Une manifestation d’opposants à la loi d’urgence agricole, le 20 juillet 2026 à Paris. – © Benjamin Carrot / Reporterre
Paris, reportage
« On va mener une guérilla et leur faire vivre un cauchemar pendant la présidentielle. » C’est avec une colère non dissimulée que Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère, a pris le micro pour dénoncer la « lâcheté » des députés qui ont voté en faveur de la loi d’urgence agricole, surnommée « loi Duplomb 2 », lundi 20 juillet. Plus d’un millier de personnes étaient rassemblées à l’appel d’organisations syndicales, paysannes et de défense de l’environnement, non loin de l’Assemblée nationale, quelques heures avant le vote définitif des députés.
Ce texte permettra notamment de réintroduire l’acétamipride et le flupyradifurone, deux pesticides interdits, de faciliter les procédures pour la construction de mégabassines et de fermes-usines, ainsi que les tirs de loups. Les députés socialistes, insoumis et écologistes ont annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel.
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Malgré un large spectre d’oppositions, du collectif Nourrir, réunissant 54 organisations paysannes et citoyennes, à l’Ordre des médecins, en passant par les opérateurs publics d’alimentation en eau potable, une majorité des députés ont voté pour la loi d’urgence agricole. Après des heures de débats houleux à l’Assemblée, le texte a été approuvé à 296 voix contre 224. Il n’est plus qu’à un vote du Sénat d’être définitivement adopté, mardi en fin de journée.

L’ensemble des élus du Rassemblement national, de l’Union des droites pour la République et de Droite républicaine ont voté de concert en faveur de la loi. Les élus de la majorité présidentielle et du centre ont été plus partagés. Ceux de la gauche ont unanimement voté contre. Pour le député Les Républicains Julien Dive, c’est ainsi la « nouvelle France que l’extrême gauche prétend vendre (…) où le bullshit remplace les faits », qui perd face à la « vraie France (…) qui demande simplement qu’on cesse de lui mettre des bâtons dans les roues ».
La députée insoumise Aurélie Trouvé a dénoncé sur X une « loi criminelle, qui empoisonne nos enfants avec des pesticides toxiques ». « Vous devrez en rendre compte devant tous les Français. Ils s’en souviendront », a-t-elle écrit, à l’adresse des députés de droite et d’extrême droite qui ont voté le texte.
La « colère » de citoyens qui ne se sentent « pas écoutés »
« Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Nous considérons que ce sont des alliés du cancer et des ennemis du monde paysan », a asséné Fleur Breteau, de Cancer Colère. À quelques mois de l’élection présidentielle, elle appelle les militants à « faire vivre un cauchemar » aux candidats des partis favorables à la loi : « Dès qu’ils mettront un pied hors de leur voiture, on sera là, on ne les lâchera pas. » Une détermination toujours bien présente, malgré la frustration partagée par les opposants de « ne pas être écoutés ».

La première pétition contre la loi Duplomb avait recueilli plus de 2 millions de signatures à l’été 2025, une seconde, contre le nouveau texte, plus de 400 000 en juillet 2026, et une troisième en cumule à ce jour plus de 120 000 sur le site de l’Assemblée nationale. « Avec cette nouvelle loi d’urgence agricole, le gouvernement et les sénateurs qui la portent tentent de noyer le poisson pour étouffer la mobilisation, mais nous sommes toujours là », insiste Anaïs, membre de Cancer Colère.
Les « députés de l’agrochimie »
Sur la place des Invalides, les militants ont installé un « pestibar », avec des bidons d’eau potable flanqués de pictogrammes de danger. Ils ont « trinqué au vivant », dont « les pollinisateurs qui subiront les effets de néonicotinoïdes pourtant interdits il y a près de dix ans », souligne Stéphane Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement, venu déguisé en abeille. Il n’est en revanche « pas sûr de souhaiter la santé » aux « députés de l’agrochimie » qui approuvent cette « loi de régression agricole et environnementale ».

Morgane Piederriere, juriste à France Nature Environnement, a quant à elle levé son verre « aux Français qui n’auront pas accès à une eau potable de qualité ». La loi « d’urgence agricole » prévoit, entre autres, que les captages d’eau potable « dont la dégradation est imputable à des substances interdites sur le territoire national » ne seront plus « prioritaires ». Cela signifie que beaucoup moins de captages d’eau potable devront être protégés par des mesures visant à diminuer la pollution (comme favoriser l’agriculture bio).
À ses côtés, François Veillerette, porte-parole de Générations futures, a bu son verre d’eau « à la santé des victimes des pesticides » pour que « demain ce soit la vie qui prévale, et pas des profits à court terme ».
« Une loi à contre-sens de l’histoire »
Quant à Yvan Savy, de l’association de défense du bien-être animal CIWF, il a souhaité « bien du courage aux millions d’animaux dans des bâtiments, dont des milliers sont morts pendant la canicule », ainsi qu’aux éleveurs « qui se battent chaque jour pour un élevage durable, face au rouleau compresseur de l’élevage industriel ». La loi adoptée permettra au gouvernement de retirer, par ordonnance, les élevages du régime des installations classées pour la protection de l’environnement, et ainsi faciliter leur agrandissement.

C’est « aux paysans et paysannes » que Stéphane Galais, porte-parole national de la Confédération paysanne, souhaite lui aussi « porter un toast ». « Alors que nos productions sont en train de cramer, on nous sort une loi complètement à contre-sens de l’histoire et des réponses qu’on devrait apporter aux agriculteurs », s’indigne l’éleveur breton. Il fustige notamment le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035, prévu dans la loi, qui servirait à « une minorité d’agriculteurs irrigants ».