Nous sommes des communistes divers, à l’image de notre Parti. Nous n’avons pas toujours fait les mêmes choix lors des derniers congrès. Nous n’avons pas les mêmes points de vue sur tout. Mais aujourd’hui, devant l’importance des enjeux du 40ème congrès, nous jugeons utile de nous rassembler pour proposer une base commune de discussion alternative à celle que présente la direction de notre parti car celle-ci est porteuse d’insuffisances qui ne peuvent pas être corrigées au moyen de simples « amendements ».
Le texte de la direction, en effet, « plaque » sur l’orientation de notre parti une ligne politique dont les conclusions sont tirées à l’avance, indépendamment de la réalité
nouvelle du combat de classe en France et dans le monde qui doit conditionner nos priorités. Nous avons au contraire besoin d’un débat approfondi pour mettre nos choix à
la hauteur des enjeux de la période.
La juste appréciation selon laquelle s’est ouvert « un moment de basculement historique » fait l’impasse sur le fait que cette nouvelle période s’accompagne d’un projet politique des
forces du capitalisme mondialisé, un projet dévastateur pour les peuples et pour le monde,
tracté par le trumpisme. En France, le Rassemblement national est le porteur de ce projet. Il
en découle une sous-estimation fautive du danger que constituerait la prise du pouvoir en
2027 par ce parti comme de la nature et de l’ampleur des efforts que notre parti doit
impérativement déployer pour lui faire échec et ouvrir une perspective transformatrice. En
traitant cette bataille essentielle, qui peut, qui doit être gagnée, comme une simple
péripétie, sous-entendue perdue d’avance, le texte de la direction est réduit à proposer en
guise de stratégie un « nouveau chemin » hors sol qui regarde dans le rétroviseur et
condamnerait notre parti à l’impuissance et à la marginalité.
Ce texte est moins long que celui de la direction. C’est volontaire. Nous ne cherchons pas
à être exhaustifs, mais à mettre en valeur ce qui nous semble les priorités pour le débat de
ce congrès. Et à proposer une véritable base pour le déploiement de la discussion de tous
les communistes, qui favorise leur travail de modification et d’enrichissement jusqu’à la tenue du 40 Congrès.
Par ailleurs, avec ses délais très contractés de préparation, le congrès ne peut épuiser
l’analyse de la nouvelle phase de la crise du capitalisme mondialisé, donc du combat de
classe. Cette analyse devra être effectuée en profondeur. Mais, sans attendre, il est
possible de prendre la mesure de l’ampleur des bouleversements provoqués par le projet
explicite du capital de la finance, de la Big Tech et de la prédation qui mène désormais la
danse : domination et expansion impériale par la force allant jusqu’à la guerre, sacrifice de
l’humain et du vivant sur l’autel du profit, atteinte aux libertés et manipulation à grande
échelle, recompositions politiques dans les « zones d’influence », dont l’Europe, autour de
forces fascisantes. En France, le relais principal de ce projet est le Rassemblement national.
Son deal avec le grand capital est effectif. Sa prise de pouvoir est programmée par des
forces puissantes.
Ces conditions, proprement alarmantes, dictent les décisions que nous sommes appelés à
prendre lors de notre congrès :
- 1. Nous devons mettre toutes nos forces au service d’un objectif : empêcher la prise du
pouvoir par le Rassemblement national. Celle-ci est de plus en plus banalisée, le péril
qu’elle constitue dramatiquement sous-estimé, alors qu’elle signifierait une insupportable
offensive antisociale, antidémocratique, antiécologique, xénophobe, masculiniste, belliciste,
obscurantiste… Parce que nous sommes communistes, avec tout ce que cela implique,
épargner cette épreuve à notre peuple ne peut pas être un objectif noyé parmi d’autres
mais un impératif absolu.
Alors que les élections municipales ont confirmé et amplifié la tentation de la droite à s’unir
avec le RN, qu’en contrepoint la thèse empoisonnée des « gauches irréconciliables »
prend corps, la seule issue fondée sur le possible est la levée d’un mouvement populaire et
citoyen majoritaire. L’heure n’est pas à témoigner mais à agir. Les jeux ne sont pas faits.
L’intervention populaire peut débloquer la situation. Nous devons prendre des initiatives
politiques qui non pas la neutralisent mais la favorisent et lui ouvrent des espaces. Par
exemple : proposer la conclusion d’un pacte commun pour la République qui élève au rang
de priorités les grandes exigences populaires ; travailler à un accord législatif et
gouvernemental autour d’un tel programme de rupture ; engager à partir de là la bataille
présidentielle avec un ou une porte-parole communiste sans hypothéquer les chances de
construction d’une large candidature commune réellement partagée.
- Contribuer au rassemblement des forces vives du pays implique la reconstruction d’une
visée de société libératrice. Notre parti a un rôle moteur à jouer pour que grandisse
l’exigence d’émancipation humaine. Il serait illusoire de la chercher dans des notions
utilisées par notre parti dans des périodes politiques depuis longtemps révolues.
L’engagement communiste est ancré dans le réel et porté vers l’avenir, notre projet est un
projet révolutionnaire, donc d’innovation, en phase avec toutes les exigences
émancipatrices. C’est ainsi que nous concevons son utilité : par son actualité.
- Pour mener à bien ces tâches cruciales, notre peuple doit pouvoir compter sur un Parti
communiste vivant, ouvert et à l’écoute de ses préoccupations, clair dans ses positions.
L’autosatisfaction ne peut être de mise en ce domaine. Le Parti communiste ne va pas bien
et sa parole n’a pas toujours été lisible. Ses atouts demeurent, grâce au militantisme de ses
adhérent.es, à l’efficacité de ses élu.es, au rayonnement de l’Humanité et de sa Fête
annuelle. Mais notre vie collective s’étiole et notre organisation s’affaiblit. Nous avons besoin de nous rassembler, de vivre dans la fraternité et le respect mutuel notre engagement communiste. Cela implique non seulement une ligne offensive à même d’unir les communistes, des mesures de réorganisation, mais un état d’esprit profondément démocratique qui fait de notre libre débat une force.
En tous domaines, il s’agit de faire vivre notre raison d’être le Parti communiste français.