USA : UN NOUVEAU FRONT DE LUTTE POLITIQUE ET SOCIAL CONTRE L’ICE, TRUMP… ET LES DÉMOCRATES, A ÉTÉ OUVERT A DELANEY HALL

Le 22 mai, 46 prisonniers du centre de détention de l’ICE qui en comprend un millier, de Delaney Hall géré par la société privée GEO à Newark, banlieue ouvrière de New York, dans l’Etat du New Jersey, ont réussi à passer à l’extérieur une lettre qu’ils avait tous signée dénonçant les conditions de vie et de travail dans le camp. S’associant à la lettre, 300 prisonniers tous latinos ont commencé une grève de la faim. Depuis, une large mobilisation populaire est venue apporter son soutien autour du camp aux prisonniers en lutte, avec un écho national y compris dans la presse, relançant le mouvement contre l’ICE depuis Minneapolis en janvier 2026. Ce combat ne s’était pas arrêté mais avait un peu fléchi, ne gardant qu’une dimension locale. Mais là, il a retrouvé une nouvelle dimension nationale, tout à la fois politique parce qu’il concerne la politique de Trump et teste son nouveau ministre de la sécurité intérieure et puis aussi concerne l’attitude des dirigeants Démocrates puisque les gouverneurs et maires du New Jersey et de Newark sont Démocrates et puis en même temps ce combat a une dimension sociale puisque les prisonniers travaillent pour la société privée GEO qui gère l’essentiel des camps de l’ICE, mais ils le font dans des conditions d’esclavage. Ils travaillent en effet gratuitement ou pour 1 dollar par jour, permettant à la société GEO de s’enrichir considérablement, alors que l’esclavage est aboli aux USA, sauf pour les criminels. Mais les détenus de l’ICE ne sont pas des criminels, seulement des migrants, même pas en situation irrégulière pour certains, puisqu’ils ont été raflés par l’ICE dans des palais de Justice en renouvelant leurs cartes de séjour.
Ces travailleurs esclaves se battent contre des conditions de vie « animales », disent-ils, avec de la nourriture avariée, parfois des vers, des excréments au sol, pas de soins, pas de médicaments, une hygiène lamentable. Étant non criminels, juste des travailleurs, ils se battent pour leur liberté. Et pour ça, ils veulent rencontrer la gouverneure Démocrate du New Jersey Mikie Sherrill. Forcés à travailler sous peine de représailles et de coups, ils se battent aussi pour des conditions de travail et des salaire corrects, associant donc cette lutte à un conflit social. La société privée GEO à but lucratif se fait beaucoup d’argent sur leur dos. Les prisonniers travaillent en effet comme agents d’entretien, cuisiniers, coiffeurs, blanchisseurs et agents de nettoyage. Les employés de la blanchisserie et du salon de coiffure sont payés 3,00 $ par jour. Les employés affectés à des tâches spéciales sont payés 2,00 $ par jour. Toutes les autres tâches sont rémunérées 1,00 $ par jour. Des tarifs en vigueur depuis 1950, date à laquelle ils ont été fixés par le Congrès, Républicains et Démocrates ensemble, une particularité qui en principe ne s’appliquent pas aux détenus de l’ICE, qui ne sont pas des criminels, qui sont détenus hors de toutes règles légales, juste par la force. Et puis une paire de chaussures à la cantine du Groupe GEO : 24,28 $, soit l’équivalent de plusieurs semaines de salaire. Une couverture coûte huit dollars. Les cartes d’identité, dont le remplacement est à la charge des détenus en cas de détérioration, coûtent 5 $ chacune, soit une semaine de salaire. On comprend que GEO, déjà payé par l’ICE avec des contrats énormes dépassant le milliard, ne veut pas libérer des travailleurs qui lui rapportent autant.
Tout cela a été révélé au grand jour par les réseaux sociaux puis la presse, a indigné largement les américains qui ont été nombreux à se mobiliser et manifester tous les jours devant Delaney Hall, et même pour certains y campent, en en faisant une affaire nationale.
Bien sûr, Markwayne Mullin, le nouveau secrétaire trumpiste à la sécurité intérieure a démenti qu’il y avait une grève de la faim. Il a dit que c’étaient juste des étrangers qui réclamaient des menus de leurs pays et que les conditions de vie étaient parfaites. Mais l’ICE a toutefois continué à interdire de fait par la force l’accès à l’intérieur du camp. La gouverneure du New Jersey n’a pas pu y entrer et n’a pas rencontré les prisonniers et le maire de Newark avait été arrêté l’an passé quand il avait voulu le faire. Même un député Démocrate, Andy Kim, qui a en principe le droit d’y entrer, a été gazé au poivre et violenté ces derniers jours. Résultat, les Démocrates disent qu’ils vont aller en justice, mais ça peut prendre un temps fou avec les appels et contre-appels ou bien voter aux midterms en novembre. En attendant, les prisonniers continuent leur grève de la faim, alors qu’ils sont frappés ou déménagés dans d’autre prisons pour casser le mouvement.
Et puis surtout, face à la pression des manifestants, les gardiens de l’ICE ont été violents pour les repousser, utilisant, gaz, tasers électriques et balles non létales. Mais les manifestants ont fait face, apportant masques à gaz et boucliers. Les choses pouvant tourner à la défaite de l’ICE, le maire et la gouverneure Démocrates, ont alors envoyé les premiers jours de juin la police d’Etat et la police municipale pour soutenir les agents de l’ICE, cognant tout aussi fort et arrêtant 90 manifestants, dont plusieurs journalistes, mis en prison sans mandat pendant 24 ou 48 heures, tandis que le maire décrétait le couvre-feu 800 mètres autour du camp. Mais, voyant le désastre politique que leur attitude répressive générait à l’encontre des Démocrates – (d’autant qu’une bonne partie des militants venus de tout le pays que leur police frappait étaient aussi des Démocrates en particulier de DSA/Bernie Sanders et que la gouverneur du New Jersey vient juste d’être élu en janvier 2026 et pas mal sur une base anti-Trump !) – parce qu’ils ont même été félicité par le nouveau dirigeant trumpiste de la sécurité intérieure déclarant qu’il espérait que cette belle coopération allait continuer et s’étendre ailleurs – les dirigeants Démocrates ont changé de comportement hier, le maire de Newark a retiré le couvre-feu, et la gouverneure a retiré la police d’Etat, faisant alors mille déclarations contre la violence de l’ICE et l’illégalité du camp, mais ne faisant toujours rien de concret, laissant seulement les manifestants manifester sans les cogner.
L’importance de la lutte à Delaney Hall a fait qu’elle a eu des répercussions sur l’accroissement du mouvement général contre l’ICE à travers le pays.
En raison de ces circonstances, des habitants du quartier à Newark organisent des ateliers ou des séances d’information sur les droits et sur la façon de surveiller les activités de l’ICE et la plupart des petites entreprises ont des panneaux sur leurs fenêtres qui expriment leur opposition à ICE. Ce qui en dit long sur le large soutien que le mouvement reçoit, et c’est pourquoi les dernières publications de Mikie Sherrill sur Instagram ont été remplies de commentaires la qualifiant de « traitre », expriment leur indignation face à ses attaques contre les manifestants et, dans certains cas, regrettent d’avoir voté pour elle et d’exiger sa démission.
De son côté Mamdani, le maire de New York qui avait basé en partie sa campagne électorale sur la dénonciation de Delaunay Hall, se tait aujourd’hui. Mais avec les retournements de la gouverneure et du maire, suite à l’indignation générale, ça peut changer.
Et puis Jake Ephros, membre de DSA et conseiller pour le D-District de Jersey City, s’est rendu à Delaney Hall en soutien aux manifestations et a appelé à la fermeture de la prison, à l’abolition de l’ICE et a ajouté à la demande du mouvement de « tous les libérer » dans toutes les prisons de l’ICE. Il existe aussi une coalition de syndicats de base appelée Labor Eyes On ICE, qui a passé l’année dernière à mobiliser la classe ouvrière sur le sujet. Beaucoup de ces syndicats sont petits et locaux, mais il comprend également Rutgers AAUP-AFT et le syndicat des professeurs adjoints Rutgers, qui représente les travailleurs de la plus grande université publique de l’État. Et, la CFP-CUNY, qui représente le corps professoral et le personnel de la City University of New York, a récemment rejoint Labor Eyes On ICE.
Les dirigeants Démocrates savent tout cela, c’est pourquoi, après avoir utilisé la police de l’État et le couvre-feu pour réprimer les manifestations, l’État du New Jersey et la ville de Newark ont annoncé qu’ils poursuivraient en justice GEO Group, histoire de tenter de sauver l’image déplorable qu’ils ont donné par la répression aux côtés de l’ICE trumpiste.
Bref, la lutte à Delaney Hall ne fait probablement que commencer. Cela pourrait relancer la lutte nationale par en bas qui s’était un peu endormie après la réussite de la « grève générale » du 1er mai, suite elle-même de la « grève générale » à Minneapolis le 23 janvier, du fait de la pression de tout l’appareil Démocrate, dans le parti ou les associations, pour stopper les mouvements de rue et ne se préparer qu’aux élections de mi-mandat de novembre 2026.
Or face à Trump et ses truqueries électorales, ses menaces de coup d’Etat – et ses nouvelles tentatives de faire voter le supplément budgétaire de 72 milliards à l’ICE malgré la réticence des Républicains (mais avec la complicité des Démocrates)- , même pour gagner les élections, il faut la mobilisation par en bas, Delaney Hall en est l’occasion et montre par l’importante mobilisation autour du centre de l’ICE que beaucoup d’américains en ont conscience.