Pour Donald Trump, le cessez-le-feu avec l’Iran est « terminé »

Les États-Unis ont bombardé l’Iran pour répliquer, selon eux, à des attaques perpétrées sur des navires dans le détroit d’Ormuz. Les deux camps s’accusent d’enfreindre le protocole d’accord signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février.

Agence France-Presse

Le cessez-le-feu avec l’Iran est « terminé », a déclaré mercredi Donald Trump, après de violents échanges de frappes entre les États-Unis et l’Iran, tout en laissant la porte ouverte à la poursuite des discussions. Le stratégique détroit d’Ormuz est au cœur des affrontements, Téhéran excluant, en dépit de l’opposition de Washington, tout retour à la situation d’avant-guerre, quand le passage y était gratuit, et menaçant les navires qui contournent l’itinéraire autorisé.

« En ce qui me concerne, c’est terminé […] c’est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs », a lancé le président états-unien à l’ouverture d’un sommet de l’Otan à Ankara (Turquie). Avant d’ajouter que ses négociateurs pouvaient continuer de discuter s’ils le souhaitaient, mais qu’ils devraient « revenir » vers lui. « Je ne veux plus avoir affaire à eux [les dirigeants iraniens – ndlr], ce sont des ordures […], des malades », a-t-il asséné.

Ces propos ont fait bondir les cours du pétrole de plus de 5 %, à 78 dollars pour le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale. Washington avait rétabli mardi 7 juillet ses sanctions économiques sur le brut iranien, levées par le protocole d’accord signé le 17 juin, qui a permis la réouverture du détroit d’Ormuz – par où transitent en temps normal 20 % du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial.

Donald Trump s’entretient avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, en marge d’une réunion de l’Alliance à Ankara (Turquie), mercredi 8 juillet 2026. © Photo Alex Brandon / AP / Sipa

Trois navires ont été frappés en vingt-quatre heures dans le détroit d’Ormuz, a rapporté mardi l’agence de sécurité maritime britannique UKMTO. Le Qatar et l’Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l’Iran.

Dénonçant des « attaques iraniennes » et une « violation flagrante du cessez-le-feu », l’armée américaine a lancé une série de « frappes puissantes » contre l’Iran, affirmant avoir touché « plus de 80 cibles », dont « des systèmes iraniens de défense antiaérienne », a détaillé le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient dans un communiqué.

« Mesures décisives » de Téhéran

L’Iran, où les médias ont fait état d’explosions mardi sur des sites proches du détroit d’Ormuz, a aussitôt mis en garde les États-Unis contre cette « violation » du protocole d’accord, prévenant qu’il « prendrait des mesures décisives pour protéger ses intérêts et sa sécurité nationale », dans une déclaration de son ministère des affaires étrangères.

Quelques heures plus tard, mercredi, les Gardiens iraniens de la révolution ont annoncé avoir frappé 85 installations sur des bases militaires des États-Unis au Koweït et à Bahreïn, selon la télévision d’État.

« En première riposte » aux frappes américaines, « la Marine et la Force aérospatiale du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) ont mené une opération conjointe à l’aide de missiles et de drones, frappant 85 installations militaires américaines stratégiques » et abattant un drone MQ-9, indique un communiqué diffusé par la télévision officielle Irib.

Les sirènes d’alerte aérienne ont retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l’intérieur de ce pays du Golfe, sans plus de détails. Et l’armée du Koweït a indiqué mercredi réagir à des attaques de drones et de missiles, sans préciser leur origine.

« Les agissements de l’Iran dans le détroit sont totalement inacceptables aux yeux des États-Unis et ne resteront pas impunis », avait déclaré un responsable gouvernemental américain sous le couvert de l’anonymat, après la publication d’un document par le ministère des finances interdisant les « nouvelles transactions » d’hydrocarbures iraniens à compter de mardi.

Fin juin, accusant l’Iran d’avoir ciblé deux navires, les États-Unis avaient bombardé le pays, qui avait riposté en ciblant des voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn. Washington et Téhéran s’étaient ensuite mis d’accord pour cesser ces hostilités.

L’Arabie saoudite a condamné mardi « le ciblage par la République islamique d’Iran du pétrolier saoudien Wedyan » qui transitait dans le détroit d’Ormuz, ainsi que celui « du méthanier qatari Al-Rakayyat », dénonçant « une atteinte à la sécurité de la navigation internationale et à la sécurité des approvisionnements énergétiques mondiaux ».

Selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, les navires ciblés sont le Al-Rakayyat battant pavillon des îles Marshall, le Wedyan battant pavillon saoudien et le Cyprus Prosperity, battant pavillon libérien.

Le Qatar avait annoncé avoir convoqué le chargé d’affaires iranien, exigeant « des explications sur cette attaque » ; le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères Esmaïl Baghaï dénonçant une mise en cause « inacceptable » de la part du Qatar.

Cette montée des tensions intervient alors que l’Iran organise depuis samedi des funérailles nationales de six jours pour son guide suprême, Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre par des frappes israélo-américaines, dont le corps vient d’arriver en Irak pour des processions à Najaf et Kerbala, deux villes abritant les sanctuaires les plus vénérés des musulmans chiites.