329, 3847, 5078) est systématiquement rejetée et qualifiée de “punitive” par les élus d’extrême droite, qui affirment prendre la défense des “ménages ruraux et familiaux pour qui la voiture constitue une nécessité.” Un discours trompeur dans la mesure où les chiffres montrent que les plus gros utilisateurs de la voiture sont les plus aisés. Si son discours était réellement motivé par la justice sociale, le parti se serait-il opposé au “malus poids” pour les voitures (législature 17 – vote 3818 (abstention) ; 3819, 3821, 3829, 3838 (votes “contre”)), alors même que ce dispositif vise à “réduire la vente de SUV thermiques”, plus chers que les voitures accessibles aux classes populaires (législature 17 – vote 3836) ?
Sans compter que le soutien du RN aux voitures thermiques n’est pas uniquement “social” puisqu’il souhaite étendre la suppression du malus écologique aux véhicules de la gendarmerie nationale et de la police (législature 17 – vote 3959 et 3962) – plutôt que d’envisager une conversion à l’électrique. Idem pour les voitures de société (acquises par les entreprises), qui bénéficient d’une “niche fiscale brune” y compris pour les moteurs thermiques (législature 17 – vote 170 et 3169).
“Les transports en commun ne pourront jamais couvrir la totalité des déplacements du quotidien des Fançais. En fonction des besoins et des types de déplacements, les mêmes usagers utiliseront la voiture, le vélo, le train, le bus ou l’avion”, justifie le député RN Antoine Villedieu dans l’exposé des motifs d’un amendement appelant à supprimer la lutte contre l’autosolisme dans les objectifs du service express régional métropolitain (SERM, désignant les offres de mobilités visant à améliorer la desserte entre un centre-ville et sa zone périurbaine) (législature 16 – vote 1867).
Les députés RN ne veulent pas non plus interdire la construction d’autoroutes dans le périmètre de la mise en œuvre des SERM (législature 16 – vote 1873). Et ce, alors même que le parti a approuvé l’objectif de développement du transport ferroviaire dans le cadre du déploiement de ces derniers (législature 16 – vote 1859). Le parti s’est également abstenu sur la taxation des superprofits des sociétés d’autoroute (dans un contexte de besoins massifs d’investissements dans la décarbonation des transports) (législature 17 – vote 3983), et s’est opposé à la taxation des poids lourds pour financer le réseau ferroviaire et la décarbonation du transport routier (législature 17 – vote 3963).
On peut enfin relever la volonté du RN d’affaiblir l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFIT, qui finance les transports en commun, le ferroviaire etc., bien qu’une part de son budget soit alloué aux infrastructures routières (un quart des engagements réalisés en 2024, dont plus de 60 % alloués à la modernisation du réseau existant). Le parti s’est prononcé en faveur d’une minoration du plafond de la taxe de solidarité sur les billets d’avions (législature 17 – vote 402), de la taxe due par les concessionnaires d’autoroutes (législature 17 – vote 403) ou encore de la TICPE (législature 17 – vote 400) entre autres taxes (législature 17 – votes 404, 4163 et 4164) allouées à cette agence, et contre l’affectation d’une fraction des recettes issues de la mise aux enchères des quotas d’émissions de gaz à effet de serre à cette dernière (législature 17 – vote 4165). Il s’est enfin opposé à son rétablissement (législature 17 – vote 1335) après qu’un amendement appelant à sa suppression a été adopté en commission en mars 2025.
Haro sur l’électrique
Le RN est favorable à une fiscalité plus avantageuse pour les véhicules hybrides (législature 17 – vote 3822, 3823, 3824, 3827, 3839)… dont Bon Pote a déjà montré qu’elles constituaient une fausse bonne solution, notamment du fait de leur poids plus important que les voitures à essence et de leur faible utilisation du mode électrique.
Mais son enthousiasme pour les véhicules électriques – qui sont à la fois nécessaires pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles et insuffisantes, dans la mesure la place de la voiture individuelle doit être questionnée – est plus mitigé. Le parti d’extrême droite s’est notamment opposé à ce que les organismes publics qui possèdent des véhicules doivent remplacer lors du renouvellement de leur flotte une partie de celle-ci par des véhicules électriques (ou convertis à l’électrique) (législature 16 – vote 2514). Idem pour les flottes de véhicules des entreprises (législature 16 – vote 2512).
Le RN n’a pas non plus jugé bon de s’opposer à l’annulation des crédits du programme “Énergie, climat et après-mines”, qui finance entre autres les aides à l’acquisition de véhicules électriques (législature 17 – vote 3908), ni de soutenir le prolongement du crédit d’impôt sur les “systèmes de charge pilotables, intelligents et communicants” pour véhicules électriques (législature 17 – vote 3118).
Il s’est malgré tout prononcé en faveur d’une baisse de la TVA sur les activités de retrofit (consistant à remplacer un moteur thermique par un moteur électrique) (législature 16 – vote 515). Ce qui fait sens lorsque l’on considère que l’hostilité du parti à l’égard des véhicules électriques est motivé par son attachement au “made in France” (que le retrofit ne menace pas) : “Comme l’a rappelé Jordan Bardella à l’occasion de sa venue à Saint-Avold, cette décision prise [l’interdiction des voitures thermiques en 2035, ndlr], sans aucune étude d’impact ni consultation des professionnels du secteur, va accroître notre dépendance à l’égard de la Chine, qui a 10 ans d’avance sur l’Europe dans la construction de véhicules électriques et qui raffine 90% des métaux rares nécessaires à la construction de ces voitures”, lit-on sur une pétition publiée sur le site du RN. Les analyses de marché montrent pourtant que la part des voitures électriques neuves fabriquées en France augmente (passant de 16 % à 30 % entre 2024 et 2025).
Le RN met le frein sur les alternatives à la voiture
Même réticence à l’égard du développement des mobilités alternatives à la voiture : le RN a refusé d’augmenter le taux de versement mobilité, une contribution patronale pour financer les transports en commun (législature 17 – vote 4081, 4086 ; législature 16 – vote 547 et 548) et s’est abstenu sur la mise en place d’une TVA à 5,5 % sur les transports en commun (législature 17 – vote 4046 et 4047). Il a même voté pour la suppression de 100 millions d’euros du volet “Amélioration du cadre de vie” du Fonds vert, qui inclut des actions sur les mobilités durables (législature 16 – vote 488).
Une posture qu’on peut néanmoins nuancer un peu puisque le parti a voté pour relever le plafond de cumul du forfait mobilités durables (législature 16 – vote 83) et l’augmentation du soutien financier au secteur ferroviaire (législature 16 – vote 493 et 1861).
Sur le vélo, en revanche, l’opposition du RN est ferme. Il a proposé de supprimer le crédit d’impôt pour la mise à disposition d’une flotte de vélos dans les entreprises (législature 17 – vote 273), en estimant que le dispositif “bénéficie essentiellement aux entreprises qui se situent en milieu urbain” et s’est prononcé contre la création d’une mesure fiscale favorable au développement du stationnement pour les vélos (législature 17 – vote 278). Enfin, il a voté contre l’objectif proposé par les Socialistes d’atteindre 80 000 km de pistes cyclables et voies vertes en 2027 et 100 000 km en 2030 (législature 16 – vote 1898).
Pas touche à l’aviation
Responsable de 5 % du réchauffement climatique, le secteur ultra polluant de l’aviation bénéficie des grâces du RN qui refuse de supprimer la niche fiscale sur le kérosène aérien (législature 17 – vote 110 et 431), même lorsqu’elle ne s’applique qu’aux vols domestiques en France hexagonale (en dehors de la Corse et des Outre-mer) (législature 17 – vote 3955).
Le parti s’est en outre opposé à toute mesure visant à taxer davantage les billets d’avion, notamment via la hausse de la Taxe de Solidarité sur les Billets d’Avion (TSBA) (législature 17 – vote 365, 366, 3970 et 3973), qu’il a souhaité rétablir dans le cadre de la loi finances 2026 à son niveau antérieur à la loi de 2025 (législature 17 – vote 3967 et 3968). Il a aussi voulu la réduire pour les vols long-courriers, intra-européens et vers des destinations intermédiaires (législature 17 – vote 3969), et bataillé pour maintenir son exonération pour les petits aéroports régionaux (législature 17 – vote 5080). Même rengaine sur les propositions de taxation accrue des “grands voyageurs aériens” (législature 17 – vote 374 et 3971).
En revanche, le parti s’est opposé à 2 des 3 amendements visant à baisser les prix des billets d’avion pour les citoyens ultramarins par le biais d’une exonération de taxes ou d’un renforcement de la dotation de continuité territoriale (législature 16 – vote 2898, législature 17 – vote 367 et 368). Ces amendements relevant davantage d’une mesure de justice sociale (notamment en l’absence d’alternatives décarbonées), ils ont été écartés de l’analyse quantitative. Ils interrogent néanmoins le “deux poids-deux mesures” du RN.
C’est peut-être l’exception qui confirme la règle : au milieu de ces votes favorables au secteur aérien, le RN a manifesté son soutien (surprenant) à la mise en place d’une taxe supplémentaire, en plus de la TSBA, sur les billets d’avion afin de financer le train de nuit (législature 16 – vote 518).
La dépendance des armées aux énergies fossiles, un non-sujet pour le RN
Le secteur militaire représente 1 % de la consommation de pétrole en France, selon l’Ufip Énergies et Mobilités. Et ce n’est pas sur le RN qu’il faut compter pour alléger ce bilan, puisque ses députés ont rejeté un amendement visant à réduire la dépendance des forces armées aux énergies fossiles (législature 16 – vote 1695), et proposé d’augmenter le nombre de livraisons d’avions militaires (législature 16 – vote 2923).
Yachts et jets privés : le RN, éternel allié des ultra-riches
C’est une preuve de plus de l’imposture de “anti-élitisme” du RN. Visiblement réticent à froisser les richissimes détenteurs de yachts et de jets privés, ses députés se sont opposés à les taxer davantage (législature 16 – vote 517 et législature 17 – vote 369, 3978, 3979 (votes “contre”) et législature 17 – vote 3980 (abstention) pour les yachts ; législature 17 – vote 171, 362, 519, 3965, 3966 pour les jets privés). Seule exception dans ce tableau, un vote du RN contre la hausse du seuil de taxation des bateaux à moteur (au-dessus d’une puissance de 160 chevaux) (législature 17 – vote 3976).
Si la taxation des jets privés est parfois critiquée (notamment en raison de la facilité avec laquelle elle pourrait être contournée), l’idée gagne peu à peu du terrain sur la scène internationale. Lors de la COP30, en novembre 2025, elle avait été portée par un groupe de pays comprenant la France, l’Espagne et le Kenya.
Le parti n’a pas non plus souhaité inclure les jets privés dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (législature 17 – vote 90) ni mettre en place un système de bonus-malus en fonction de l’empreinte environnementale des actifs immobiliers et financiers (incluant les jets privés et les yachts) (législature 16 – vote 322). Et il s’est abstenu sur la mise en place de malus financiers sur ces modes de transport ultra-polluants (législature 16 – vote 330).
Les députés RN ont par ailleurs rejeté l’interdiction des vols en jet privés (législature 16 – vote 1403), y compris lorsque des alternatives sont accessibles en moins de 4h (législature 16 – vote 404) ou de 2h30 (législature 16 – vote 1406, 1407 et 1405).
Concernant les carburants, la position du RN est plus ambivalente : contre la suppression de la niche fiscale sur le kérosène pour les jets privés (législature 17 – vote 111), mais pour celle de l’exonération d’accise sur les carburants utilisés par les jets privés (législature 17 – vote 3848).
Impossible pourtant d’être passé à côté de leur impact sur le climat. Pour vous donner un ordre de grandeur : en une semaine, selon les calculs de YachtCO2tracker, le yacht de Bernard Arnault a consommé 265 000 litres de carburant, ce qui représente l’émission de 688,9 tonnes de CO2, soit 86 fois plus qu’un Français moyen en un an.
Transport fluvial et maritime : la défense du statu quo
Pas plus que les yachts, le RN ne souhaite taxer les bateaux de croisière (législature 17 – vote 3982, 3981). Ni réduire l’impact climatique du transport maritime (3 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial), à en voir ses votes contre le tarif réduit sur les carburants dans ce secteur (législature 17 – vote 109), mais aussi contre le renforcement des soutiens apportés aux petits armateurs voulant investir dans des équipements décarbonés (législature 17 – vote 3172) et à la filière vélique (propulsion par le vent) (législature 17 – vote 172).
Plus généralement, sur le transport de marchandises, le parti s’est montré hostile à la mise en place d’une “contribution climatique” des chargeurs dont les montants permettraient notamment de développer le fret fluvial et ferroviaire (législature 17 – vote 3986). Idem sur le plafonnement de la redevance perçue par les Voies Navigables de France (un allié du transport fluvial, dont il assure la gestion du réseau), qu’il n’a pas jugé bon de relever pour accroître son budget (législature 17 – vote 4161). Rappelons que la consommation énergétique du fret fluvial est 75 % moins importante que le fret routier, c’est donc une alternative plus sobre même si la priorité doit être la réduction des flux de marchandises (dans son étude “Assurer le fret dans un monde fini” parue en 2022, le Shift Project a estimé que la demande devrait baisser d’au moins 25 % si l’on veut décarboner le fret d’ici au milieu du siècle.)
Une industrie pas si “verte” que ça
Dans le cadre de la loi “Industrie verte”, les députés ont voté de nombreux amendements visant à en définir les contours. Commençons par celle proposée par le RN (législature 16 – vote 2377), qui fait reposer l’industrie verte sur trois volets : “le développement de technologies décarbonées, la décarbonation et l’amélioration de l’efficacité énergétique de l’industrie existante, et la relocalisation d’un maximum d’activités productives sur le sol français.” Le parti s’est par ailleurs montré favorable à l’électrification des usages industriels (législature 16 – vote 2381) et à l’intégration des territoires d’Outre-mer dans la stratégie nationale de l’industrie verte (législature 16 – vote 2366).
Jusque là, on pourrait avoir l’impression que le parti défend une industrie libérée des énergies fossiles. Mais le reste de ses votes traduit une posture plus trouble, notamment lorsqu’il s’oppose aux amendements écologistes établissant un objectif de réduction de la consommation d’énergie (législature 16 – vote 2347), de réduction des pressions environnementales et climatiques (législature 16 – vote 2368), de cohérence avec les objectifs régionaux fixés dans les schémas régionaux d’aménagement et de développement durable du territoire (législature 16 – vote 2372) et des normes minimales pour les projets industriels dits “verts” (notamment l’exclusion des entreprises contribuant à la production ou au transport d’énergies fossiles) (législature 16 – vote 2348).
Le RN a aussi rejeté (législature 16 – vote 2349) et s’est abstenu sur (législature 16 – vote 2378) des amendements de LFI concernant l’exigence de compatibilité des projets industriels avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Enfin, il s’est abstenu sur les orientations proposées par les Socialistes (législature 16 – vote 2345) reposant sur la réduction de la consommation énergétique et à la décarbonation.
Une position qui fait écho aux discours récurrents du Rassemblement national sur “l’excès de normes” jugées “néfastes à l’activité du pays”. En résumé, le parti n’est pas hostile à l’industrie “verte” tant qu’elle n’est pas trop contraignante pour les entreprises, et préfère miser sur le développement de “technologies décarbonées” et l’efficacité énergétique plutôt que sur une véritable sobriété. Au fond, sa priorité est davantage la relocalisation que la décarbonation. C’est d’autant plus évident lorsque l’on considère les mesures qu’il soutient sur la taxation des énergies fossiles consommées par ce secteur :
- Opposition à la suppression du tarif réduit sur les charbons consommés par les entreprises énergo-intensives entre 2026 et 2028, pour le remplacer par le tarif normal d’accise (législature 17 – vote 3958)
- Maintien d’une accise à 0,5 €/MWh pour les établissements du secteur des industries alimentaires ayant un taux de valeur ajoutée inférieur à 20 % et classées comme grandes consommatrices d’électricité (législature 17 – vote 3957)
- Extension du tarif réduit de l’accise sur les gaz naturels pour les fabricants de chips français (législature 17 – vote 112). L’objectif invoqué est ici la réduction de la distorsion de la concurrence avec les fabricants de chips d’autres pays de l’Union européenne, ce qui explique pourquoi l’intégralité des groupes politiques a soutenu cette mesure.
Côté numérique, la sobriété n’est de toute évidence pas non plus une priorité du RN. Le sujet n’est pourtant pas anodin quand on sait, selon l’Ademe, que les centres de données représentent déjà 2,2 % de la consommation électrique française et que leur expansion rapide menace à terme les objectifs climatiques du pays. Le RN a pourtant choisi de rejeter la suppression du tarif réduit d’accise sur l’électricité pour les data centers (législature 17 – vote 113 et 2348), l’obligation d’approvisionnement en énergies renouvelables (45 % minimum) (législature 17 – vote 2120), et l’introduction de critères environnementaux spécifiques à ces infrastructures, notamment en matière d’efficacité énergétique et d’émissions de gaz à effet de serre (législature 17 – vote 2122).
Une logique qui vaut pour le monde de l’entreprise plus généralement. Fidèle à la position des groupes de droite et d’extrême droite au Parlement européen, qui ont voté en décembre 2025 l’assouplissement des règles de reporting climatique des entreprises – exemptant de facto 92 % des entreprises -, ses députés ont voté à l’Assemblée nationale contre l’obligation pour les sociétés cotées soumises à la directive sur l’information en matière de durabilité par les entreprises (CSRD) de publier une stratégie de transition complète (législature 16 – vote 3687). Et se sont abstenus sur un amendement proposant de conditionner les aides publiques accordées aux grandes entreprises à la publication d’un bilan carbone et d’une élaboration d’une stratégie climat articulée autour d’une trajectoire contraignante de baisse des émissions de gaz à effet de serre (législature 16 – vote 166). Des votes qui en disent long sur leur volonté réelle de désintoxiquer l’économie française des hydrocarbures.
Engrais azotés, l’autre dépendance fossile
Les engrais azotés posent question en matière de souveraineté et de dépendance aux énergies fossiles.. “En 2022, la France importait plus de 80 % de ses engrais, dont une large part provient de pays en dehors de l’Union européenne, créant une double dépendance : aux pays tiers et aux énergies fossiles (qui servent à fabriquer les engrais minéraux)”, indique un rapport du gouvernement sur la “souveraineté agricole et alimentaire de la France” en mars 2024.
Mais le sujet ne semble guère préoccuper les députés du Rassemblement national en dépit de leur attachement à la “souveraineté alimentaire”. La preuve, ils ont voté contre la mise en place d’une taxe de 0,9 % sur le chiffre d’affaires des metteurs sur le marché d’engrais minéraux (législature 17 – vote 4026), contre l’interdiction des engrais azotés (et des “produits phytopharmaceutiques”) dans les aires d’alimentation de captages (législature 17 – vote 5376), et contre la maintien d’un plan de réduction des émissions d’ammoniac et de protoxyde d’azote, principalement issus des engrais azotés (législature 17 – vote 1358).
Une souveraineté énergétique bancale
Comment défendre la “souveraineté énergétique” d’un côté et œuvrer de l’autre pour le maintien des énergies fossiles ? C’est la question que l’on est en droit de se poser au vu des votes du Rassemblement national à l’Assemblée nationale (entre juillet 2022 et mars 2026) sur la consommation des énergies fossiles.
Notre travail le montre dans l’ensemble des champs étudiés, de l’aviation à la fiscalité de l’énergie en passant par l’industrie : l’attachement affiché par le RN au “made in France” est de toute évidence moins fort que celui qu’il nourrit à l’égard des énergies fossiles. L’analyse de ses votes laisse clairement apparaître un projet politique climaticide, hostile à une souveraineté énergétique digne de ce nom, c’est-à-dire émancipée du type d’énergie dont la France est la plus dépendante et vulnérable.
Son hostilité manifeste à l’égard de la sobriété énergétique et de l’électrification des usages (véhicules électriques, pompes à chaleur, etc.) maintient un statu quo dont il se revendique d’ailleurs fièrement au nom d’un prétendu réalisme. “On peut bien vouloir faire croire aux Français que l’on peut se passer des fossiles, mais c’est faux. À ceux d’en face, qui passent leur vie à affirmer qu’ils s’opposent aux énergies fossiles, je demande : comment vous déplacez-vous ? Quand Rima Hamas va en Israël, de quelle énergie se sert-elle ? S’y rend-elle en avion solaire ?”, s’est moqué Jean-Philippe Tanguy dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

Fort de ce statu quo fossile, le RN milite d’ailleurs pour relancer la production d’hydrocarbures à l’échelle nationale “comme levier de transition”, et au motif que cela “permettrait de limiter les importations” (législature 17 – vote 2461). Ses députés se sont aussi opposés à l’interdiction des aides publiques aux énergies fossiles (législature 17 – vote 2544). Un non-sens climatique absolu : faut-il rappeler que selon le GIEC, pour limiter le réchauffement à +1,5 °C, aucune nouvelle infrastructure fossile ne doit voir le jour ?
En analysant les votes du parti, on se rend compte que la souveraineté est loin d’être l’unique qui guide sa stratégie sur les énergies fossiles, puisqu’il s’oppose à l’interdiction des importations de gaz de schiste en France (législature 17 – vote 2453) et à l’embargo contre le gaz russe (législature 16 – vote 63). Vous avez dit “souveraineté énergétique” ?
Le nucléaire, alpha et oméga de la souveraineté selon le RN
Mais c’est surtout sur la filière nucléaire que mise le RN pour asseoir la souveraineté énergétique française. Ainsi que plus largement les “énergies pilotables et bas-carbone : nucléaire, hydraulique, géothermie, biomasse, chaleur nucléaire et cogénération”, détaille un amendement du député RN Maxime Amblard en juin 2025.
Les énergies renouvelables (souvent appelées “intermittentes” par le RN) ne devront quant à elles pas être “surreprésentées” selon lui dans le mix énergétique français. Un euphémisme, alors le parti a voté à la même période en faveur d’un moratoire sur les éoliennes et les panneaux solaires (législature 17 – vote 2580).
Sur le volet climatique, il faut pourtant rappeler qu’il n’existe “aucun scénario sérieux qui dit qu’on atteindra la neutralité carbone en France sans les énergies renouvelables”, pointe Nicolas Goldberg. Tous les scénarios de RTE (“futurs énergétiques”) les incluent. Et ils contribuent bien à la sécurité énergétique de la France : certes, les panneaux solaires sont importés à 88 % de Chine, mais si du jour au lendemain, celle-ci décide de ne plus en exporter, “l’effet en termes d’approvisionnement énergétique est nul puisque les panneaux que l’on a chez nous continuent de produire”, poursuit-il. Idem pour l’éolien. Par ailleurs, privilégier les fabricants de panneaux solaires européens et en particulier français comme le voudrait le RN (législature 17 – vote 754), risquerait de ralentir le rythme d’installation. “Il n’y a quasiment plus de panneaux français et ceux-ci sont beaucoup plus chers que les panneaux étrangers. C’est d’autant plus contre-productif que le panneau solaire ne représente qu’une faible part de la valeur ajoutée de l’électricité photovoltaïque”, relève le spécialiste.
Sur le nucléaire, le tableau est un peu plus nuancé. Le Réseau Action Climat note que “l’Europe se repose en grande partie sur la Russie pour la fourniture de combustible nucléaire (produit fini), mais également pour plusieurs maillons de sa chaîne de production”. Par exemple, selon un rapport de l’agence d’approvisionnement Euratom, la seule firme européenne réalisant la conversion naturelle d’uranium est la Français Orano, dans deux usines dont la capacité théorique est inférieure à la demande totale des réacteurs européens. Selon Nicolas Goldberg, il faut néanmoins relativiser ces dépendances dans la mesure où la France dispose de plusieurs fournisseurs ainsi que de stocks d’uranium pour plusieurs années. “L’étape clé est celle de l’enrichissement, qui se fait sur notre sol”, indique l’expert, qui estime que le nucléaire est bien “un facteur de sécurité d’approvisionnement”.
Il ne s’agit pas ici de trancher le débat sur le nucléaire, notoirement clivant (les Écologistes et la France insoumise, notamment, prônent une sortie du nucléaire au profit d’un mix 100 % renouvelables.) Mais plutôt de souligner les incohérences de la vision du RN sur ce sujet, comme le fait que “leur projet énergétique se limite essentiellement à construire toujours plus de centrales nucléaires, sans soutenir l’électrification des usages par ailleurs (en étant contre la voiture électrique, les PAC, la fiscalité carbone, etc.)”, analyse Andreas Rüdinger. Sans compter l’ambition du parti sur le nucléaire (20 réacteurs en 2039, selon son “plan Marie Curie”), qui est bien au-delà de ce que l’industrie elle-même pense pouvoir réaliser (en mars 2025, l’Elysée tablait sur une “première mise en service” d’au moins un des six futurs réacteurs nucléaires EPR2 “d’ici à 2038”).
Bref, en votant pour le maintien des énergies fossiles tout en boudant la sobriété, le RN ne bâtit pas une “cathédrale de souveraineté”, mais nous mène tout droit vers la dépendance énergétique et risque de nous rendre toujours plus vulnérables.