Les sondages sont des sondages, mais …

Par aplutsoc2 le 9 juillet 2026
… mais il n’est pas interdit de les utiliser comme matériaux de réflexion. Le sondage IFOP pour LCI et le Figaro, largement diffusé, réalisé dans le cadre de l’onde de choc médiatique de la candidature de Marine Le Pen condamné par le tribunal, a à la fois l’intérêt et la limite de donner l’écho à ce moment précis, de cet aspect de la situation politique qu’est l’idée que se font les sondés de leur vote supposé dans un peu moins d’un an. Résumons l’essentiel.
Dans tous les cas de figure, Marine Le Pen est élue (avec ou sans bracelet électronique ? le sondage ne le dit pas). Au second tour, elle fait (dans le sondage), 54% contre 46% à Philippe, 55% contre 45% à Attal, et 70% contre 30% à Mélenchon, en outre crédité de 15% au premier tour (son maximum à ce jour dans les sondages Ifop). Avec une nuance qui peut comporter des évolutions possibles : 18% de l’électorat Le Pen de 2022 se déclare, dans le sondage, insatisfait de sa déclaration de candidature. Et une carence analytique de tout premier ordre : les abstentions ne sont pas envisagées !
Le vote RN est un vote massif et populaire, majoritaire dans les couches les moins organisées du prolétariat, ce qui ne le rend en rien inoffensif, comme a été en 2024 massif et populaire le vote Trump aux Etats-Unis, avec les conséquences que l’on connait.
Contre la victoire du RN, les « républicains » Attal et Philippe, ce dernier un peu, mais si peu, mieux placé que l’autre, tous deux héritiers de Macron bien que voulant faire croire le contraire, ne font pas « barrage ». Le vote pour un candidat « bourgeois » classique, comme Chirac, évidemment, en 2003, et Macron en 2017 et en 2022, est rejeté par la majorité, même devant Le Pen.
Si nous nous plaçons dans la logique « électorale, » il faudrait un ou une candidate susceptible, non de « rassembler » par sa modération ou son centrisme « républicain », mais par les espérances sociales et démocratiques majoritaires faisant d’elle ou de lui leur instrument.
Or, c’est ce que de toute évidence Mélenchon n’est pas, nettement plus mauvais face au RN que n’importe quel candidat « bourgeois » !
Ses partisans – nombreux, c’est vrai – veulent à toute force croire et faire croire qu’il sera nécessairement le dernier barrage et le barrage victorieux, eux qui ont pourtant tant conspué, parfois, la gauche « castor » en 2017 et en 2022. Ils misent maintenant sur une discipline contrainte et forcée, quasi ouvertement sur un vote de résignation.
Mais à ce stade ça ne marche pas, parce que la résignation ne suffit pas pour une dynamique populaire et démocratique. Outre le vote d’une population urbaine bien identifiée, vote lui-même plus mesuré qu’on ne le dit car dans le 93 par exemple c’est l’abstention qui prédomine à ce jour, il faudrait le vote de larges couches prolétariennes sur tout le pays – ce que Sanders, pour poursuivre cette comparaison, aurait pu sans doute avoir contre Trump en 2016, et ce que Mélenchon avait partiellement drainé en 2017 mais a perdu ensuite.
Reste que le principal intérêt de ce sondage, avec sa limite qui est de se faire l’écho du bruit médiatique autour de l’annonce de sa candidature par M. Le Pen, est que si Mélenchon est, toutes choses égales par ailleurs, le pire candidat de second tour face à elle, aucun ne tient la route.
Connaissant les mobilisations sociales des Gilets jaunes aux retraites, connaissant l’importance de l’abstention, connaissant les sentiments partagés dans tous les secteurs de base de la gauche et des écologistes, il est possible de dire qu’une candidature unitaire, reposant sur ces dynamiques, serait seule à même de drainer, non pas les « modérés » mais la majorité des secteurs prolétariens tentés par le vote RN ou l’abstention. Cette candidature serait une candidature de défense de la démocratie mais, par cela même, elle serait « antisystème » mais pas au sens de Le Pen : anti-V°République.
Est-ce impossible ? Le bon sens répond : oui. Est-ce nécessaire ? Le bon sens répond : oui. Le bon sens se contredit, car ce qui est nécessaire doit se frayer le chemin du possible.
Nous entrons sans doute dans l’horreur climatique, El Nino arrivant par dessus les deux et trois, et combien, de « canicules » engagées. La production alimentaire va s’effondrer. Les larges masses seront poussées aux issues radicales. Trump et Poutine, les deux parrains de Mme Le Pen, tremblent sur leurs fondements. Le bon sens dans sa globalité est dialectique, il assume les contradictions pour y faire face, et il envisage les comités d’action et l’auto-organisation par en bas – ce dont nous avons discuté dans notre réunion, importante, de ce 5 juillet- , car ce n’est ni le 18 avril, ni le 2 mai 2027, que Mme Le Pen, et la V° République dont elle est la plus haute, c’est-à-dire la pire, incarnation, peut et doit être battue.
C’est avant !
VP.